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Nou­velle Calé­do­nie : la France confron­tée à la ques­tion de la puissance

Par Phi­lippe Germain

A l’approche du der­nier réfé­ren­dum sur l’indépendance de la nou­velle Calé­do­nie , nous avons reçu du DIRCAS, cette contri­bu­tion ana­ly­tique de pre­mier plan de Phi­lippe Germain.(NDLR)

Le 12 décembre 2021 aura lieu le troi­sième et der­nier vote sur l’autodétermination de la Nou­velle-Calé­do­nie. Ce pro­ces­sus de paci­fi­ca­tion entre les indé­pen­dan­tistes kanaks et lescal­doches fina­li­se­ra les signa­tures des accords de Mati­gnon-Oudi­not de 1984 et de Nou­méa de 1998. Les ten­sions sont tou­jours vives et rien ne semble réel­le­ment apaisé.

Entre fin 2020 et début 2021, les par­tis et syn­di­ca­listes indé­pen­dan­tistes se sont vio­lem­ment oppo­sés au pro­jet de rachat d’une usine de trans­for­ma­tion du nickel. Ces actions ont fait craindre la résur­gence « des évè­ne­ments » qui ont mar­qué la Nou­velle-Calé­do­nie de 1984 à 1988.

D’autre part les rela­tions poli­tiques sont ten­dues et la posi­tion des indé­pen­dan­tistes n’a pas chan­gé dans son rap­port avec la France. Le 2 octobre 2020, Roch Wamy­tan, indé­pen­dan­tiste et pré­sident du Congrès de Nou­velle-Calé­do­nie décla­rait « Nous n’avons pas peur de la Chine. C’est la France, pas elle, qui nous a colo­ni­sés. Elle ne nous gêne pas outre-mesure…… Nous ne nous tour­nons pas que vers l’Europe, elle est loin d’ici, on ne va pas faire aujourd’hui comme si la Chine n’existait pas » (Le Monde, 2 octobre 2020).

Toutes les conces­sions et com­pro­mis signés avec les accords de 1984 et 1988 prouvent la réelle volon­té de la France d’aboutir à l’établissement d’une cohé­sion entre tous et d’un rééqui­li­brage des richesses. La France n’intervient plus dans la gou­ver­nance de la Nou­velle-Calé­do­nie, sa posi­tion s’apparente davan­tage à une « poli­tique du ché­quier » par les aides directes qu’elle octroie pour déve­lop­per l’île et ne pré­sente plus une pos­ture colo­niale encore sou­te­nue par les indé­pen­dan­tistes calé­do­niens en 2021.

Après 37 ans de poli­tique adap­tée à la Nou­velle-Calé­do­nie, la France est loin des résul­tats escomp­tés et est en dif­fi­cul­té dans cette région tant convoi­tée du Paci­fique. C’est un constat d’échec.  

La ques­tion calédonienne

Dans les années 1960, la Nou­velle-Calé­do­nie est deve­nue essen­tielle à la France pour ses res­sources minières en nickel (7 % des réserves mon­diales, p102) qui répondent à la demande indus­trielle hexa­go­nale des Trente Glo­rieuses. Les richesses appar­tiennent majo­ri­tai­re­ment aux cal­doches et l’émergence de mou­ve­ments com­mu­nistes se déve­loppe au sein de la popu­la­tion kanake.

Les Accords d’Evian avec Algé­rie en 1962 actent l’arrêt des essais nucléaires dans le Saha­ra et imposent à la France de trou­ver de nou­velles solu­tions pour pour­suivre le déve­lop­pe­ment de l’arme ato­mique. La Nou­velle-Calé­do­nie faci­li­te­ra l’accès logis­tique à la Poly­né­sie Fran­çaise et en juillet 1966 le pre­mier tir nucléaire sera ordon­né. La Nou­velle-Calé­do­nie aura donc à par­tir de cette date un double rôle stra­té­gique pour la France : l’accès aux mine­rais et l’indépendance mili­taire nucléaire.

Dans les années 1980, encore en pleine guerre froide, les pre­mières négo­cia­tions seront condi­tion­nées par ces enjeux pour l’État fran­çais et par des forces poli­tiques calé­do­niennes aux objec­tifs très diver­gents. Pour les cal­doches, il s’agit de pré­ser­ver leurs inté­rêts éco­no­miques, leur niveau de vie et pour les indé­pen­dan­tistes kanaks de béné­fi­cier de ces richesses en reven­di­quant le « droit de la terre ». Les négo­cia­tions à trois avec des inté­rêts aus­si diver­gents abou­tissent fata­le­ment à des déceptions.

A par­tir de 1989, le monde sovié­tique se dis­loque et l’influence com­mu­niste sur les indé­pen­dan­tistes de Nou­velle-Calé­do­nie semblent ne plus repré­sen­ter un dan­ger pour l’occident.

Les Forces en présence

Les évè­ne­ments sociaux de 1968 en France apportent la pen­sée com­mu­niste en Nou­velle-Calé­do­nie. Ce mou­ve­ment trouve un écho favo­rable auprès de la popu­la­tion kanak. De 1970 à 1980, les reven­di­ca­tions prennent de l’ampleur et portent sur le fon­cier pour récu­pé­rer leurs terres, la recon­nais­sance de l’identité, la par­ti­ci­pa­tion à la vie poli­tique et éco­no­mique, l’accès à la for­ma­tion et sur une rela­tion d’autonomie-partenariat avec la France.

Les indé­pen­dan­tistes

Lea­der de l’UC – Union Calé­do­nienne, Jean-Marie Tji­baou fédè­re­ra autour de lui la plu­part des mou­ve­ments d’extrême gauche trots­kistes et mar­xistes (UMNCUPMPALIKA) pour don­ner nais­sance en 1984 au FLNKS – Front de Libé­ra­tion Natio­nale Kanak et Socia­liste. Cer­tains mou­ve­ments plus radi­caux feront séces­sion et sont encore actifs aujourd’hui. Le CPK – Congrès Popu­laire Kanak, dont la branche mère s’est rap­pro­chée en 1984 de la Libye pour y envoyer des « sta­giaires », prône la lutte armée. Les indé­pen­dan­tistes en 1984 seront affi­liés à l’extrême gauche de l’échiquier poli­tique français.

En 2020, mal­gré le déve­lop­pe­ment de l’île et un reve­nu moyen par an et par habi­tant à 31 000 €, un des plus éle­vé de l’outre-mer fran­çais (celui de la métro­pole est de 35 000€), le taux de chô­mage de 30% dans la Pro­vince Nord et les Îles Loyau­té est encore éle­vé par rap­port à la Pro­vince Sud beau­coup plus développée.

Le sen­ti­ment d’exclusion, le coût de la vie et l’endoctrinement poli­tique sont le préa­lable au main­tien de ce mou­ve­ment. 50 ans après son arri­vée en Nou­velle-Calé­do­nie, le com­mu­nisme est tou­jours le moteur de la pen­sée indé­pen­dan­tiste kanake aux posi­tions radicales.

Les mou­ve­ments anti-indé­pen­dan­tistes – loyalistes 

Ce mou­ve­ment ne peut pas être dis­so­cié de la famille Lafleur, emblé­ma­tique de la réus­site cal­doche en Nou­velle-Calé­do­nie. Hen­ri Lafleur fait for­tune dans l’activité minière du nickel et crée en 1969 la SMSP qui sera cédée à la Pro­vince Nord avec les Accords de Mati­gnon. Hen­ri Lafleur devient Séna­teur avec l’EDS – Entente démo­cra­tique et sociale et c’est son fils Jacques Lafleur qui est arti­san de la créa­tion en 1977 du RPCR – Ras­sem­ble­ment pour la Calé­do­nie dans la Répu­blique avec l’appui de Jacques Chi­rac en 1978. Le RPCR sera le fruit des forces his­to­riques poli­tiques loya­listes, auto­no­mistes non-indé­pen­dan­tistes (l’UD – Union démo­cra­tique, les mou­ve­ments gaul­listes et non gaul­listes). Ces mou­ve­ments sont majo­ri­tai­re­ment liés aux par­tis poli­tiques de la métro­pole. Les loya­listes en 1984 seront affi­liés à la droite de l’échiquier poli­tique français.

Les retom­bées néga­tives de la poli­tique inté­rieure française

L’élection de Fran­çois Mit­ter­rand à la pré­si­dence de la Répu­blique le 10 mai 1981 est favo­ri­sée par le sou­tien des com­mu­nistes et l’absence de consignes de report de voix de Jacques Chi­rac à son rival poli­tique Valé­ry Gis­card d’Estaing. La Nou­velle-Calé­do­nie s’est posi­tion­née à droite et le secré­taire d’État aux Dépar­te­ments et ter­ri­toires d’outre-mer Hen­ri Emma­nuel­li se rap­proche des indé­pen­dan­tistes calé­do­niens. Les kanaks voient dans ce chan­ge­ment de poli­tique majeur l’espoir que leurs reven­di­ca­tions seront entendues.

Les vio­lences entre cal­doches et kanaks s’enchaînent sur l’île et en juillet 1983, le nou­veau secré­taire d’État char­gé des dépar­te­ments et ter­ri­toires d’outre-mer, Georges Lemoine, déclare que les kanaks ont un « droit inné et actif à l’indépendance ». En paral­lèle, des atten­tats sur­viennent en mai en Gua­de­loupe, en Mar­ti­nique, en Guyane et à Paris.

La France reproche offi­ciel­le­ment aux indé­pen­dan­tistes de nouer des rela­tions avec l’Union Sovié­tique et la Libye de Kadha­fi. L’Australie et la Nou­velle-Zélande sou­tiennent éga­le­ment la cause indé­pen­dan­tiste kanake.

La France est de plus en plus contes­tée dans ses ter­ri­toires et dépar­te­ments d’outre-mer. L’affaire du Rain­bow War­rior le 10 juillet 1985 finit de dis­cré­di­ter la France sur la scène inter­na­tio­nale et dans la Paci­fique. Les fuites orga­ni­sées dans les jour­naux fran­çais par le ministre de l’Intérieur Pierre Joxe contre son enne­mi poli­tique, Charles Her­nu alors ministre de la Défense, est le sym­bole fla­grant de la négli­gence et de l’abandon des inté­rêts supé­rieurs de l’État au béné­fice de manœuvres poli­tiques de la métro­pole. La cause indé­pen­dan­tiste calé­do­nienne et ses alliés sau­ront pro­fi­ter de cet affai­blis­se­ment. La zone du Paci­fique est décla­rée dénu­cléa­ri­sée par les états du Paci­fique mais les essais nucléaires fran­çais continuent.

La crise de la grotte d’Ouvéa

Les élec­tions pré­si­den­tielles de 1988 marquent la fin de la coha­bi­ta­tion poli­tique entre un pré­sident socia­liste Fran­çois Mit­ter­rand et un pre­mier ministre de droite Jacques Chi­rac. C’est cet évè­ne­ment poli­tique impor­tant que vont choi­sir les indé­pen­dan­tistes pour mono­po­li­ser en métro­pole le débat poli­tique des élec­tions. Le 22 avril, veille de scru­tin du pre­mier tour, com­mence la prise d’otages de la grotte d’Ouvéa. Jacques Chi­rac, pour assu­rer son élec­tion au second tour, veut impo­ser son auto­ri­té, celle de l’État et sa capa­ci­té à gou­ver­ner. Le 3 mai la libé­ra­tion des otages du Liban est obte­nue et le 4 mai l’assaut est don­né pour libé­rer les 24 gen­darmes rete­nus. Ce der­nier épi­sode sera contro­ver­sé. Les kanaks ne sou­haitent plus négo­cier et dénoncent le com­por­te­ment « assas­sin » du Pre­mier ministre Jacques Chi­rac et de Ber­nard Pons, alors ministre des Dépar­te­ments et Ter­ri­toires d’outre-mer.

Jacques Chi­rac ne sera pas élu, la Nou­velle-Calé­do­nie dans la tour­mente et le pre­mier ministre Michel Rocard nom­mé par Fran­çois Mit­ter­rand vou­dra se démar­quer de la poli­tique de son pré­dé­ces­seur en fina­li­sant en moins de 4 mois, le 20 août 1988 les Accords de Mati­gnon-Oudi­not. Les indé­pen­dan­tistes obtiennent la libé­ra­tion des pri­son­niers kanaks, l’organisation d’un scru­tin d’autodétermination dans les 10 ans (1998) et la créa­tion de trois pro­vinces en Nou­velle-Calé­do­nie : la Pro­vince Sud à majo­ri­té euro­péenne sou­haite majo­ri­tai­re­ment res­ter atta­chée à la France (75% des habi­tants), la Pro­vince Nord à majo­ri­té kanake, prin­ci­pa­le­ment indé­pen­dan­tiste (18% des habi­tants) et enfin les Îles Loyau­té à majo­ri­té kanake éga­le­ment, mais tota­le­ment indé­pen­dan­tiste (7% des habi­tants). Ce décou­page ne sera pas sans consé­quence par la suite.

Les cal­doches refusent à 70% de voter cet accord, Lafleur est contes­té par son élec­to­rat et un an plus tard le 4 mai 1989 Jean-Marie Tji­baou est assas­si­né par un membre du FULK, branche indé­pen­dan­tiste radi­cale d’extrême gauche (CPK actuel).

Les Accords de Mati­gnon ont été négo­ciés dans l’urgence mais le calme est reve­nu et soldent 20 ans d’absence de réelles recherches de solu­tions dans le dos­sier calédonien.

Le débat biai­sé sur la ques­tion coloniale

Contrai­re­ment à l’Algérie, où les pieds-noirs ne repré­sen­taient que 10,4 % de la popu­la­tion totale vivant dans ce pays en 1959, la situa­tion de la Nou­velle Calé­do­nie est tota­le­ment dif­fé­rente. La popu­la­tion méla­né­sienne ne repré­sente qu’une par­tie de la popu­la­tion de l’île. Selon l’Institut de la sta­tis­tique et des études éco­no­miques de Nou­velle-Calé­do­nie, équi­valent local de l’Insee, la popu­la­tion méla­né­sienne est pas­sée entre 2009 et 2014, de 99 100 à 104 958 per­sonnes et la popu­la­tion euro­péenne de 71 700 à 73 199 per­sonnes. Lors du recen­se­ment effec­tué entre le 26 août et le 22 sep­tembre 2014, les per­sonnes inter­ro­gées avaient la pos­si­bi­li­té de décla­rer une appar­te­nance communautaire.

Plu­tôt que de se défi­nir en fonc­tion de tels cri­tères, 46 000 per­sonnes (8,7%) ont affir­mé être Calé­do­niens ou n’appartenir à aucune com­mu­nau­té. Une pro­por­tion sen­si­ble­ment égale – 8,6% – a reven­di­qué appar­te­nir à plu­sieurs com­mu­nau­tés. Il est donc dif­fi­cile de pla­quer sur la Nou­velle Calé­do­nie la grille de lec­ture clas­sique appli­quée à celle de la colo­ni­sa­tion. Dans les pays colo­ni­sés, la pro­por­tion de colons était très mino­ri­taire. Même en Afrique du Sud qui fut un des pays où fut enre­gis­tré une des plus fortes pro­por­tions de colons, la com­mu­nau­té blanche sud-afri­caine repré­sen­tait d’après le recen­se­ment de 2011, 8,9 % de l’ensemble de la population.

Le cas de la Nou­velle Calé­do­nie est donc l’exception qui confirme la règle et sa pro­blé­ma­tique doit être trai­tée comme telle.

La vision à courte vue du pou­voir poli­tique français

En 1997, le Pré­sident Chi­rac en pro­cé­dant à la dis­so­lu­tion de l’Assemblée fait à nou­veau reve­nir un gou­ver­ne­ment socia­liste diri­gé par Lio­nel Jos­pin. L’assassinat du pré­fet Eri­gnac en 1998 en Corse pré­ci­pite (même si il a été contre-pro­duc­tif pour le FLNC) la volon­té de la France de sol­der le dos­sier calé­do­nien. La France ne peut pas se per­mettre d’avoir deux dos­siers d’émancipations ter­ri­to­riales à gérer. Le com­mu­nisme ne fait plus par­tie des pré­oc­cu­pa­tions du monde occi­den­tal et aux yeux du gou­ver­ne­ment fran­çais ne repré­sente plus un dan­ger pour la Nou­velle-Calé­do­nie, les indé­pen­dan­tistes auraient logi­que­ment per­du leurs sou­tiens historiques.

Les Accords de Mati­gnon pré­voient des négo­cia­tions entre les par­tis poli­tiques de l’île pour la construc­tion de ses futures rela­tions avec la France, sa gou­ver­nance et aus­si pour le rééqui­li­brage des dis­pa­ri­tés éco­no­miques et sociales. Dans ce cadre, Jacques Lafleur pro­pose en 1994 que le vote d’autodétermination ne se fasse plus en 1998, comme pré­vu, mais à par­tir de 2018. Les indé­pen­dan­tistes pro­fitent de ce non-res­pect des Accords de Mati­gnon pour blo­quer le pro­ces­sus avec le « préa­lable minier » de 1996. Les dis­cus­sions peuvent reprendre pour abou­tir aux Accords de Nou­méa le 5 mai 1998.

La Nou­velle-Calé­do­nie devient une Col­lec­ti­vi­té d’outre-mer à sta­tut par­ti­cu­lier, les ins­ti­tu­tions de sa gou­ver­nance sont uniques. L’État Fran­çais ne conserve que les affaires réga­liennes (ordre public, sécu­ri­té, mon­naie, immi­gra­tion), toutes les autres fonc­tions sont assu­mées par le Congrès et le Gou­ver­ne­ment de Nou­velle-Calé­do­nie. L’instauration d’une citoyen­ne­té néo-calé­do­nienne avec la créa­tion de sta­tis­tiques com­mu­nau­taires pour limi­ter l’accès au droit de vote lors des réfé­ren­dum sur l’autodétermination sont éga­le­ment pré­vus. Á noter que seule la Nou­velle-Calé­do­nie béné­fi­cie en France de telles sta­tis­tiques. De plus, les réfé­ren­dum seront au nombre de trois si le « Non à l’autodétermination » l’emporte deux fois !

Un der­nier point est à sou­le­ver et avec le recul his­to­rique inter­roge. Les pro­vinces Nord et des Îles Loyau­té, toutes deux majo­ri­tai­re­ment indé­pen­dan­tistes, béné­fi­cient de 41 % des sièges du Congrès pour 25.2% de la popu­la­tion. Celles-ci se retrouvent ain­si sur-repré­sen­tées par rap­port à la Pro­vince Sud. Cette pro­por­tion­na­li­té accep­tée par le gou­ver­ne­ment Jos­pin a ame­né pour la pre­mière fois en 2019 à la pré­si­dence du Congrès un indé­pen­dan­tiste, Rock Wamy­tan, figure his­to­rique de l’UC – Union Calé­do­nienne, mar­xisme « modé­ré ». Depuis le 8 juillet 2021, le pré­sident du gou­ver­ne­mentLouis Mapou est un indé­pen­dan­tiste d’extrême gauche.

C’est ain­si que le 5 mai 1998, Lio­nel Jos­pin engage l’avenir de la France avec la Nou­velle-Calé­do­nie accor­dant aux indé­pen­dan­tistes des conces­sions aux consé­quences lourdes pour la France en 2021.

En 1986, avec le sou­tien de l’Australie et de la Nou­velle-Zélande, l’ONU a pla­cé la Nou­velle-Calé­do­nie sur la liste des pays à déco­lo­ni­ser. Les his­to­riens nous révè­le­ront peut-être un jour quels rôles directs ces puis­sances ont eu auprès des indé­pen­dan­tistes kanaks.

A cette époque, la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale, comme la France, vit dans la naï­ve­té vis-à-vis de la Chine et n’a abso­lu­ment pas tenu compte du rôle de cette puis­sance et de son influence dans la région du Pacifique.

La doc­trine chi­noise du « Going-out poli­cy » n’est édic­tée par Pékin qu’un an plus tard en 1999 et vise aus­si les res­sources du Paci­fique. La Nou­velle-Calé­do­nie se trouve dans la mire de la Chine, patiente et maître incon­tes­tée du jeu de go.

La menace chi­noise modi­fie la donne

La posi­tion géos­tra­té­gique extra­or­di­naire de la Nou­velle-Calé­do­nie posi­tion­née entre l’Australie et la Nou­velle-Zélande, incite la Chine à se posi­tion­ner de manière signi­fi­ca­tive dans cette zone-clé de l’océan Paci­fique. Il est remar­quable de noter qu’en 2021 la pré­sence de la France en Nou­velle-Calé­do­nie est sou­hai­tée par les deux pays anglo­saxons hos­tiles jadis à la colo­ni­sa­tion fran­çaise, car ces der­niers seraient extrê­me­ment expo­sés à une implan­ta­tion chi­noise dans leur zone d’influence directe.

Avec la créa­tion de l’Association « Ami­tié sino-calé­do­nienne » le 3 novembre 2016, la Chine est offi­ciel­le­ment pré­sente en Nou­velle-Calé­do­nie par son Asso­cia­tion du Peuple Chi­nois pour l’Amitié avec l’Etranger(APCAE). La repré­sen­tante de cette asso­cia­tion a été Direc­trice de Cabi­net du Pré­sident du Congrès de la Nou­velle-Calé­do­nie Mr Rock Wamy­tan pen­dant 1 an en 2019, a tra­vaillé dans une filiale de la Sofi­nor (Pro­vince du Nord) et occupe main­te­nant le poste de vaca­taire à l’Université de Nou­velle-Calé­do­nie (l’université dépends pour­tant de l’État Fran­çais et cette per­sonne iden­ti­fiée…). Cet exemple et les nom­breuses visites d’officiels Chi­nois en Nou­velle- Calé­do­nie indiquent l’intérêt que repré­sente ce ter­ri­toire pour la Chine qui importe 70% du nickel calé­do­nien.

Il ne fait aucun doute que la Chine joue un rôle essen­tiel auprès des indé­pen­dan­tistes depuis la dis­pa­ri­tion de l’Union Sovié­tique et que son influence indi­recte est importante.

Les limites du mode de pen­sée fran­çaise sur les pro­blé­ma­tiques de puissance

La suc­ces­sion de cinq gou­ver­ne­ments fran­çais aux points de vue diver­gents, asso­ciés à des egos poli­tiques impor­tants, n’ont pas per­mis d’apporter une posi­tion claire et constante sur la conduite à tenir. Les accords de Mati­gnon et de Nou­méa sont la consé­quence de cette incons­tance poli­tique qui de plus, n’a pas tenu compte ou sous-esti­mée, le rôle cru­cial de la pen­sée com­mu­niste et de ses relais étran­gers au sein de la réa­li­té locale calé­do­nienne.
Aucune force à Paris ne s’est don­né les moyens de se pen­cher sur la guerre éco­no­mique sys­té­mique qui se déroule dans cette région du monde. La fina­li­té de la ques­tion calé­do­nienne est indis­so­ciable de l’importance crois­sante de l’accès aux res­sources (mine­rais : cobalt, chrome, scan­dium, or, plomb, cuivre, zinc et halieutiques).

Il a fal­lu attendre le choc pro­vo­qué par l’annulation du contrat Naval Group sur les sous-marins pour que le gou­ver­ne­ment fran­çais prenne la mesure du chan­ge­ment de contexte géos­tra­té­gique dans cette région du monde. Appuyé par la Grande Bre­tagne et sui­vi par l’Australie, les Etats-Unisd’Amérique imposent une par­te­na­riat mili­taire tri­par­tite – bap­ti­sée Aukus – pour contrer les ambi­tions chi­noises dans la région Indo-Paci­fique. La nou­velle équipe à la Mai­son Blanche, pré­si­dée par Jo Biden, ne fait pas confiance à la France pour faire face à la menace chi­noise. Les forces mili­taires fran­çaises sont sym­bo­liques et les ter­gi­ver­sa­tions de Paris sur l’avenir de la Nou­velle Calé­do­nie font craindre à Washing­ton une accé­lé­ra­tion de l’entrisme chi­nois au sein des milieux indé­pen­dan­tistes calédoniens.

Si le 12 décembre 2021, la Nou­velle-Calé­do­nie exprime son sou­hait de res­ter atta­chée à la France, Paris devra redé­fi­nir sa propre grille de lec­ture. Sur­tout si elle veut se don­ner les moyens de jouer un rôle per­ti­nent au sein de ce nou­veau centre de gra­vi­té mon­dial du XXIème siècle. Mais rien n’indique que le choix démo­cra­tique sera accep­té, les anti-indé­pen­dan­tistes craignent à juste titre de perdre beau­coup et les kanaks eux, ne veulent plus res­ter une « colo­nie » de la France. Autre­ment dit, il faut s’attendre à la recru­des­cence des opé­ra­tions d’influence des puis­sances étran­gères auprès des dif­fé­rentes com­po­santes de la popu­la­tion de la Nou­velle Calédonie.

Sources :

Antoine BONDAZ, « Le déclas­se­ment stra­té­gique fran­çais et euro­péen en Asie-Paci­fique », 4 février 2015.

Robert D.BLACKWILL and Jen­ni­fer M.HARRIS, “War by other Means : Géoé­co­no­mics and Sta­te­craft”, Presse de l’UniversitéHarvard, 2016.

Rap­port » de l’IRSEM sur la « stra­té­gie d’influence » de la Chine, sep­tembre 2021.

Sites web :

https://www.lefigaro.fr/vox/monde/nouvelle-caledonie-la-france-va-t-elle-se-desengager-de-l-outre-mer-20210528
https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2021/07/19/declaration-conjointe-a-loccasion-du-5e-sommet-france-oceanie
https://www.defense.gouv.fr/content/download/532751/9176232/file/La%20France%20et%20la%20s%C3%A9curit%C3%A9%20en%20Indo-Pacifique%20-%202018.pdf
https://la1ere.francetvinfo.fr/nouvellecaledonie/quoi-de-mieux-pour-entrer-en-nouvelle-caledonie-que-de-s-emparer-du-nickel-explique-bastien-vandendyck-analyste-en-relations-internationales-916726.html

Nou­velle-Calé­do­nie : 165 ans d’une his­toire mou­ve­men­tée | CNRS Le journal

L’Economie de la Nou­velle-Calé­do­nie : https://www.mncparis.fr/uploads/economie-02 – 2020_1.pdf

La Stra­té­gie de la France dans l’Indopacifique : https://www.elysee.fr/admin/upload/default/0001/10/c3852600ccbecbccb2fa05ecf147fa307a79ac17.pdf

IRIS : Les Enjeux du Pro­ces­sus d’Indépendance en Nou­velle-Calé­do­nie : Bas­tien VANDENDYCK

Micro­soft Word – Asia Focus 15 – Nou­velle Calé­do­nie – janv2017.docx (iris-france.org)