Urgence stra­té­gique

Urgence stra­té­gique

Les chefs d’état-major ont été récem­ment audi­tion­nés par les deux Com­mis­sions de la Défense de l’Assemblée natio­nale et du Sénat. Com­bien de Fran­çais ont eu connais­sance de leurs pro­pos ? Hélas, aucun de ces chefs ne semble avoir été sol­li­ci­té par les grands médias pour s’exprimer devant les Fran­çais sur les menaces et enjeux stra­té­giques, la sin­gu­la­ri­té mili­taire et les exi­gences opé­ra­tion­nelles. C’est d’autant plus sur­pre­nant que notre pays est en guerre et qu’on enterre régu­liè­re­ment ses sol­dats morts au com­bat pour la France.

Tous ont expo­sé leurs pré­oc­cu­pa­tions. Elles doivent être connues non seule­ment de quelques diri­geants poli­tiques mais aus­si du plus grand nombre de Fran­çais qui ne peuvent se plon­ger dans le compte-ren­du des dif­fé­rentes audi­tions. C’est l’objet de cette lettre d’information et de sensibilisation. 

Menaces

Elles ne cessent de se diver­si­fier, de se com­bi­ner et de muter en des formes nou­velles. Elles se signalent par une hausse impor­tante des dépenses d’armement dans le monde. 

Sur cer­tains théâtres d’opérations, l’armée de l’Air se heurte à des ten­ta­tives des­ti­nées à lui inter­dire l’espace aérien ce qui l’oblige à dis­po­ser de capa­ci­tés de neu­tra­li­sa­tion des défenses anti­aé­riennes plus per­for­mantes. Sur et autour de notre ter­ri­toire natio­nal, nos forces font face à des menaces directes telles que la pré­sence plus fré­quente d’aéronefs et de sous-marins étran­gers dans des zones situées à proxi­mi­té de nos côtes et de notre espace aérien.

Sans que cette liste soit exhaus­tive, il y a la menace que font peser les groupes ter­ro­ristes, et l’utilisation, pour le moment à l’étranger, de drones dif­fi­ciles à détec­ter et à neu­tra­li­ser. Ces menaces sont com­bi­nées avec des actions média­tiques et psy­cho­lo­giques visant à fra­gi­li­ser la cohé­sion et la rési­lience de la Nation. 

Res­sources financières 

En 2015, le bud­get consa­cré aux Armées attei­gnait le seuil catas­tro­phique de 1,5 % du PIB et, sans sa sta­bi­li­sa­tion pro­vo­quée par les atten­tats, il devait se réduire encore jusqu’à 1,3 % du PIB. 

Cette chute mor­telle était inin­ter­rom­pue depuis 1980, année où la part du PIB attei­gnait 3 %, et ce mal­gré les crises pétro­lières de 1975 et 1978. Ces réduc­tions dras­tiques ont conduit à un affai­blis­se­ment consi­dé­rable de notre armée occul­té par la plu­part des res­pon­sables poli­tiques de tous bords. Cette baisse était d’autant plus péna­li­sante pour nos forces conven­tion­nelles, celles qui font la guerre, que la dis­sua­sion nucléaire devait être pré­ser­vée et que les opé­ra­tions exté­rieures se multipliaient. 

Cela s’est tra­duit par un vieillis­se­ment des maté­riels dont les prin­ci­paux avaient entre 30 et 50 ans d’âge. Les stocks de muni­tions étaient réduits à la por­tion congrue et l’infrastructure, qui ne dis­po­sait plus de cré­dits suf­fi­sants pour l’entretien élé­men­taire, ne ces­sait de se délabrer. 

Dans ces condi­tions, la très récente remon­tée des cré­dits bud­gé­taires qui a pour objec­tif d’atteindre le seuil de 2 % du PIB en 2025 (soit celui de l’année 1990) ne pour­ra, au mieux, que com­bler une par­tie des lacunes, d’autant que deux nou­velles dimen­sions de la Défense doivent être davan­tage prises en compte : la cyber­dé­fense et le spa­tial qui deviennent des domaines vitaux pour notre pays. 

Maté­riels

La Marine, qui com­mence à béné­fi­cier de capa­ci­tés de frappes à longue dis­tance par des mis­siles de croi­sière, souffre cepen­dant de ne pas dis­po­ser d’un nombre suf­fi­sant de bâti­ments lui per­met­tant de contrô­ler notre zone éco­no­mique exclu­sive (ZEE) de plus de 11 mil­lions de km2 (la 2e du monde). 

L’armée de Terre uti­lise encore en opé­ra­tion des VAB qui ont plus de 40 ans d’âge et elle ne peut ali­gner plus d’une quin­zaine d’hélicoptères au Sahel, pour cou­vrir une super­fi­cie équi­va­lente à 10 fois celle de la France ! 

Notre indus­trie d’armement se doit d’être puis­sante et doit donc expor­ter. C’est non seule­ment pour des rai­sons éco­no­miques et tech­no­lo­giques mais aus­si parce qu’il vaut mieux connaître les armes qui pour­raient un jour nous être oppo­sées que celles ven­dues par d’autres pays. 

Les res­sources humaines 

Mais la force d’une armée repose avant tout sur la qua­li­té de ses per­son­nels, qui est liée à leur recru­te­ment, leur for­ma­tion, leur expé­rience, leur cohé­sion et leur moral, mais aus­si sur le sou­tien dont fait preuve la Nation à l’égard de ses sol­dats. Leur mis­sion est unique ; elle consiste à don­ner la mort, et à la rece­voir le cas échéant, au nom du peuple fran­çais pour assu­rer sa pro­tec­tion, garan­tir l’intégrité du ter­ri­toire et défendre ses inté­rêts stratégiques.

Notre armée a donc besoin d’hommes et de femmes pla­çant le ser­vice du pays au-des­sus des inté­rêts per­son­nels et accep­tant la pers­pec­tive du sacri­fice suprême. Mais que devien­drait une armée si elle ne se sen­tait pas sou­te­nue par le pays, pire, si elle se sen­tait tra­hie par ses dirigeants ? 

En conclu­sion

2020 ver­ra le 80e anni­ver­saire de la défaite de 1940. Sachons tirer les leçons des deux décen­nies qui l’ont pré­cé­dée : une démo­gra­phie insuf­fi­sante liée aux immenses pertes de la Grande Guerre, des alliances illu­soires, une confiance exces­sive dans la sécu­ri­té col­lec­tive fon­dée à l’époque sur la Socié­té des Nations, un refus de voir, de dénon­cer et d’agir vite et fort contre la menace nazie, mais aus­si une baisse pro­lon­gée des bud­gets de Défense et une impos­sible remon­tée en puis­sance car trop tar­dive, une absence d’industrie de Défense puis­sante et de délais suf­fi­sants pour trans­for­mer du maté­riel et des hommes en armée cohé­rente et forte. 

Mais peut-être et avant tout, à cette époque régnaient chez un grand nombre de Fran­çais cette las­si­tude, ce doute, ce sen­ti­ment oublié que la liber­té était le fruit d’un com­bat per­ma­nent que leurs aïeux avaient su mener et qu’il leur reve­nait de poursuivre…

Que 2020 soit une année de prise de conscience, de mobi­li­sa­tion et de redres­se­ment de la France par tous les Fran­çais ! C’est notre vœu le plus cher. 

LA RÉDACTION de l’ASAF www.asafrance.fr