Les (petits) com­mer­çants : un nou­veau front du pays réel ?

Les (petits) com­mer­çants : un nou­veau front du pays réel ?

Par Michel Cor­celles

Cha­cun s’attend à revoir les gilets jaunes au sor­tir du décon­fi­ne­ment ! mais dans quel état ? A l’origine pour beau­coup d’observateurs il s’agissait d’une pul­sion du pays réel tel que l’affectionnent les tenants d’une France pro­fon­de­qui n’aurait de cesse de secouer le joug des poli­ti­ciens, tech­no­crates et autres oli­garques. Et puis au fil des semaines il est appa­ru qu’il s’agissait aus­si et peut être prin­ci­pa­le­ment de l’expression d’une misère sociale pro­fond et enfin au fil des mois s’est affir­mée, au fur et à mesure que le mou­ve­ment mutait, l’emprise, d’une part d’en enca­dre­ment auto géné­ré et d’autre part celui des demi-soldes d’un mélan­cho­nisme un peu usa­gé en recherche de recy­clage.

Bien enten­du il fal­lait bien dans cette affaire évo­quer le pou­ja­disme et ses pos­té­ri­tés diverses dont le CIDUNATI de Gérard Nicou et ses pro­lon­ge­ments divers se don­nant pour voca­tion d’encadrer les récur­rentes jac­que­ries de la petite et sur­tout toute petite bour­geoi­sie en phase de pro­lé­ta­ri­sa­tion. Il faut citer la ten­ta­tive de Jean-Gilles Mal­lia­ra­kis, fis­ca­liste recon­nu, orga­ni­sa­teur digne des Nicou et consorts, qui, de tous les lea­ders éphé­mères de ces sur­sauts a cer­tai­ne­ment été le théo­ri­cien le plus aver­ti mais de tout cela que reste-t-il ? Les­gi­lets jaunes ? Certes, ils en sont un sur­geon, même s’ils débordent cette caté­go­rie sans d’ailleurs l’englober tota­le­ment.

Mais pour quel ave­nir ? Cha­cun sait que le pou­ja­disme, hor­mis son nom et un sou­ve­nir fort, n’a lais­sé ni doc­trine, ni stra­té­gie, ni pos­té­ri­té par­ti­sane. Et sa base sociale ini­tiale est allée se rétré­cis­sant pour s’abolir dans une révolte condam­née par l’avènement du para­dis des sart up et de la grande dis­tri­bu­tion. Alors est-il oiseux de s’en occu­per ?

Peut-être pas dans l’exact mesure ou le nou­veau monde macron­nien risque fort d’être comme le dit son ministre Le Drain « le même que celui d’hier … en pire ». C’est pos­sible mais rien n’empêche d’explorer les pistes ouvertes par la recherche des cir­cuits courts, le rôle accru des pro­duc­tions « de proxi­mi­tés » avec le retour des mar­chés locaux (1), les coups por­tés au tou­risme de masse, la fin de la croyance en la reli­gion des mar­chés finan­ciers … Il est signi­fi­ca­tif que l’appel aux « sai­son­niers » dans l’agriculture pour pal­lier l’absence des Maro­cains ou Polo­nais ait sus­ci­té 300 000 volon­taires pui­sés dans les dizaines de mil­liers de pro­fes­sion­nels de la restauration/Hôtellerie jetés à la rue par la crise.

Dans cette pers­pec­tive, des sec­teurs sociaux répu­tés en per­di­tion peuvent per­pé­tuer ou relan­cer dans une cer­tai­ne­par­tie de la socié­té fran­çaise une contes­ta­tion, une révolte qui pour­rait être cana­li­sée. Nul n’envisage le suc­cès d’une « révo­lu­tion » pou­ja­diste. Mais un esta­blish­ment en per­di­tion, lui, peut craindre les effets rava­geurs d’une révolte.

Encore fau­drait-il qu’elle soit enca­drée, fina­li­sée par des mili­tants fonc­tion­nant sur des bases doc­tri­nales saines et en vue d’objectifs tac­tiques et stra­té­giques clai­re­ment défi­nis.

(1) On peut citer l’appel lan­cé par Eli­sa­beth de Pusy La Fayette pour la réou­ver­ture des mar­chés locaux. Le texte peut en être deman­dé à : edepusy@aol.com