Monarchie populaire

Monarchie populaire

Par Philippe Germain

C’était en 1873. C’était la restauration que les monarchistes ne pouvaient pas rater.

  • La défaite française face à la Prusse avait aboutie à une situation de crise patriotique, propulsant une majorité monarchiste au parlement.
  • La République n’était pas fondée constitutionnellement.
  • Le président Mac-Mahon était légitimiste.
  • Le président du conseil le duc de Broglie était orléaniste.
  • Le comte de Paris avait compris que «  l’état d’esprit  » des masse catholique et masse paysanne, était passé du temps de l’attente nostalgique du prince, à celui de l’appel au sauveur légitime.

Les «  circonstances du moment  » étaient favorables, aussi le chef de famille des Bourbon-Orléans décida de créer l’occasion. Le comte de Paris, se rendit secrètement à Frohsdorf, la retraite autrichienne du comte de Chambord. Il vint rendre hommage à l’aîné de la maison de France et réaliser la fusion des deux branches. Immédiatement le comte de Chambord s’était réconcilié avec les Bourbon-Orléans. Son épouse ne pouvant lui donner un héritier, il avait reconnu le jeune comte de Paris comme successeur.

          La conséquence de la fusion était simple ; le comte de Chambord pouvait monter sur le trône. Les «  possibilités de l’appareil  » monarchiste étaient parfaitement adaptées à une stratégie parlementaire au travers une tactique d’Union des Droites menée par le duc de Broglie. Le comte de Paris avait prévenu le maréchal de Mac-Mahon. De son côté le pays avait bien reçu la nouvelle de la fusion. L’Assemblée s’était préparée à restaurer la monarchie ; tout était en place : trône, costumes, carrosse … Les royalistes disposaient encore d’une majorité de 26 voix. Un vote de pure forme suffisait lorsque d’Autriche Henri V déclara son refus du drapeau tricolore. Les historiens s’accordèrent alors pour soutenir que si la monarchie n’a pas été restaurée, la faute en incombait au comte de Chambord, absurdement attaché au drapeau blanc.

          En revanche l’Action française de 1970, alors en plein renouveau, va revoir ce jugement. Si à partir de 1965, elle a pratiqué une ligne politique anti-gauchiste, depuis mai 68 elle développe parallèlement une ligne  «  Monarchie Populaire  » d’esprit populiste ( parfois même ouvriériste). Tactiquement ses étudiants mènent une campagne d’agitation contre les technocrates européistes du pays légal. Tandis que Bertrand Renouvin rappelle l’importance de la question sociale chez les maurrassiens, Pierre Debray fortifie la propagande. Il explique que le mot fameux du comte de Chambord  lors de l’entrevue de Frohsdorff «  Ma personne n’est rien, mon principe est tout  » avait provoqué l’admiration du socialiste Georges Sorel. Effectivement, ce mot invite à un procès en révision sur la raison profonde de l’echec de restauration de 1873. L’A.F. va le réaliser.

          Bien plus que la question du drapeau, c’était la question sociale qui divisait le parti monarchiste en 1873. Le comte de Chambord était l’homme de la «  Lettre aux ouvriers  ». ll entendait que ceux-ci ne soient plus considérés comme des prolétaires mais comme des producteurs, qu’ils puissent s’organiser, participer à l’administration des professions, se protéger contre le chômage, la maladie, l’accident. En face «  la république bourgeoise peut et doit être établie pour la satisfaction des grands intérêts  », c’est du moins ce qu’affirma l’historien marxiste Jean Bouvier,peu suspect de sympathies royalistes. La couleur du drapeau importait moins, dans cette affaire, que l’odeur de l’argent. Si le comte de Chambord avait abandonné les ouvriers à leur misère, il serait devenu roi de France. Mais quel Roi ? Une sorte de contrefaçon. En refusant, il n’avait pas rétabli la monarchie, du moins sa «  position de principe  » avait-t-elle sauvé l’espérance.

          Puis Centre droit et centre gauche s’entendirent pour voter l’amendement Wallon à une voix de majorité  : «  le président de la république est élu à la majorité de suffrages…  ». Fondée constitutionnellement, la République des grands intérêts commença rapidement à craindre l’agitation ouvriere, d’autant que les légitimistes s’avisaient de proposer au peuple l’alternative du catholicisme social. Si ouvriers et catholiques sociaux venaient à conjuguer leurs efforts c’en serait fini de l’age d’or du libéralisme économique. ll fallait une diversion dont Léon Gambetta se chargea avec son mot d’ordre  : «  Le cléricalisme, voila l’ennemi  ». Le nouveau président du conseil Jules Simon accepta l’ordre du jour préparé en loge, dénonçant «  les manifestations ultramontaines  » des catholiques. Mac Mahon renvoya Jules Simon. A son tour, il fut obligé de se démettre. En 1879, Jules Grévy devint président de la IIIeme  République. Belle leçon de coup de force pour certains royalistes attentistes.

          Cette révision des causes de l’échec de restauration amène l’A.F.  de 1970 à un approfondissement de son concept de Pays légal et sur son fonctionnement. Effectivement la République avait été fondée par des affairistes. ll fallait bien qu’elle soit le règne des grands intérêts. Par exemple au travers du très légal  «  plan Freycinet  » destiné à compléter notre réseau de chemin de fer. On fit voter par la Chambre une loi dont le principe était fort simple : l’Etat prenait à sa charge les dépenses, laissant les profits aux compagnies. En fait, malgré son instabilité ministérielle,  la Troisième république dissimulait une remarquable continuité de ses élites économiques. Les commis des grands intérêts ne lâchèrent que par occasion le ministère des Finances. De cette prise de conscience, l’Action française de 1970 accouchait une nouvelle ligne politique dite de «  Libération nationale  » du pays réel. La dissidence de la N.A.F. quelques mois plus tard, coupa l’herbe sous les pieds à cette nouvelle ligne particulièrement anti-Système.

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