La République d’absurdie ou la Démocratie…

La République d’absurdie ou la Démocratie…

Par Frédéric Wincler

Il ne peut y avoir de démocratie sans acceptation d’une échelle de valeurs extérieures et supérieures à l’homme, d’essence religieuse pour le chrétien, valeurs purement morales pour l’humaniste », pensait mon grand-père. J’en suis moi aussi persuadé : même si nous n’avons pas tous les mêmes convictions ni les mêmes croyances, nous pouvons nous retrouver sur des valeurs communes, dont le respect assure l’ordre juste dont parlait saint Thomas d’Aquin. Il me semble utile, si nous voulons y parvenir, de poursuivre le débat sur les rapports entre la foi et la raison. Il m’arrive même de penser qu’il n’y a rien de plus important. J’ai l’intuition que nous rendrions un grand service à la justice en approfondissant cette question. » (Jean de France, Un Prince Français). Sommes-nous devenus des numéros, comme le répondrait « Le prisonnier » de la vieille série télévisée des années 60, montrant que la Démocratie sait être plus subtilement et ô combien totalitaire. Le peuple pense gérer le système en y participant régulièrement par son vote manipulé ou, du moins, « encadré » par la présence des candidats issus des seuls partis politiques reconnus. Celui-ci est orienté, formaté, dans des campagnes monstrueusement onéreuses (élections présidentielles 2012 : 228 millions d’euros, selon RFI) d’où le règne de la ploutocratie : c’est l’argent qui fait les élections, et donc, pas d’argent signifie pas de représentation et encore moins de victoire possible ! La Démocratie telle qu’elle est présentée aujourd’hui par l’idéologie dominante est le privilège des hommes qui n’ont guère de souci du patrimoine national comme des libertés concrètes et populaires. Selon Jean-Jacques Rousseau lui-même, c’est un système fait pour des demi-dieux avec tous les excès dont ceux-ci sont capables et non pour de simples mortels en tant que tels. En fait, suivant l’observation de la vie comme de l’histoire des sociétés, sous l’éclairage d’Aristote, la démocratie est parfaitement adaptée à l’échelle des communes. Pour les grands Etats, selon Paul Valéry : « L’art de la démocratie c’est d’empêcher les hommes de s’occuper de ce qui les regarde et de les faire décider de ce à quoi ils n’entendent rien ». Bref il faut trouver l’harmonie des 3 pouvoirs, tel que l’enseignaient les Grecs anciens. Cet équilibre possède le fin dosage de la démocratie communale éclosant dans l’aristocratie provinciale dont la fleur devient royale dans l’Etat. Les démocraties d’aujourd’hui, fort éloignée du modèle athénien mènent vers une nouvelle forme de totalitarisme non violent selon Huxley, de « globalitarisme » étouffant voir sans issue. D’une actualité surprenante, relisons « les commandements du parfait politicien » d’Alphonse Karr en 1848 : Tous les emplois cumuleras et les salaires mêmement. Le brouet noir tu prôneras sans en manger aucunement.Tous les abus attaqueras, pour les conquérir seulement.Le peuple tu glorifieras pour t’en servir utilement.Les privilèges combattras pour changer leur nom simplement.Tous tes amis tu placeras sans leur demander de talent.L’oubli de toi tu vanteras sans t’y astreindre nullement. Et dans ta barbe tu riras du peuple crédule et payant, les sottises que tu feras.Au contraire, nous réclamons plus de démocratie et de référendums dans la commune et la gestion de nos métiers, comme cela existait sous l’Ancienne France ou encore dans certains cantons suisses aujourd’hui. La Révolution de 1789 détruisit l’organisation sociale en interdisant aux ouvriers de se grouper comme ils le faisaient librement sous le Roi. Elle confisqua les biens, comme l’immense capital financier corporatif accumulé pendant des siècles, qui assurait aides, formation, retraites et œuvres sociales. Nous ne voulons pas entrer dans le monde des robots disait Bernanos, écoutons André Joussain sur la capacité du système à engendrer le règne des médiocres : « On prétend que la république démocratique donne à chacun ses chances. Mais ce n’est pas vrai, car les conditions mêmes de la lutte électorale sont toujours plus favorables aux uns qu’aux autres. Supposons qu’un homme ait toutes les qualités d’un grand homme d’Etat, mais qu’il n’ait ni la voix forte, ni l’esprit vif, ni l’art d’agir sur les foules par sa parole. Ses chances d’être élu sont faibles en regard de celles d’un beau parleur aux poumons robustes, à la voix forte, prompt à la riposte, habile à ménager les préjugés et à flatter les passions de ceux qui l’écoutent – au demeurant tout à fait incapable de discerner les intérêts du pays et d’aviser aux mesures utiles. Prenons par exemple un homme très instruit et très cultivé, qui a passé sa jeunesse et une grande partie de son âge mûr à étudier la philosophie, l’histoire, le droit, l’économie politique, la sociologie, qui a suivi avec la plus grande attention l’évolution politique des nations les plus civilisées et celle de son propre pays, notant les faits importants et les comparant de manière à saisir sur le vif les effets bienfaisants ou malfaisants des mesures prises par les hommes d’Etat et des lois votées par les assemblées : peut-on croire qu’il puisse enlever les suffrages des masses contre un quelconque militant de la politique habitué à pérorer dans les réunions publiques, dans les comités électoraux, dans les syndicats d’ouvriers, de fonctionnaires ou d’instituteurs ?La vérité, c’est que la république démocratique donne des chances très fortes à ceux qui parlent bien, qui savent toucher les foules et tenir à chacun le langage qui lui plaît, à ceux qui ont du bagout, de l’entregent, l’esprit d’intrigue et qui ne se font pas scrupule non plus de changer de langage, d’opinion et de conduite lorsque le vent a tourné. Par contre, elle ôte leurs chances à ceux qui sont plus capables de bien faire que de bien dire, qui font plus de besogne que de bruit, qui ne sont ni des hâbleurs, ni des intrigants et qui disent en toute occasion non ce qui peut plaire au plus grand nombre, mais ce que, dans la sincérité de leur coeur, ils jugent vrai, utile ou juste. Favorable aux habiles menteurs, aux roués, aux malins, elle désavantage le mérite modeste, la valeur réelle, la compétence, l’amour désintéressé du bien public. En somme, la république démocratique accroît sans mesure les chances des médiocres, qui peuvent faire beaucoup de mal et ne peuvent faire que peu de bien ; et elle diminue, au point de les rendre à peu près nulles, celles des hommes les plus capables de servir utilement leur pays. »Aussi libérons la France, en lui ramenant le roi, qui seul, par son indépendance, recréera les conditions d’une éclosion des organisations corporatives, ramenant la paix sociale et la justice. Le peuple d’alors votait beaucoup et décidait souvent directement, sous forme de démocratie directe, de l’organisation de tout ce qui touchait la proximité de sa vie sociale : règlement des m étiers, organisation des moissons, gestion des villes… Tout cela, avec évidemment les imperfections et les difficultés d’alors, sans chercher à idéaliser, mais l’esprit général y était. Avant 1789, les femmes, dans certains cas, votaient et elles perdirent ce droit au nom de la « Liberté » abstraite et d’un suffrage devenu exclusivement masculin. Elles furent comme le peuple en général, les grandes perdantes de la Révolution et elles durent attendre 1945, pour retrouver le droit de vote ! Il s’agit de retrouver un esprit et non s’attacher à des détails dans des conversations sans fin, les travaux des historiens sont là pour conforter mes propos (voir Steven Kaplan…). Nous préférons donc une saine organisation aristotélicienne humaniste, éminemment démophile (c’est-à-dire aimant le Peuple), ce qui pour les chrétiens rappelle l’esprit des Saints Evangiles. Selon nous, il faut aller vers l’équilibre entre les droits et les devoirs, rendre aux citoyens leurs responsabilités civiques pour mieux les intégrer dans la cité, évitant ainsi le déclin de notre civilisation vers les temps obscurs de la barbarie…FW (a suivre..)