Série : Le legs d’Ac­tion fran­çaise ; rubrique 10 : Néces­si­té d’un exa­men cri­tique rigou­reux en vue de l’avenir

Série : Le legs d’Ac­tion fran­çaise ; rubrique 10 : Néces­si­té d’un exa­men cri­tique rigou­reux en vue de l’avenir

Voi­ci la dixième et der­nière rubrique de Gérard Leclerc sur « Le legs de l’Action fran­çaise ». Il nous invite à un exa­men cri­tique rigou­reux des crises qui ont secoué le mou­ve­ment néo-roya­liste. Cet exa­men cri­tique exclut toute ten­ta­tion de vou­loir plai­der sa « non-culpa­bi­li­té » auprès des idéo­logues de la pen­sée domi­nante. Ce serait recon­naitre la légi­ti­mi­té de l’hégémonie idéo­lo­gique en place. Notre exa­men cri­tique doit expli­quer le sens d’une posi­tion en fonc­tion du contexte qui a sans doute chan­gé, mais sans prendre les cri­tères de nos adver­saires idéo­lo­giques.

Oui, il nous faut faire la cri­tique des armes sans pour autant désar­mer. Oui, il nous faut trou­ver de nou­velles armes et écar­ter celles qui ne sont plus effi­caces. C’est pour cela que Gérard Leclerc pro­pose, aux mili­tants et cadres du mou­ve­ment, des pistes pour inven­ter un futur qui ne sera pas une morne répé­ti­tion, mais une aven­ture pour la France des temps pro­chains. (ndlr)

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Par Gérard LECLERC

Le legs de l’Ac­tion fran­çaise est quelque chose d’impressionnant, qui doit être reçu avec toute la recon­nais­sance, et même toute la pié­té néces­saires, mais aus­si avec l’es­prit de ce que Maur­ras appe­lait «  la tra­di­tion cri­tique » .

C’est le contraire, je l’ai mon­tré, d’un « long fleuve tran­quille  ». L’histoire de l’Action fran­çaise s’a­na­lyse comme une longue suite d’é­preuves, elle ne sau­rait échap­per à des crises qui sont le reflet de diverses évo­lu­tions his­to­riques. De telles crises, qui ont mar­qué la vie du mou­ve­ment depuis ses ori­gines sont, à vrai dire, inévi­tables. Sans doute fau­dra-t-il ana­ly­ser les plus impor­tantes d’entre elles. Je pense notam­ment à celles-ci :

- l’exclusion d’Henri Lagrange (Cercle Prou­dhon) en 1913 ;

- la condam­na­tion par Pie XI en 1926 ;

- la rup­ture de Ber­na­nos en 1932 ;

- le désastre de 1940, Vichy, la Résis­tance et la Libé­ra­tion ;

- la rup­ture de Pierre Bou­tang en 1955 ;

- la rup­ture de la Nou­velle Action fran­çaise, en 1971, à laquelle j’ai été per­son­nel­le­ment asso­cié.

Par­mi les crises catas­tro­phiques subies par l’Action fran­çaise, j’ajouterai la mort de Jacques Bain­ville en 1936. Il m’est arri­vé d’affirmer que c’était la plus grave d’entre elles. Durant la Seconde Guerre mon­diale, la luci­di­té de l’auteur des Consé­quences poli­tiques de la paix a fait tra­gi­que­ment défaut au jour­nal, au mou­ve­ment et à Maur­ras lui-même. À par­tir de la cer­ti­tude que le maré­chal Pétain était l’unique pro­tec­teur de la France acca­blée face à la vic­toire écra­sante de l’Allemagne nazie, Maur­ras s’est arc-bou­té sur une adhé­sion qui, à par­tir de novembre 1942, a per­du à nos yeux sa cré­di­bi­li­té. Son neveu et fils adop­tif, Jacques Maur­ras, était d’avis qu’il aurait fal­lu sus­pendre alors la publi­ca­tion du quo­ti­dien. L’échec de Vichy a été cruel pour l’Action fran­çaise et celui qui l’incarnait, mais aus­si pour la cause qu’ils ser­vaient. Il importe pour l’avenir de faire de cette période un exa­men cri­tique authen­tique : ni condam­na­tion sans appel récu­sant l’objectivité, ni ten­ta­tive apo­lo­gé­tique pour ten­ter d’excuser et, du coup, fuir l’analyse par­fai­te­ment rigou­reuse qui s’impose.

Cela n’est pas seule­ment vrai pour cette période cru­ciale. C’est l’ensemble d’une his­toire qu’il s’agit d’envisager dans toute son ampleur et sa com­plexi­té. Loin de tout déni­gre­ment, il s’agit de recon­naître en quoi l’Action fran­çaise a pu éclai­rer l’opinion pen­dant un demi-siècle, en quoi elle a failli. Ce qui est cer­tain, c’est qu’en dépit de ses défauts, elle demeure une des écoles poli­tiques les plus mar­quantes du XXe  siècle. Sa fécon­di­té s’est avé­rée avec les figures de pre­mier plan, celles d’un Pierre Bou­tang et d’un Pierre Debray qui ont su assu­mer l’héritage et le faire fruc­ti­fier. Aux nou­velles géné­ra­tions de reprendre la tâche, avec la gra­ti­tude néces­saire et l’acuité du regard. Mais aus­si avec toutes les audaces pour inven­ter un futur qui ne sera pas une morne répé­ti­tion, mais une aven­ture pour la France des temps pro­chains.

Gérard Leclerc ( confé­rence au CMRDS 2019 )

Retrou­vez les rubriques de l’été mili­tant 2020, sur le site de l’Action fran­çaise.

Il vous suf­fit de cli­quer sur le lien sou­li­gné. Elles sont pro­po­sées dans l’ordre de publi­ca­tion.

Par Chris­tian Fran­chet d’Esperey

1 – Est-il oppor­tun de s’accrocher à un homme aus­si décrié ?

2 – Les posi­tions les plus contes­tées de Maur­ras ne doivent plus faire écran à ses décou­vertes majeures

3 – maur­ras­sisme intra-muros et maur­ras­sisme hors les murs

4 – Une demarche d’aggiornamento cest-a-dire de mise au jour

Par Phi­lippe Lal­le­ment

Le maur­ras­sisme est-il deve­nu un simple objet d etude his­to­rique

Par Gérard Leclerc

  1. Le legs d’Ac­tion fran­çaise
  2. Maur­ras huma­niste et poete
  3. L homme de la cite le repu­bli­cain
  4. Un mou­ve­ment dote dune sin­gu­liere force d attrac­tion
  5. Crise de 1926 un nou­veau Port-royal
  6. Traces de guerre civile les quatre etats confe­deres – l anti­se­mi­tisme
  7. Bou­tang et Debray renouent avec la seduc­tion intel­lec­tuelle du maur­ras­sisme
  8. Bou­tang la legi­ti­mite revi­si­tee et l anti­se­mi­tisme aban­donne
  9. Le catho­lique pro sovie­tique Pierre Debray conver­ti au roya­lisme