Série : Le legs d’Ac­tion fran­çaise ; rubrique 6 : Les traces de guerre civile – les « quatre États confé­dé­rés », l’antisémitisme.

Série : Le legs d’Ac­tion fran­çaise ; rubrique 6 : Les traces de guerre civile – les « quatre États confé­dé­rés », l’antisémitisme.

Par Gérard LECLERC

Voi­ci la sixième rubrique de Gérard Leclerc sur « Le legs de l’Action fran­çaise ». Il y aborde la pro­blé­ma­tique bien fran­çaise de la guerre civile. Donc de l’implication de l’Action fran­çaise dans ces luttes. Sa ques­tion est de savoir si le bien com­mun exige la per­pé­tua­tion indé­fi­nie de ces luttes civiles. Ne faut-il pas, sous peine de catas­trophe, mettre les pouces et dire que l’on passe à autre chose ? Ne faut-il pas, pour l’A.F. savoir, comme Hen­ri IV, décré­ter la fin des com­bats et pro­cla­mer la paix civique et l’am­nis­tie ? Il fait allu­sion entre-autres à l’Affaire Drey­fus et à l’antigaullisme.

Sur ce der­nier point il est pos­sible de se pro­cu­rer le der­nier numé­ro de la Nou­velle Revue Uni­ver­selle n° 59 qui sera pré­sen­tée au Camp Maxime Réal Del Sarte. Son dos­sier traite de : De Gaulle – Maur­ras : Influences, dis­cor­dance, confluences. (ndlr)

Je vou­drais main­te­nant abor­der une ques­tion d’une tout autre nature et, là encore, je vais devoir le faire très rapi­de­ment, sans pou­voir prendre le temps d’en tirer toutes les consé­quences. C’est un pro­blème inhé­rent à tout mou­ve­ment qui s’en­gage avec vigueur et convic­tion dans le com­bat poli­tique : il risque, à tout moment, d’y lais­ser des traces regret­tables. Et notam­ment des traces de guerre civile. C’est un pro­blème pour l’Ac­tion fran­çaise et plus par­ti­cu­liè­re­ment pour Maur­ras, d’a­voir été lié aux troubles de l’af­faire Drey­fus, avec, disons-le, un res­sen­ti­ment à l’é­gard des Juifs, tou­jours cen­sés avoir des inté­rêts dif­fé­rents de l’in­té­rêt natio­nal, voire oppo­sés à lui. D’où la théo­rie des « quatre États confé­dé­rés » qui asso­cie les Juifs, les Pro­tes­tants, les Francs-maçons et les « métèques » (du mot grec dési­gnant les étran­gers, non-citoyens). Cette théo­rie, que Maur­ras va reprendre à son compte, à l’o­ri­gine n’est pas de lui. Elle est due à La Tour du Pin, un socio­logue catho­lique qui va jouer un rôle très impor­tant dans le mou­ve­ment du chris­tia­nisme social, et qui va ral­lier l’Ac­tion fran­çaise dès ses débuts.

Là aus­si, il y a toute une ana­lyse à déve­lop­per – je crois d’ailleurs que la Nou­velle Revue uni­ver­selle va s’en occu­per – parce ce qu’on ne peut pas com­prendre l’an­ti­sé­mi­tisme de l’Ac­tion fran­çaise indé­pen­dam­ment du contexte his­to­rique du début du siècle. Or celui-ci ne concerne pas la seule Affaire Drey­fus. Il y a à ce moment-là, dans le cadre de la Répu­blique, une lutte anti­re­li­gieuse dont le but déli­bé­ré est d’ar­ra­cher au catho­li­cisme fran­çais la place majeure qu’il occupe dans la vie des Fran­çais. La ques­tion reli­gieuse a dès lors pris une place cru­ciale dans les débats civiques. C’est pour cela qu’à l’é­poque, des jour­naux comme La Croix ou Le Pèle­rin, n’ayant rien à voir avec l’Action fran­çaise, sont d’un anti­sé­mi­tisme extra­or­di­nai­re­ment viru­lent. Parce que la bataille se joue aus­si à ce niveau-là.

Ce que je veux sou­li­gner ici, c’est le pro­blème que pose le com­bat civique lors­qu’il risque de se tra­duire par une guerre civile à per­pé­tui­té. Nous autres Fran­çais, nous avons été trop sou­vent divi­sés, entre­te­nant détes­ta­tions, ran­cunes et hos­ti­li­tés tenaces. Il y a cette véri­table guerre civile que fut l’af­faire Drey­fus. Il y a aus­si l’im­mense ques­tion du désastre de juin 1940 et de ses res­pon­sa­bi­li­tés, le sou­tien de l’Ac­tion fran­çaise à Vichy et l’en­ga­ge­ment d’un grand nombre de ses fidèles dans la Résis­tance, et les drames de la Libé­ra­tion. La ques­tion est de savoir si le bien com­mun exige la per­pé­tua­tion indé­fi­nie de ces luttes civiles. Ne faut-il pas, sous peine de catas­trophe, mettre les pouces et dire que l’on passe à autre chose ? Ne faut-il pas savoir, comme Hen­ri IV, décré­ter la fin des com­bats et pro­cla­mer la paix civique et l’am­nis­tie ?

Hier, j’en­ten­dais cer­tains de nos amis rap­pe­ler les moments de souf­france liés à l’Al­gé­rie, au gaul­lisme, au colo­nel Bas­tien-Thi­ry, etc. Une période de l’his­toire qui a été infi­ni­ment dou­lou­reuse. Cela réveillait en moi des sou­ve­nirs, j’é­tais tout jeune mais j’y ai été asso­cié. La ques­tion n’est-elle pas, là encore, de savoir s’il ne faut pas dépas­ser cette que­relle et se retrou­ver sur de nou­veaux objec­tifs ?

Cela a été ma poli­tique, dès les années 60, avec Ber­trand Renou­vin. C’est une his­toire qui nous est propre, elle ne concerne pas toute l’Ac­tion fran­çaise. Nous avons été les pre­miers, à l’é­poque, à dres­ser dans Aspects de la France un bilan cri­tique du gaul­lisme dans un sens qui n’é­tait pas pure­ment néga­tif. Et nous avons éta­bli des liens avec des gaul­listes de gauche avec qui nous avions de larges zones d’ac­cord : Fré­dé­ric Gren­del, Phi­lippe de Saint-Robert, et les res­pon­sables de L’Appel, la revue de l’Institut Charles de Gaulle, qui sont res­tés des amis, comme Oli­vier Ger­main-Tho­mas.

Gérard Leclerc ( à suivre)

Retrou­vez les rubriques de l’été mili­tant 2020 du site de l’Action fran­çaise :

Par Chris­tian Fran­chet d’Esperey

1 – Est-il oppor­tun de s’accrocher à un homme aus­si décrié ?
2 – Les posi­tions les plus contes­tées de Maur­ras ne doivent plus faire écran à ses décou­vertes majeures
3 – maur­ras­sisme intra-muros et maur­ras­sisme hors les murs
4 – Une demarche d’aggiornamento cest-a-dire de mise au jour

Par Phi­lippe Lal­le­ment

Le maur­ras­sisme est-il deve­nu un simple objet d etude his­to­rique

Par Gérard Leclerc

  1. Le legs d’Ac­tion fran­çaise
  2. Maur­ras huma­niste et poete
  3. L homme de la cite le repu­bli­cain
  4. Un mou­ve­ment dote dune sin­gu­liere force d attrac­tion