Dis­cré­dit de l’élite politique

Dis­cré­dit de l’élite politique

par Ger­main Philippe

La tech­no­cra­ture, mala­die sénile de la démo­cra­tie : 9/11

Résu­mé : En 2017 la tech­no­cra­ture  à pris le pou­voir  pour sau­ver la démo­cra­tie dis­qua­li­fiée par son élite poli­tique. Insa­tis­faite de l’explication par le com­plo­tisme d’ultragauche et celle du réfé­ren­tiel popu­liste, l’Action fran­çaise  ana­lyse la tech­no­cra­ture comme un phé­no­mène de phy­sique sociale. Uti­li­sant la loi his­to­rique « du déve­lop­pe­ment d’o­li­gar­chies nou­velles », elle découvre que Bona­parte a crée une nou­velle classe de pri­vi­lé­giés. Ce « pays légal » est un sys­tème oli­gar­chique cir­cu­laire où trois élites finan­cière, poli­tique et média­tique se com­pletent pour s’épanouir dans la Répu­blique. Avec la V° Répu­blique la Tech­no­cra­tie se consti­tue en qua­trième élite. Avec dépé­ris­se­ment de la socié­té indus­trielle sous Gis­card et Mit­te­rand, la tech­no­cra­tie sur­monte son conflit avec l’élite poli­tique et fait prendre le virage mon­dia­liste au pays légal.

Répar­ti­tion de l’élite politique

Les grandes familles répu­bli­caines, l’Etablissement, pré­fèrent que la France soit gou­ver­née au centre. Le jeu de bas­cule entre un centre droit et un centre gauche leur per­met d’imposer le pou­voir de l’argent. 

L’observation his­to­rique de la nou­velle classe des pri­vi­lé­giés issue du Direc­toire, montre une élite poli­tique effec­ti­ve­ment  divi­sée : « Disons pour sim­pli­fier que le centre-droit est com­po­sé d’anciens roya­listes et de catho­liques ral­liés, le centre gauche de maçons. Certes, les cartes ont été brouillées. Il y a de nos jours, des maçons de centre-droit, ral­liés à Gis­card, et des chré­tiens de gauche… Mais, en gros, la démo­cra­tie chré­tienne.. est demeu­rée fidèle à Gis­card tan­dis que la maçon­ne­rie, par ses gros bataillons four­nis­sait à Mit­te­rand la victoire. »

Nul pacte secret entre ce centre-droit et ce centre-gauche. Ils se com­battent dure­ment, pour une basse mais simple rai­son. La fac­tion vic­to­rieuse s’empare des postes les plus juteux, ne lais­sant à l’autre que les miettes du fes­tin républicain.

Depuis la pré­si­den­tielle de 1974, la répar­ti­tion droite-gauche de l’élite poli­tique s’équilibrait. Gis­card puis Mit­te­rand ne l’emportèrent que d’une faible marge. Il suf­fi­sait de 1 % pour que la vic­toire change de camp avec tous ses avantages. 

Elite poli­tique et sou­ci nationaliste 

D’où l’idée de Mit­te­rand d’introduire le gra­vier natio­na­liste dans le sou­lier de la droite, comme De Gaulle avait mis le caillou com­mu­niste dans la chaus­sure de la gauche. Il offre donc à  l’orateur Jean-Marie Le Pen le trem­plin média­tique d’une émis­sion de grande écoute, un peu avant les élec­tions euro­péennes de 1984. Le Front Natio­nal y obtient un spec­ta­cu­laire 10,95 % des voix. Suc­cès pour Mit­te­rand mais symp­tôme élec­to­ral d’une démo­cra­tie affaiblie.

C’était jouer à l’apprenti sor­cier. Le pseu­do feu de paille d’un minus­cule par­ti natio­na­liste ayant fait 0,44 % des voix aux légis­la­tives de 1973, va se trans­for­mer en une force popu­liste de 33,94 % à la pré­si­den­tielle de 2017. Le virage mon­dia­liste et euro­péiste sou­te­nu par la Tech­no­cra­tie n’est pas pour rien dans ce phénomène.

C’est sous le pied de l’élite poli­tique au com­plet et non de la seule droite que le caillou a été mis. Ce petit caillou est deve­nu grand, au point que le Front Natio­nal va être le prin­ci­pal, sinon l’unique sou­ci de l’élite poli­tique pen­dant les vingt-deux années des man­dats de Jacques Chi­rac (1995 – 2007), de Nico­las Sar­ko­zy (2007 – 2012) et de Fran­çois Hol­lande (2012 – 2017). Un sou­ci pou­vant d’ailleurs aus­si être uti­li­sé comme Joker « pla­fond de verre » pour gagner la pré­si­den­tielle. Ce que fait Chi­rac en 2002 pour obte­nir un score de 82,21 % et trans­for­mer la Ve Répu­blique, de fausse répu­blique-monar­chiste en véri­table répu­blique bananière.

La lutte contre le natio­na­lisme devient l’objectif prin­ci­pal et le sou­ci per­ma­nent de l’élite poli­tique à par­tir de 1986. Année où le Front Natio­nal obtient trente-cinq dépu­tés au Palais-Bour­bon et un groupe par­le­men­taire. Un simple exer­cice de phy­sique sociale mené par Pierre Debray per­met de com­prendre que « les exclus du Sys­tème » sont la conjonc­tion des vic­times du mode de ges­tion tech­no­cra­tique, née de la ren­contre des classes moyennes et des couches de la classe ouvrière qui se savent condam­nées par les muta­tions tech­no­lo­giques. Ces exclus, jus­te­ment qua­li­fiés par Pierre-André Taguieff de natio­naux-popu­listes, deviennent les empê­cheurs d’oligarcher en rond. D’exclus du Sys­tème, ils en deviennent les enne­mis objec­tifs. La situa­tion se dégrade pour le pays légal, déjà per­tur­bé par l’apparition de la Tech­no­cra­tie comme élite sup­plé­men­taire grip­pant la qua­dra­ture du cercle de l’oligarchie démocratique. 

Dans la répar­ti­tion des rôles, le règle­ment du pro­blème popu­liste relève de l’élite poli­tique sou­te­nue par l’élite média­tique. En revanche, mal­gré la diver­si­té des stra­té­gies uti­li­sées, légales, judi­ciaires, front répu­bli­cain, décou­page élec­to­ral, immu­ni­té par­le­men­taire, dia­bo­li­sa­tion… l’élite poli­tique prouve son inca­pa­ci­té chro­nique à régler le caillou natio­na­liste. Pour l’élite finan­cière, l’élite poli­tique échoue dans son rôle essen­tiel. Pire, le natio­nal-popu­lisme est deve­nu une pièce majeure du grand échi­quier de la révolte des peuples contre les élites mon­dia­li­sées. Pen­dant ce temps, la Tech­no­cra­tie conti­nue de ser­vir les inté­rêts de l’Etablissement en s’appuyant sur le virage mon­dia­liste pris sous Gis­card et Mit­te­rand. Tout comme les trois méta­stases de la démo­cra­tie conti­nue de se déve­lop­per : la dés­in­dus­tria­li­sa­tion, la socié­té mul­ti­cul­tu­relle et la perte de souveraineté.

Echec du centre-droit identitaire

La plus sérieuse ten­ta­tive de l’élite poli­tique fut de relan­cer un cli­vage droite-gauche, par un bipar­tisme sachant digé­rer le popu­lisme. Une élite poli­tique alter­nant une Droite et une Gauche avec une poli­tique éco­no­mique proche mais bien sépa­rées idéo­lo­gi­que­ment. C’était aller un peu dans le sens de la stra­té­gie pour « sau­ver la Répu­blique », pré­co­ni­sée par Pierre-André Taguieff à la place de la diabolisation.

La ten­ta­tive du centre-droit va échouer der­rière un Sar­ko­zy (2008 – 2012) ten­tant de reve­nir idéo­lo­gi­que­ment sur l’identité natio­nale, cor­na­qué par le « sul­fu­reux » Patrick Buis­son, connais­seur des tra­vaux de Raoul Girar­det et Phi­lippe Ariès. Les élec­teurs lepé­nistes ten­tés à la pré­si­den­tielle de 2007 par une droite sachant rede­ve­nir elle-même se sentent rapi­de­ment trom­pés par un Sar­ko­zy qui s’aligne immé­dia­te­ment sur la doxa du gau­chisme cultu­rel syn­thé­ti­sée par Jean-Pierre Legoff : anti­ra­cisme de nou­velle géné­ra­tion à ten­dance eth­nique et com­mu­nau­taire, his­toire revi­si­tée à l’aune péni­ten­tielle, éco­lo­gie puni­tive, fémi­nisme et homo­sexua­li­té trans­for­més en ayants droit, sans oublier le péda­go­gisme liber­taire, la pro­vo­ca­tion comme nou­velle marque de dis­tinc­tion, l’art contem­po­rain deve­nu art officiel. 

Echec du centre-gauche social

En 2012 les popu­listes trom­pés retournent vers le lepé­nisme et les conser­va­teurs, bou­dant leur tigre de papier, lâchent Sar­ko­zy. C’est la chance d’un centre gauche qui der­rière Hol­lande (2012 – 2017) veux ten­ter de reve­nir à la lutte contre les inéga­li­tés et s’exclame :  « Mon adver­saire, c’est le monde de la finance ».

Cou­pée depuis Mit­te­rand de la classe ouvrière, la gauche n’a aucune chance de reve­nir au social. Il ne lui reste donc comme mar­queur que le libé­ra­lisme socié­tal. D’où l’importance déme­su­rée prise par la libé­ra­li­sa­tion des mœurs : mariage « pour tous », avor­te­ment, homo­sexua­li­té, gen­der. Pour cela le gou­ver­ne­ment centre-gauche va « mettre le paquet » et reve­nir aux fon­da­men­taux de la IIIe Répu­blique. Il va même fri­ser la cari­ca­ture, tant sa capil­la­ri­té avec la franc-maçon­ne­rie s’affiche criante auprès de l’opinion et pro­vo­ca­trice vis-à-vis du monde catho­lique. Hol­lande se rend même au siège du Grand Orient de France, ce qu’aucun pré­sident de la Répu­blique n’avait fait ni sous la Ve ni sous la IVe. Gou­ver­ne­ment de centre-gauche appuyé sur la franc-macon­ne­rie ; gou­ver­ne­ment de clan, des­po­tisme de cote­rie disait Maur­ras avant 1914. Gou­ver­ne­ment mépri­sé par Ber­lin et Washing­ton humi­liant la Ve Répu­blique par la sus­pen­sion de la livrai­son à la Rus­sie des fleu­rons de notre indus­trie de défense navale, les bâti­ments de classe Mis­tral (com­bien d’emplois ouvriers à la clé ?). Décon­fi­ture sociale total du centre-gauche mas­quant son échec par la guerre au Mali et la répres­sion ahu­ris­sante des familles catho­liques de La Manif Pour Tous.

Alter­nance de façade ou Système ?

Oui, le double échec de l’élite poli­tique à relan­cer un cli­vage droite-gauche met le sys­tème oli­gar­chique cir­cu­laire à nu. L’opinion ne dis­tingue plus de dif­fé­rence entre le centre-droit et centre-gauche. L’élite poli­tique est dis­cré­di­tée par la prise de conscience du faux-sem­blant de l’alternance entre une Droite et une Gauche, pra­ti­quant la même poli­tique éco­no­mique der­rière la même doxa culturelle.

L’alternance de façade fait écrire à Alain de Benoist : « Le taris­se­ment de l’offre élec­to­rale, le recen­trage des pro­grammes, la fin des cli­vages tra­di­tion­nels, l’abandon du socia­lisme par la gauche, et l’abandon de la nation par la droite, la conver­sion de la social-démo­cra­tie à l’axiomatique du mar­ché, le fait que les élec­tions ne débouchent jamais sur une véri­table alter­na­tive, mais seule­ment sur une alter­nance (avec de sur­croît des gou­ver­ne­ments de droite qui font une poli­tique de gauche et des gou­ver­ne­ments de gauche qui font une poli­tique de droite), bref tout ce qui fait que le Sys­tème appa­raît désor­mais net­te­ment comme un sys­tème… ». Ce Sys­tème malade c’est la démo­cra­tie ; la démo­cra­tie réelle, pas la démo­cra­tie rêvée. Un sys­tème démo­cra­tique pour­ris­sant par son élite poli­tique, par sa tête comme le poisson.

Le men­songe comme mentalité

L’ampleur du dis­cré­dit de l’élite poli­tique devient paroxys­mique avec la suc­ces­sion des scan­dales ponc­tuant ces années-là. L’affaire Bet­ten­court de 2010  contraint le ministre du Tra­vail Eric Woerth à quit­ter ses fonc­tions ; décou­verte en 2011 de la sor­dide réa­li­té sexuelle de Domi­nique Strauss-Kahn, favo­ri pour l’élection pré­si­den­tielle, pré­sident du Fonds moné­taire inter­na­tio­nal, l’un des hommes les plus puis­sants au monde. Arrive 2012, avec les comptes cachés du ministre du Bud­get Jérôme Cahu­zac, qui, lâché par les loges maçon­niques, quitte le gou­ver­ne­ment en cla­mant son inno­cence mais finit par avouer ; exhu­ma­tion de la liai­son dan­ge­reuse Sar­ko­zy-Kadha­fi au tarif de 5 mil­lions d’euros. En 2013, infor­ma­tion judi­ciaire pour « blan­chi­ment de fraude fis­cale » visant Patrick Bal­ka­ny. Puis 2014 voit la vie média­ti­co-amou­reuse de Fran­çois Hol­lande éta­lée publi­que­ment entre une actrice et une jour­na­liste. La fraude aux fausses fac­tures de l’affaire Byg­ma­lion per­cute Sar­ko­zy et Jean-Fran­çois Copé démis­sionne de la tête du parti. 

Est-ce le retour de la « Répu­blique des copains et des coquins » dénon­cée par Michel Ponia­tows­ky ? C’est plu­tôt pour l’opinion la mise en évi­dence la culture du men­songe comme socle de la men­ta­li­té de l’élite poli­tique démocratique.

Désaf­fec­tion au consen­te­ment démocratique

Cette culture du men­songe sur laquelle repose l’élite poli­tique, accen­tue le dis­cré­dit « du dégoût » se tra­dui­sant par la désaf­fec­tion du pays réel vis-à-vis de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive. Cette désaf­fec­tion est sen­sible élec­to­ra­le­ment depuis 1978, où la par­ti­ci­pa­tion aux légis­la­tives était de 82 % et ne cesse de décli­ner pour pas­ser main­te­nant sous la barre fati­dique des 50 %. Cette sourde désaf­fec­tion  inquiète l’élite finan­cière. Elle demande aux tech­no­crates de Sciences-Po la mise en place d’un  baro­mètre annuel de la confiance poli­tique (CEVIPOF), repo­sant sur le consen­te­ment du gou­ver­né. En votant, le citoyen ne choi­sit pas seule­ment un can­di­dat, il sou­tient la démo­cra­tie. Cet indi­ca­teur repo­sant sur les ins­crits des listes élec­to­rales, donc atta­chées à la démo­cra­tie, révèle le phé­no­mène de « fatigue démo­cra­tique ».  L’abstention va atteindre la taux record de 57,3 %. Méfiance et dégoût concré­tisent le rejet de l’élite poli­tique dont les res­pon­sables sont per­çus comme indif­fé­rents, éloi­gnés et cor­rom­pus à 74 %. Le réel per­cute l’élite finan­cière car  61 % des son­dés ne font plus confiance aux poli­tiques de  gauche comme de droite et c’est à l’é­gard de leurs élus, que les citoyens expriment le plus de doutes et de colère à 88 %. D’ailleurs 72 % d’entre eux consi­dèrent les élus comme  plu­tôt corrompus.

En 2016 l’inquiétude de l’élite finan­cière est totale car le dis­cré­dit de l’élite poli­tique com­mence à s’étendre aux deux autres élites his­to­riques. Les Fran­çais ne font plus confiance aux médias à 73 % et 70 % ne font pas confiance aux banques. L’élite finan­cière com­mence à induire une hypo­thèse sombre. Certes, l’élite poli­tique est par­ve­nue à main­te­nir hors du jeu les mou­ve­ments se vou­lant « hors Sys­tème » mais si le pays réel, après avoir essayé la Droite et la Gauche, se lais­sait ten­ter par le popu­lisme… Une opi­nion tota­le­ment écœu­rée ne serait-elle pas prête à tout ? 

L’élite finan­cière, ces dynas­ties répu­bli­caines envi­sagent alors de rompre le sys­tème cir­cu­laire d’origine en sub­sti­tuant l’élite tech­no­cra­tique à l’élite politique. 

Ger­main Philippe

(A suivre )

Pour suivre les 8 pré­cé­dentes rubriques de la  série « La Tech­no­cra­tie, mala­die sénile de la démocratie »

Hold-Up démo­cra­tique
Com­plo­tisme d’ul­tra-gauche inté­res­sant
Com­ment ana­ly­ser les élites du pays légal
Inté­rêt du réfé­ren­tiel popu­liste
Oli­gar­chie-Nomenk­la­tu­ra-Pays légal
Les élites du pays légal
Ori­gine de la Tech­no­cra­tie
Muta­tion-mon­dia­liste-du-pays-legal