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Le géné­ral d’ar­mée Thier­ry BURKHARD répond à la Com­mis­sion de la Défense (extraits)

Depuis la créa­tion de l’Action Fran­çaise, notre mou­ve­ment et notre presse suit tou­jours atten­ti­ve­ment l’évolution de notre armée, garante de notre indé­pen­dance natio­nale et moyen de puis­sance pour appuyer notre diplo­ma­tie sur toute la pla­nète. L’audition du chef d’état-major de l’armée de terre au par­le­ment fin mai, revêt donc une impor­tance non négli­geable à l’heure des grands glis­se­ments tec­to­niques au Moyen Orient en Afrique, en Europe cen­trale et en Asie qui ne sont pas dépour­vus de dan­gers, et ou notre armée est enga­gée dans le Sahel prin­ci­pa­le­ment, mais aus­si pré posi­tion­née sur d’autres théâtres.
Oli­vier Perceval

Extraits du compte ren­du de l’audition du géné­ral Thier­ry Bur­khard chef d’état-major de l’armée de Terre (Dif­fu­sé par l’ASAF)

Quelques réac­tions des dépu­tés de la com­mis­sion
à l’issue de l’exposé du géné­ral Thier­ry Burkhard

M.Bastien Lachaud.
(…) Je par­tage votre inquié­tude quant à notre capa­ci­té à assu­rer nos stocks de muni­tions en cas de choc de haute inten­si­té, sur­tout après la vente de Manu­rhin, le choix du fusil HK416 et le déman­tè­le­ment de GIAT indus­tries. Les dépen­dances euro­péennes sont inquié­tantes au regard du peu de soli­da­ri­té expri­mée dans les moments critiques.


M.André Chas­saigne.
(…) Vous avez invi­té à l’humilité et l’avez mani­fes­tée par votre ton et votre ana­lyse, ce qui mérite le res­pect. C’est un mes­sage adres­sé aux politiques.


M. Chris­tophe Lejeune.
(…) Je m’exprime depuis Luxeuil-les-Bains, où le légion­naire de pre­mière classe Kevin Clé­ment avait vu le jour, il y a vingt et un ans. C’est là aus­si que son enga­ge­ment avait débu­té comme sapeur-pom­pier volon­taire. L’émotion est grande par­mi ceux qui ont tra­vaillé à ses côtés, jusqu’en 2017, quand il a rejoint la Légion étran­gère.
J’ai une pen­sée par­ti­cu­lière pour ses parents et sa famille, ain­si que pour ses frères d’armes. Je serai le 8 Mai au monu­ment aux morts, où nos pen­sées l’accompagneront ain­si que tous vos hommes qui ont dis­pa­ru récemment.


M. Charles de la Ver­pillière.
(…) La col­la­bo­ra­tion entre l’armée de Terre et les auto­ri­tés civiles doit être pro­lon­gée et nous devons en tirer les conclu­sions. Si les pré­fets savent dia­lo­guer avec les mili­taires, des pro­grès res­tent à faire dans les rela­tions avec les ARS, les rec­teurs et ins­pec­teurs d’académie et les exé­cu­tifs des col­lec­ti­vi­tés territoriales.


M. Jean-Michel Jacques.
(…) Dans la zone des trois fron­tières, nous rem­por­tons de belles vic­toires. Nos héros ne sont pas morts pour rien.


La vidéo que vous nous avez trans­mise illustre par­fai­te­ment vos actions dans nos ter­ri­toires au contact des pré­fets, des ser­vices de l’État et des maires. Ras­su­rez-vous, rares sont les dépu­tés ayant trou­vé le déco­deur des ARS. Nos conci­toyens ont vu que notre armée, où j’ai pas­sé 24 ans, est pré­sente quand on a besoin d’elle. Alors que les pre­mières mis­sions Sen­ti­nelle avaient pro­vo­qué des réti­cences, en 2020, l’état d’esprit a chan­gé. Tout en main­te­nant la notion d’Ultima ratio, sai­sis­sons cette pos­si­bi­li­té pour faire accep­ter par nos conci­toyens la néces­si­té d’investir dans nos armées.

(FILES) In this file pho­to taken on June 05, 2015 A French sol­dier of the 93rd Moun­tain Artille­ry Regi­ment, part of the French Army’s « Ope­ra­tion Bar­khane », an anti-ter­ro­rist ope­ra­tion in the Sahel, looks through bino­cu­lars while patrol­ling on an armou­red vehicle a track bet­ween M’Bou­na and Goun­dam in the Tim­buk­tu region during the joint ope­ra­tion « La Madine 3 ». – Thir­teen sol­diers from Fran­ce’s anti-ter­ro­rist Bar­khane force in Mali were killed after two heli­cop­ters col­li­ded during an ope­ra­tion in the coun­try’s north, the French pre­si­den­cy said on Novem­ber 26, 2019. The acci­dent occur­red on Novem­ber 25, 2019, while the forces were enga­ging jiha­dist figh­ters who have sta­ged a series of dead­ly strikes in nor­thern Mali in recent weeks, the Ely­see Palace said. (Pho­to by Phi­lippe DESMAZES / AFP)

Réponses du géné­ral Thier­ry Bur­khard à quelques ques­tions des dépu­tés (extraits)

(…) Pré­pa­ra­tion opé­ra­tion­nelle des forces
Nous avons pris des mesures comme la règle des trois tiers. Nous condui­sons nos ins­truc­tions en dimi­nuant par trois le volume de per­son­nel for­mé, ce qui per­met d’avoir des dis­po­si­tifs aérés et de ne pas concen­trer nos sol­dats. Les acti­vi­tés se déroulent aus­si en trois temps :

  • une phase pré­pa­ra­toire où nos mili­taires s’équipent avec les effets de pro­tec­tion et où les consignes sont rappelées,
  • le dérou­le­ment de l’activité
  • et la sor­tie d’activité avec la décon­ta­mi­na­tion du matériel.


Cela prend du temps et met l’instruction sous contrainte. Je constate que nos uni­tés se sont assez bien adap­tées car des solu­tions ont été trouvées.


(…) Ins­truc­tion para­chu­tiste
Pour des rai­sons de sécu­ri­té, nous avons mis en som­meil les stages des troupes aéro­por­tées qui néces­sitent la coor­di­na­tion de deux armées, creu­sant ain­si un retard de for­ma­tion et de pré­pa­ra­tion opérationnelle.


(…) Recru­te­ment
La baisse du recru­te­ment n’aura pas de consé­quence immé­diate sur les OPEX ni sur les opé­ra­tions inté­rieures (OPINT) comme Sen­ti­nelle. Au pire, nos uni­tés tour­ne­ront tem­po­rai­re­ment plus vite en OPEX ou en OPINT. Il est éga­le­ment impor­tant de noter qu’un régi­ment de l’armée de Terre n’est pas un espace confi­né comme un porte-avions et que le COVID y est plus faci­le­ment gérable. Dès qu’un sol­dat est malade, il est iso­lé, ain­si que son entou­rage. Nos cadres au contact per­ma­nent de la troupe per­mettent rapi­de­ment d’identifier un malade et de l’isoler.


(…) Opex et covid
Les opé­ra­tions de Bar­khane se pour­suivent nor­ma­le­ment. Par chance, les uni­tés pro­je­tées en février étaient saines. Quelques cas sont néan­moins appa­rus sur zone. Quand un sol­dat res­sent de la fièvre dans un véhi­cule blin­dé, les dix occu­pants sont iso­lés. Les opé­ra­tions doivent tou­te­fois conti­nuer de manière nor­male car nos adver­saires pour­suivent le com­bat. Nous n’avons donc pas le choix.


(…) Armée pour opex et opint (opé­ra­tions exté­rieures et inté­rieures)
Cer­tains consi­dèrent notre armée comme uni­que­ment expé­di­tion­naire, mais pour­tant, quand les Fran­çais en ont besoin sur le ter­ri­toire natio­nal, elle est là comme le montre cette crise. Le risque serait d’avoir une armée opti­mi­sée pour de l’appui inté­rieur et de voir, après, si nous en aurions besoin ailleurs. Cette crise montre qu’une armée prin­ci­pa­le­ment tour­née vers les menaces exté­rieures peut éga­le­ment agir sur le ter­ri­toire natio­nal. En revanche, il est cer­tain que notre armée n’a pas assez d’épaisseur pour faire face à un conflit majeur dou­blé d’une crise inté­rieure d’ampleur. Je pense à des rup­tures d’approvisionnement d’alimentation, à l’arrêt des trans­ports ou à des catas­trophes natu­relles.
Ce qui me semble impor­tant, c’est que l’ambition d’une armée capable de se battre dans le haut du spectre, dans le cadre d’un conflit majeur, nous for­ce­ra à avoir une épais­seur qui nous ren­dra d’autant plus effi­caces dans une opé­ra­tion inté­rieure. Qui peut le plus peut le moins.
Sur le ter­ri­toire natio­nal, une par­tie des res­sources humaines stra­té­giques peut éga­le­ment venir de la réserve. Si l’opération se pro­longe, elle doit être enga­gée. Il faut donc aller plus loin dans le déve­lop­pe­ment d’une réserve plus réac­tive et tou­jours plus opérante.


(…) L’armée de Terre ne choi­sit pas ses mis­sions, elle les exé­cute
Les forces de Bar­khane en opé­ra­tions dans la zone des trois fron­tières obtiennent des résul­tats excep­tion­nels. Les uni­tés déployées au Mali font preuve d’une grande effi­ca­ci­té. Concer­nant votre réflexion sur Sen­ti­nelle, il est exact de dire que cer­tains enga­gés dans l’opération n’en ont pas immé­dia­te­ment com­pris l’utilité. Tou­te­fois, l’armée de Terre exé­cute les mis­sions qui lui sont confiées, ce qui clôt un peu le débat, et nous avons pour mis­sion de pro­té­ger les Fran­çais aus­si bien sur le ter­ri­toire natio­nal qu’à N’Djamena. Nous ne choi­sis­sons pas nos missions.


La notion d’ultima ratio est liée au niveau d’engagement. Tout est ques­tion de mesure, comme tou­jours. L’armée de Terre sait tout faire ou presque, mais jusqu’à un cer­tain point. Par exemple, l’armée de Terre peut-elle se consa­crer entiè­re­ment à la dis­tri­bu­tion de masques ? La réponse est oui mais l’employer uni­que­ment à dis­tri­buer des masques n’est pas sans consé­quence, par exemple sur le niveau de prise de risque de la relève dans la zone des trois fron­tières. L’ultima ratio ne doit pas vou­loir dire solu­tion de faci­li­té. Vous l’avez vu, nos sol­dats sont heu­reux d’avoir été enga­gés au ser­vice des Fran­çais mais mon rôle est aus­si de pré­pa­rer ce que l’on me deman­de­ra demain.


À par­tir du 11 mai, cha­cun doit se réor­ga­ni­ser pro­gres­si­ve­ment pour faire ce qu’il est le seul à savoir faire : l’armée de Terre est seule à savoir s’engager en OPEX dans la zone des 3 frontières.


(…) Equi­pe­ment (pro­gramme d’armement Scor­pion)
L’année n’est pas nor­male pour l’armée de Terre, elle ne l’est pas non plus pour les indus­triels. En revanche, comme tout le monde, en dépit de la crise, leurs objec­tifs de livrai­sons res­tent les mêmes, à ce stade. Je res­te­rai un client exi­geant dans ce domaine.


(…) Fidé­li­sa­tion et com­man­de­ment
Quelqu’un qui s’engage pour être sol­dat doit être employé comme un sol­dat. D’abord, il faut appli­quer des normes d’entraînement, dis­po­ser du maté­riel néces­saire et des moyens suf­fi­sants qui pré­parent à l’engagement. Si nos sol­dats sont envoyés à la guerre, ils doivent être entraî­nés et être capables de gagner. Ensuite, ils doivent se sen­tir utiles et les chefs doivent don­ner du sens aux actions dans les­quelles on les engage. Enfin, ils res­tent s’ils se sentent bien. Un sol­dat qui s’estime mal com­man­dé, mal logé, mal nour­ri s’en va et je le com­prends. C’est pour cela que la qua­li­té du com­man­de­ment et le niveau du sou­tien sont des élé­ments clés. Nos chefs doivent bien com­man­der, ce qui n’est pas facile, d’où l’effort que je fais sur la chaîne de commandement.


(…) Rela­tions avec les ARS
Comme je l’ai dit pré­cé­dem­ment, il faut bâtir la confiance entre nos ins­ti­tu­tions.
Nous tra­vaillons à une action décen­tra­li­sée avec l’Éducation natio­nale, les maires et les dépu­tés pour les céré­mo­nies du 11 Novembre. Cette crise a ouvert de nom­breuses portes.

Géné­ral d’armée Thier­ry BURKHARD
Chef d’état-major de l’armée de Terre
Extraits du CR d’audition)