La tech­no­cra­ture, mala­die sénile de la démocratie
La technocrature, maladie sénile de la démocratie. © Edwine Andrade

La tech­no­cra­ture, mala­die sénile de la démocratie

Par Ger­main Philippe

Inté­rêt du réfé­ren­tiel populiste ?

En 2017 la « tech­no­cra­ture » à pris le pou­voir poli­tique. Pour sau­ver le Sys­tème,  elle s’est sub­sti­tuée à « l’an­cien monde » très dis­qua­li­fié de l’é­lite poli­tique. Macron a rejoué Bona­parte sau­vant la Répu­blique le 18 Bru­maire 1799. La dénon­cia­tion de ce  coup de force tech­no­cra­tique a rapi­de­ment été réa­li­sée avec une cer­taine per­ti­nence d’une part par Pierre-André Taguieff dans une ana­lyse fouillée et docu­men­tée, mais aus­si par la Gauche et l’ul­tra-gauche, mal­heu­reu­se­ment dans l’approche com­plo­tiste des « gros contre les petits ». Réfrac­taires au com­plo­tisme, les maur­ras­siens pré­fèrent donc ana­ly­ser la tech­no­cra­ture comme un phé­no­mène de phy­sique sociale et donc uti­li­ser l’empirisme orga­ni­sa­teur et le concept Pays légal/pays réel.

Faut-il pour autant négli­ger le sché­ma expli­ca­tif pro­po­sé par les populistes ?

Cer­tai­ne­ment pas et l’interêt constant de l’Action fran­çaise pour le popu­lisme est fla­grant, comme en atteste les entre­tiens de la col­lec­tion de Le Bien Com­mun avec Aris­tide Leu­cate (LBC n°3), Jean-Bap­tiste Rap­pin (LBC n°4), Phi­lippe Pichot-Bra­vard (LBC n°5), Fran­çois Bous­quet (LBC n°6), Cathe­rine Rou­vier (LBC n°7), Patrick Buis­son ( LBC n° 9), Alexandre Del­vec­chio (LBC n°11), le duo Fré­dé­ric Rou­villois et Christphe Bou­tin (LBC n°13), Jérome Sainte-Marie (LBC n°14) et l’ancien ministre ita­lien Loren­zo Fon­ta­na (LBC N°16). Pour com­prendre la prise de pou­voir par la tech­no­cra­ture et connaître ceux « qui gou­vernent », le popu­lisme pro­pose le sché­ma expli­ca­tif  du Peuple oublié et délais­sé par ses élites mais pré­ci­sant que le pre­mier est « hors sys­tème » et « Somew­here » (de quelque part) per­dant de la mon­dia­li­sa­tion, tan­dis que par oppo­si­tion, les seconds sont « du Sys­tème », « Anyw­here » (de n’importe où) gagnants de la mon­dia­li­sa­tion. Bref les élites auraient fait séces­sion du Peuple, d’où  le retour de la lutte de classes. Ce sché­ma expli­ca­tif popu­liste s’exprime  mon­dia­le­ment avec des variantes.

« L’Ac­tion fran­çaise juge pour­tant comme un écueil dom­ma­geable l’idéalisation du Peuple face aux élites »

Pour l’Action fran­çaise, le « réfé­ren­tiel » popu­liste est inté­res­sant. Elle consi­dère par­ti­cu­liè­re­ment per­ti­nentes les études de Chris­tophe Guilluy et incon­tes­tables les nom­breux élé­ments rela­tifs à la séces­sion des élites et au déclas­se­ment de la France d’en bas. Elle juge pour­tant comme un écueil dom­ma­geable l’idéalisation du Peuple face aux élites. Il entraîne dans des che­mins de tra­verse ceux qui aspirent à ser­vir le Bien com­mun ; comme le prouve his­to­ri­que­ment le sans-culo­tisme, le bou­lan­gisme, le dorio­tisme, le pou­ja­disme et le mao-spon­ta­néisme. Ensuite pour un maur­ras­sien, le réfé­ren­tiel popu­liste semble dif­fi­ci­le­ment sup­por­ter l’apport récent de Jérome Four­quet sur « l’archipelisation » de la socié­té fran­çaise. En revanche si les néo-roya­listes jugent un peu pares­seux le recours au concept mar­xiste de lutte des classes, il sont sti­mu­lés par l’approche de Jérome Sainte-Marie s’inspirant de la notion de bloc éli­taire d’Antonio Gram­sci, de consti­tu­tion d’un bloc à par­tir de la conver­gence d’intérêts de dif­fé­rents groupes sociaux qui acceptent la direc­tion de l’un d’entre eux. Ain­si l’orientation du« bloc éli­taire » serait don­née par la haute admi­nis­tra­tion et la haute finance… la technocrature ? 

Alors, à la manière d’Auguste Comte, après avoir induit la prise en compte du réfé­ren­tiel popu­liste dans sa réflexion, l’Action fran­çaise a déduit les carences de ce sché­ma expli­ca­tif, impuis­sant à répondre à la ques­tion de la prise de pou­voir par la tech­no­cra­ture… Qui gou­verne ? C’est pour­quoi l’Action fran­çaise du XXIe siècle  per­siste à vou­loir ana­ly­ser la tech­no­cra­ture à tra­vers le tra­di­tion­nel prisme poli­tique maur­ras­sien dis­tin­guant le Pays réel du Pays légal. Et nous com­men­ce­rons pro­chai­ne­ment  par une courte étude his­to­rique du pays légal afin de mieux com­prendre la technocrature.