Macron, le poids plume de l’Europe

Macron, le poids plume de l’Europe

L’essentiel, aujourd’hui, ce sont, sur fond de Brexit, les élec­tions euro­péennes qui se pro­filent — seules élec­tions pré­vues en 2019. On sait com­bien nos com­pa­triotes, comme la plu­part des autres peuples euro­péens, les boudent d’ordinaire, tout sim­ple­ment parce qu’ils ne per­çoivent pas, à rai­son, la légi­ti­mi­té des dépu­tés euro­péens, à tort, leur pou­voir de nui­sance.

Or, si ces élec­tions revêtent pour Macron une telle impor­tance, c’est pour plu­sieurs rai­sons, tant de poli­tique inté­rieure que de poli­tique inter­na­tio­nale, ce qui est nor­mal, puisque l’enjeu euro­péen est trans­ver­sal.

Macron s’est tout d’abord aper­çu, assez rapi­de­ment, être le seul Euro­péen, non seule­ment en France, où le par­ti de l’étranger domine lar­ge­ment le pays légal et les médias, mais plus encore en Europe même, d’où son échec à per­sua­der nos par­te­naires de l’intérêt de listes euro­péennes et non plus natio­nales. Mer­kel est d’ailleurs géné­ra­le­ment res­tée de marbre face à toutes ses avances vers plus un plus grand fédé­ra­lisme, qui impli­que­rait, pour l’Allemagne, plus de res­pon­sa­bi­li­tés et donc de sacri­fices, notam­ment finan­ciers. Elle n’a jusque-là accor­dé à Macron, notam­ment sur la ques­tion de doter la zone euro d’une capa­ci­té bud­gé­taire et d’un ministre des finances, que des satis­fac­tions pure­ment ver­bales, par­ti­cu­liè­re­ment humi­liantes. Mani­fes­te­ment, impo­ser en France des réformes récla­mées par Bruxelles et Ber­lin n’a pas suf­fi à notre pré­sident pour impo­ser sa cré­di­bi­li­té, si bien qu’il ne pèse dans la négo­cia­tion sur l’Union éco­no­mique et moné­taire que d’un simple poids plume… Et ce n’est pas aujourd’hui, où elle est dans son propre pays l’objet de vives cri­tiques au sein de son propre camp – tou­jours l’effet du mil­lion de migrants qu’elle a impo­sés à son peuple –, que Mer­kel pren­dra un quel­conque risque poli­tique pour plaire à un jeune homme trop pres­sé qui prend ses dési­rs pour des réa­li­tés. Et dont l’aura inter­na­tio­nale pâlit aus­si vite qu’elle s’était mise à étin­ce­ler.

Élec­tions euro­péennes : un enjeu cru­cial pour Macron

On com­prend que, dans ces condi­tions, Macron, dont la poli­tique tarde éga­le­ment à séduire les Fran­çais, c’est le moins qu’on puisse dire au vu des son­dages, ait déci­dé de faire de ces élec­tions un enjeu cru­cial, espé­rant pou­voir ain­si redo­rer son bla­son auprès des Fran­çais comme auprès des Euro­péens, en cas de large vic­toire des listes d’En Marche. D’autant – l’enjeu euro­péen tra­verse nos poli­tiques inté­rieure et exté­rieure – que dif­fé­rentes élec­tions légis­la­tives, ces der­niers mois, ont  mon­tré ou confir­mé un réveil des peuples euro­péens, que les menaces du Par­le­ment, comme de la Com­mis­sion, contre notam­ment les peuples hon­grois et polo­nais, n’ont pas su enrayer. C’est ain­si que le peuple ita­lien a déci­dé lui aus­si de reprendre son des­tin en main en por­tant au pou­voir une coa­li­tion qui refuse de se lais­ser inti­mi­der. Macron se consi­dère dès lors en pre­mière ligne pour défendre « nos valeurs », ce qui, à coup sûr, n’est pas pour lui déplaire, même si notre Don Qui­chotte est condam­né à des rodo­mon­tades qui ne pré­oc­cupent per­sonne, mais dont les consé­quences, du moins en Europe, est de faire appa­raître la France dans toute son arro­gance de don­neuse de leçons uni­ver­selles, notam­ment auprès des peuples ita­lien et hon­grois.

Divi­ser les Fran­çais

On com­prend aus­si pour­quoi il est dans l’obligation de dur­cir le trait entre les pro­gres­sistes, dont il se pro­clame le héraut, et les natio­na­listes, qu’il n’a eu de cesse, depuis son élec­tion, dès son pre­mier dis­cours à Ver­sailles, en juillet 2017, à celui qu’il a pro­non­cé à l’Assemblée géné­rale des Nations Unies en sep­tembre der­nier, de fus­ti­ger comme les enne­mis même du genre humain.

Certes, tous les natio­na­lismes ne se valent pas et ne sont pas éga­le­ment enviables. En revanche, toutes les nations ont droit au res­pect de leur iden­ti­té et de leur sou­ve­rai­ne­té. En dra­ma­ti­sant l’opposition du point de vue pro­gres­siste – c’est-à-dire du point de vue mon­dia­liste –, Macron, en cour­tier de l’oligarchie inter­na­tio­nale, cherche à faire peur aux Fran­çais, pour mieux les divi­ser.

Car c’est bien sur les registres de la peur et de la divi­sion qu’il joue, quitte à exclure de la com­mu­nau­té natio­nale les Fran­çais qui vote­raient pour des listes patriotes. On dira qu’il joue aus­si expli­ci­te­ment la pru­dence, quitte à se faire taper sur les doigts par les asso­cia­tions immi­gra­tion­nistes, en n’accueillant en France qu’à l’unité près, pour ne pas ali­men­ter le popu­lisme et le vote natio­na­liste, le nombre de migrants déver­sés par l’Aquarius en Europe ? Per­sonne n’est dupe : nos fron­tières sont grandes ouvertes et le nombre des recon­duites à la fron­tière des débou­tés du droit d’asile tou­jours aus­si insi­gni­fiant.

Vers une majo­ri­té euros­cep­tique ?

L’Europe légale, der­rière Macron, aurait-elle vrai­ment peur d’une majo­ri­té euros­cep­tique au futur Par­le­ment euro­péen ? La chose ne serait évi­dem­ment pas pour nous déplaire même si une telle majo­ri­té ris­que­rait bien­tôt de se fra­cas­ser sur le prin­cipe de réa­li­té : les inté­rêts diver­gents des nations com­po­sant l’Union euro­péenne, et dont la réso­lu­tion ne demande pas d’être étouf­fés dans cette pri­son des peuples qu’est deve­nue l’Europe, mais réclame ces négo­cia­tions et ces com­pro­mis bi- ou mul­ti­la­té­raux qui ont tou­jours fait les rap­ports entre États.

Tou­te­fois, une telle majo­ri­té per­met­trait peut-être de bri­ser le car­can ins­ti­tu­tion­nel. Car c’est évi­dem­ment de l’intérieur, sur­tout pour un pays de pre­mier plan comme la France, qu’il convient de détruire l’Europe de Bruxelles. Quoi qu’il en soit, Macron fera tout pour évi­ter que la France ne par­ti­cipe de ce grand mou­ve­ment de libé­ra­tion des peuples qui se des­sine peu à peu sur le conti­nent. Sa dra­ma­ti­sa­tion des enjeux favo­rise l’appel à une vaste coa­li­tion pro­gres­siste inté­grant la droite d’En Marche – non seule­ment l’UDI, prête à man­ger à tous les râte­liers, mais, chez Les Répu­bli­cains, pour faire court, la sen­si­bi­li­té jup­péiste – contre la résur­gence de la peste brune. Il n’est pas cer­tain tou­te­fois que les cibles poten­tielles des sirènes macron­niennes ne fassent pas la sourde oreille à un Macron conti­nuant de dévis­ser dans les son­dages, et pré­fèrent jouer leur carte.

Peu importent du reste ces cal­culs poli­ti­ciens. L’essentiel sera le nombre de dépu­tés patriotes que les Fran­çais enver­ront à Stras­bourg, que ce soit, comme c’est peu pro­bable, et  peu sou­hai­table, sur une liste unique, ou plu­tôt, sur plu­sieurs. Sachons en tout cas que la clique au pou­voir n’épargnera rien aux patriotes pour les empê­cher de triom­pher :  puisqu’ils sont l’ennemi du genre humain, tout n’est-il pas per­mis à leur encontre, du har­cè­le­ment judi­ciaire à l’intimidation, de la lutte contre les pré­ten­dues fausses nou­velles à la per­sé­cu­tion poli­tique, voire l’élimination ou l’interdiction de listes déplai­sant au pou­voir en place ?

Fran­çois Mar­cil­hac
Direc­teur poli­tique de l’Ac­tion fran­çaise