Prince Jean, Comte de Paris

Prince Jean, Comte de Paris

Jour­nal de bord du dé-confi­ne­ment, Semaine 1

Le dé-confi­ne­ment est là, enfin. Bien sûr, il faut rai­son gar­der et le réa­li­ser de façon pro­gres­sive tout en res­tant vigi­lants et en res­pec­tant les bons gestes. Son suc­cès dépen­dra de la res­pon­sa­bi­li­té de cha­cun de nous. Cette reprise pro­gres­sive est indis­pen­sable pour les per­sonnes, les familles et leurs enfants, les entre­prises, la socié­té. En fait pour l’homme dans toutes ses dimensions.

Au même moment, nos assem­blées votent le pro­lon­ge­ment de l’état d’urgence sani­taire. Une sorte de recon­duite pour un gou­ver­ne­ment qui semble avoir été dépas­sé par la crise, qui l’a géré de façon atten­tiste et dont le seul sou­ci semble main­te­nant de se pré­mu­nir contre une vague pro­bable de pour­suites. Ain­si en va-t-il de la vie de notre socié­té dont on a déstruc­tu­ré tout ce qui tenait encore debout (l’exemple de l’hôpital est à ce titre carac­té­ris­tique, je le sou­li­gnais dans ma der­nière tribune).

Ce qui m’inquiète dans cette affaire de confi­ne­ment, c’est l’atteinte forte qui a été faite à nos liber­tés et droits fon­da­men­taux. Je com­prends qu’il faille, dans des situa­tions extrêmes, faire l’effort de renon­cer à cer­tains com­por­te­ments indi­vi­duels pour le bien com­mun de la col­lec­ti­vi­té, mais cet effort doit pou­voir se faire de façon vou­lue et concer­tée. Cela néces­site un sys­tème poli­tique qui repose sur la confiance (ce qui implique non seule­ment d’écouter mais aus­si d’entendre) ou encore sur le vrai dia­logue (comme en Alle­magne entre l’État Fédé­ral et les Länder). 

Au contraire, notre sys­tème s’est appuyé sur la coer­ci­tion (sommes-nous tous des cri­mi­nels en puis­sance ?) plu­tôt que sur la res­pon­sa­bi­li­té des per­sonnes ou des corps inter­mé­diaires, avec un contrôle qua­si inexis­tant du Par­le­ment et des ministres adeptes du « faites ce que je dis et non ce que je fais » ! Nos ins­ti­tu­tions, par l’absence de tout prin­cipe supé­rieur, poussent cha­cun à se défaus­ser de sa res­pon­sa­bi­li­té sur d’autres, ou sur des sciences qui sont par défi­ni­tion inexactes. 

Ce qui m’inquiète encore plus, c’est que je n’ai vu ni enten­du qua­si­ment aucun homme poli­tique évo­quer cette ques­tion des liber­tés et droits fon­da­men­taux. Si per­sonne ne les défend, pour­quoi ceux qui les restreignent se gêne­raient-ils ? Pour­quoi n’envisageraient-ils pas demain un état d’urgence envi­ron­ne­men­tal, social, etc. ? Cette crise a de toute façon déjà chan­gé le sens des mots, puisque jusqu’à main­te­nant l’état d’urgence n’était employé qu’en temps de guerre alors que nous ne sommes pas en guerre !

Il fau­dra, dans les mois qui viennent, res­ter atten­tifs à ce que ces dis­po­si­tifs res­tric­tifs ne soient pas pro­lon­gés ou que d’autres ne les rem­placent, dans la pers­pec­tive de pré­ve­nir une future crise (comme le non res­pect du secret médi­cal par exemple). Il fau­dra que nous nous deman­dions s’il ne faut pas rem­pla­cer le « sacro-saint » prin­cipe de pré­cau­tion par une culture du risque afin d’être pré­pa­rés lorsque cette crise arri­ve­ra (un peu comme au Japon avec les trem­ble­ments de terre).

Mais pour cela il faut une vraie concer­ta­tion, et il n’y a pas de vraie concer­ta­tion sans ceux, et en par­ti­cu­lier les maires, qui repré­sentent les citoyens dont ils ont la charge. A Dreux, par exemple, le maire a pu voir avec le pré­fet que le mar­ché cou­vert de centre ville reste ouvert afin de per­mettre à la popu­la­tion âgée de faire ses courses.

Il faut aus­si de bons chefs, et il n’y a pas de bons chefs sans bons conseillers. Comme on disait autre­fois : « le roi en ses conseils, le peuple en ses états ».

Avant de fêter same­di pro­chain le cen­te­naire de la cano­ni­sa­tion de Jeanne d’Arc, nous com­mé­mo­rons aujourd’­hui le cen­te­naire de sa fête natio­nale. De la fête laïque à la fête reli­gieuse, nous hono­rons cette semaine une sainte qui sym­bo­lise for­te­ment l’unité de notre Nation dans les périodes dif­fi­ciles, de la guerre de Cent ans à aujourd’hui, en pas­sant par les épreuves de la Pre­mière Guerre mon­diale. 
J’avais d’ailleurs pré­vu de me rendre dans plu­sieurs villes de France pour célé­brer avec vous cette uni­té. Les cir­cons­tances m’ont empê­ché de le faire, mais je vous assure, avec la Prin­cesse et toute la famille royale, de mes pen­sées par­ti­cu­lières dans ce tour­nant que prend le des­tin de notre pays.

Jean, comte de Paris
Domaine royal de Dreux, 10 mai 2020

“Tenant tout un royaume en sa téna­ci­té / Vivant en plein mys­tère avec saga­ci­té, / Mou­rant en plein mar­tyre avec viva­ci­té, / La fille de Lor­raine à nulle autre pareille.” 
(Charles Péguy, La tapis­se­rie de sainte Gene­viève et de Jeanne d’Arc)