La technocrature, maladie sénile de la démocratie

La technocrature, maladie sénile de la démocratie

Par Germain Philippe

Comment analyser les élites du Pays légal ?

En 2017 l’élite technocratique, la «  technocrature  » donc, au travers son mandataire Emmanuel Macron, à pris le pouvoir politique. Tous les pouvoirs  ! Si elle a dégagé «  l’ancien monde  », celui de l’élite politique, en une soirée électorale, c’est tout simplement car il était disqualifié et qu’il fallait sauver le Système. Macron l’a fait tout comme Bonaparte avait sauvé la République le 18 Brumaire. La dénonciation de cette prise de pouvoir technocratique a rapidement été réalisée – souvent avec pertinence – par la Gauche et l’ultra-gauche mais dans une approche complotiste qui ne peut satisfaire la nouvelle génération des jeunes maurrassiens du XXI° siècle. 

Il importe donc aux jeunes néo-royalistes d’Action française de répondre à la question «  Qui gouverne ?  » sans sombrer dans le piège du complotisme ni d’ailleurs celui de l’aliénation complice.

Généralement les réactionnaires sont présentés comme friands du complotisme à cause de l’ouvrage de l’abbé Barruel  : Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme (cinq volumes entre 1797 et 1803). Il y affirme que la Révolution n’a pas été un mouvement de révolte populaire spontanée, mais un processus organisé pendant plusieurs décennies dans des loges et dans des clubs — en particulier celui des Jacobins — afin de permettre à la bourgeoisie libérale de s’emparer du pouvoir. Contrairement au préjugé progressiste, cette explication conspirationniste – malgré un abbé Barruel bien mieux informé qu’on ne le dit, celons Emile Poulat – n’a jamais emporté l’adhésion de l’Action française. Les maurrassiens préfèrent très largement les travaux d’Augustin Cochin sur les sociétés de pensée. Certains des travaux de ce sociologue, réhabilité par François Furet, avaient été publiés dans le premier numéro de la Revue Universelle de Jacques Bainville en 1920. L’intérêt néo-royaliste pour les thèses de Cochin a été relancé par la «  Génération Maurras  » en 1989 – à l’occasion de la contestation du bicentenaire de la Révolution française – sous l’impulsion de l’animateur de l’Institut d’Action Française, Jean-Pierre Deschodt. Cet intérêt pour la grille d’analyse d’Augustin Cochin a encore été amplifié ces dernières années par Yves Morel, dans la Nouvelle Revue Universelle. Une preuve flagrante de la méfiance de l’Action française vis à vis de l’utilisation du mythe conspirationniste est le dédain avec lequel elle a ignoré le «  complot de la Synarchie  » en 1941 et 1942, alors que la presse collaborationniste mais aussi résistante, dénonçait ce mythe visant la Banque Worms et les trusts. Mythe d’ailleurs repris par le P.C.F. Après 1945. 

Loin du piège de l’interprétation complotiste mais aussi de l’aliénation complice de la pensée correcte, nous allons, en suivant les recommandation de l’Historien Olivier Dard dans son ouvrage sur La Synarchie – le mythe du complot permanent, (chez Perrin) «   tenter de comprendre les mécanismes à l’œuvre et de saisir la complexité des réseaux d’influence comme la prise de décision  », même si nous avons conscience que c’est «  aussi ambitieux que délicat  » et «  oblige à emprunter une ligne de crête entre une suspicion généralisée qui n’explique guerre et se fourvoie dans le complotisme et un angélisme évidement hors de propos  ».

Cette analyse «  ligne de crête  » évoquée par Olivier Dard, les maurrassiens la pratiquent par la Physique sociale, qui est une particularité de la boite à outils de l’école d’Action française. Cette fois nous utiliserons à la fois la méthode de l’empirisme organisateur mais aussi le clivage Pays légal/pays réel. Ce dernier nous différenciera des monarcho-gaullistes qui préfèrent le concept de retour de la lutte des classes. Sur le sujet on peut s’appuyer sur l’excellent article de Diane de Rorruan dans le n° 12 de Le Bien Commun de novembre 2019  : «  France périphérique, banlieue du politique  » et sur celui du n° 16 de mars 2020 sur «  Actualité de la lutte des classes  ». Nous nous utiliserons aussi la critique de la technocratie entamée par Pierre Debray, dès 1962 sous la présidence du général De Gaulle. Nous nous appuierons également sur les travaux du sociologue maurrassien Michel Michelet en particulier son étude de 1971 sur Pays légal/pays réel. Le combat de l’Action française contre la technocrature est une vieille histoire  !

Nous allons donc dans nos prochaines rubriques, avec les outils qui sont le propre de notre école de pensé – osons le dire, qui en font la force – chercher à comprendre la genèse de l’événement historique que nous traversons avec la prise de pouvoir de la technocrature. Nous allons en quelques rubriques chercher à comprendre les raisons historiques pour lesquelles la haute fonction publique française ne sert pas l’intérêt général mais s’est mise au service de la finance pour et finir par mettre la France dans l’état d’insurrection avec les Gilets Jaunes et aujourd’hui l’acculer dans une situation de faiblesse extrême face au désastre écologique dans lequel la mondialisation sans limite l’a amené avec la pandémie du coronavirus. 

Remonter aux causes est le seul moyen de remettre notre pays sur les bons rails  !