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Illustration du satellite Syracuse IV (anciennement Comsat NG), programme de telecommunications militaires. Le programme Syracuse IV (successeur de Syracuse III) est base sur deux satellites qui utiliseront des plateformes electriques de nouvelle generation.

Armée de l’Air : la France met en orbite un satel­lite mili­taire der­nière génération

Bijou de tech­no­lo­gie, ce satel­lite doit per­mettre au pays de « cré­di­bi­li­ser l’en­semble de son outil mili­taire, de même que sa capa­ci­té indus­trielle », après l’hu­mi­lia­tion don­née par l’Aus­tra­lie, quand elle a renon­cé à un immense contrat de sous-marins fran­çais au pro­fit de sub­mer­sibles amé­ri­cains.

Un nou­veau satel­lite fran­çais dans les cieux. L’Hexa­gone a pla­cé same­di 23 octobre en orbite un satel­lite de com­mu­ni­ca­tion mili­taire pré­sen­té comme un bijou de tech­no­lo­gie et un pilier de sa sou­ve­rai­ne­té, témoin par­mi d’autres que les ten­sions géo­po­li­tiques s’ex­portent désor­mais jusque dans l’es­pace.
La fusée Ariane 5 a décol­lé de Kou­rou, en Guyane, en empor­tant le satel­lite 4A du pro­gramme Syra­cuse, qui per­met­tra aux armées fran­çaises déployées aux quatre coins du globe de com­mu­ni­quer à haut débit et en toute sécu­ri­té depuis des relais au sol, aériens, marins et sous-marin. La mis­sion s’est ache­vée avec suc­cès 38 minutes et 41 secondes après le tir.
« Syra­cuse 4A est conçu pour résis­ter aux agres­sions mili­taires depuis le sol et dans l’es­pace ain­si qu’au brouillage », a expli­qué à l’AFP le colo­nel Sté­phane Spet, porte-parole de l’ar­mée de l’Air et de l’Espace.

Il est équi­pé de moyens de sur­veillance de ses abords proches et d’une capa­ci­té de dépla­ce­ment pour échap­per à une agres­sion, un risque réel. En juillet 2020, le com­man­de­ment spa­tial amé­ri­cain avait accu­sé Mos­cou d’a­voir « conduit un test non-des­truc­teur d’une arme anti­sa­tel­lite depuis l’es­pace ». Et en 2017, le « satel­lite-espion » russe Louch-Olympe avait déjà ten­té de s’ap­pro­cher du satel­lite mili­taire fran­co-ita­lien Athe­na-Fidus.

Ultime per­for­mance, S4 est pro­té­gé contre les impul­sions élec­tro-magné­tiques qui résul­te­raient d’une explo­sion nucléaire, a indi­qué à l’AFP Marc Finaud, expert en pro­li­fé­ra­tion des armes au Centre Poli­tique de Sécu­ri­té de Genève (GCSP). « C’est le scé­na­rio de l’ul­time aver­tis­se­ment, en cas d’é­chec de la dissuasion ».

Un pro­gramme à quatre mil­liards d’euros

Le pro­gramme Syra­cuse repré­sente un inves­tis­se­ment total de quelque 4 mil­liards d’eu­ros. La qua­trième géné­ra­tion mul­ti­plie­ra par trois le débit de com­mu­ni­ca­tions de S3. La Direc­tion géné­rale de l’ar­me­ment (DGA) s’est enga­gée avec Tha­lès à hau­teur de 354 mil­lions d’eu­ros et avec Air­bus pour 117 mil­lions pour le seul Syra­cuse 4.

« Il y a une loi presque mathé­ma­tique d’aug­men­ta­tion régu­lière des volumes de data », sou­ligne le colo­nel Spet, citant les besoins géné­rés par les sys­tèmes de com­man­de­ment, la repré­sen­ta­tion des situa­tions tac­tiques du ter­rain, la vidéo (venant par exemple des drones Rea­per déployés au Sahel). Ou encore le trai­te­ment en temps réel de la data venue de plu­sieurs endroits de la pla­nète. A terme, la France dis­po­se­ra de 400 sta­tions capables de com­mu­ni­quer avec S4 depuis le sol, un aéro­nef, un navire ou un sous-marin, selon la DGA.  

Or la dis­sua­sion nucléaire fran­çaise repose très lar­ge­ment sur ses sous-marins, rap­pelle Marc Finaud, expert en pro­li­fé­ra­tion des armes au Centre de poli­tique de Sécu­ri­té de Genève (GCSP). « Si un adver­saire est capable de modi­fier, pira­ter, endom­ma­ger les com­mu­ni­ca­tions avec les sous-marins, c’est la fin de la dis­sua­sion », sou­ligne-t-il.

Un outil de cré­di­bi­li­té pour la France

Le déploie­ment du satel­lite, pré­vu de longue date, tombe à point nom­mé alors que Paris pousse son pro­jet de sou­ve­rai­ne­té euro­péenne en matière de défense. La France, qui dis­pose d’es­paces mari­times sou­ve­rains sur toutes les mers du globe, ne peut se pas­ser d’une assise tech­no­lo­gique puis­sante. « Elle a besoin de ce seg­ment là pour mon­trer qu’elle a les moyens de ses ambi­tions », estime Xavier Pas­co, direc­teur de la Fon­da­tion pour la recherche stra­té­gique (FRS) et spé­cia­liste des ques­tions spa­tiales. « Cela cré­di­bi­lise l’en­semble de son outil mili­taire, de même que sa capa­ci­té indus­trielle ».

Quelques semaines après l’hu­mi­lia­tion don­née par l’Aus­tra­lie, qui a renon­cé à un immense contrat de sous-marins fran­çais au pro­fit de sub­mer­sibles amé­ri­cains, fra­gi­li­sant d’au­tant la puis­sance fran­çaise en Indo­pa­ci­fique, le satel­lite S4 redonne une fier­té à la bête bles­sée. « Poli­ti­que­ment, c’est la mise en évi­dence que la France reste une puis­sance peut être moyenne, mais dont l’é­ten­due d’ac­tion reste inter­na­tio­nale », insiste Xavier Pas­co. 

Avec ses deux mil­liards d’eu­ros d’in­ves­tis­se­ments annuels dans le spa­tial mili­taire et civil, l’Hexa­gone reste loin du trio de tête : 50 mil­liards pour les États-Unis, 10 pour la Chine et 4 pour la Rus­sie, selon des chiffres de 2020 du gou­ver­ne­ment fran­çais. Mais S4 per­met à la France de res­ter dans le pelo­ton de tête et confirme que Paris par­ti­cipe bien à la course aux arme­ments.  

Marc Finaud évoque au pas­sage le risque poten­tiel venant de la « nébu­leuse de hackers, pirates, acteurs cri­mi­nels ou ter­ro­ristes qui pour­raient se lan­cer dans une sorte de guerre des étoiles plus arti­sa­nale ». Quant à la géo­po­li­tique spa­tiale, elle se tend un peu plus chaque année. « On parle de guerre spa­tiale et ce risque-là est admis par tout le monde », sou­ligne-t-il.


Source : https://actu.orange.fr/economie
Source pho­to : Minis­tère des Armées