Le show-biz, pre­mier corps de l’État ?

Le show-biz, pre­mier corps de l’État ?

Je n’en atten­dais pas moins de Régis Debray, au len­de­main de la jour­née des obsèques de John­ny Hal­ly­day. Refu­sant de ren­trer dans l’unanimisme émo­tion­nel, il tance sérieu­se­ment les prin­ci­paux diri­geants du pays, le Pré­sident en pre­mier lieu : « Com­battre étant deve­nu hon­teux, le héros n’est plus celui qui se sacri­fie pour sa patrie ou pour une cause, mais celui qui se fait voir et entendre de tous, deve­nant mil­liar­daire du même coup. » Nous avons assis­té, same­di, à « l’institutionnalisation du show-biz, nou­veau corps de l’État, sinon le pre­mier d’entre eux ». Com­ment refu­ser à Régis Debray son diag­nos­tic ? Il est trop évident que par rap­port au géné­ral de Gaulle, nous avons chan­gé d’époque, de mœurs et de men­ta­li­té. Quand Édith Piaf s’en est allée, le géné­ral ne l’a pas accom­pa­gnée au Père Lachaise, pas plus d’ailleurs qu’il n’a sui­vi le convoi de Jean Coc­teau, le poète mort en même temps que la chan­teuse. « En 1963, le poli­tique ayant assez d’autorité et de pres­tige par lui-même, il se sou­ciait peu d’aller voler un peu de popu­la­ri­té, par la magie du côte à côte, auprès des stars du moment. »

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