Pré­pa­rer la relève

Pré­pa­rer la relève

Par Ger­main Phi­lippe

L’AF du XXIeme siècle, celle des enfants de La Manif Pour Tous et des rond-points de Gilets Jaunes per­siste à suivre Maur­ras dans son rai­son­ne­ment stra­té­gique en phases. Elle adapte la déli­cate phase de la conso­li­da­tion du pou­voir en s’ap­puyant sur les ins­ti­tu­tions de la Ve  Répu­blique. En revanche, elle sait que la décons­truc­tion du Pays légal par le Prince Chré­tien ne suf­fi­ra pas. Certes cette décons­truc­tion par la Monar­chie de salut publique/ Ve  Répu­blique don­ne­ra satis­fac­tion aux résis­tants du Pays réel – celui des classes moyennes étran­glés, de la France péri­phé­rique qui se meure et de la bour­geoi­sie catho­lique agres­sée anthro­po­lo­gi­que­ment – mais elle ne per­met­tra pas sa res­tau­ra­tion car il a été trop pro­fon­dé­ment désor­ga­ni­sé.

          L’A.F. le sait depuis le le constat de Pierre Debray en 1962, dans son célèbre texte stra­té­gique de La Cathé­drale effon­dré : « Tout ce qui conserve, dans la socié­té, une posi­tion indé­pen­dante est, métho­di­que­ment, sou­mis aux contraintes éta­tiques. Tout ce qui garde la volon­té d’entreprendre se voit décou­ra­gé par sys­tème. Une poli­tique de cen­tra­li­sa­tion abo­lit ce qui res­tait des liber­tés com­mu­nales, rem­place par­tout le res­pon­sable par le ges­tion­naire, inter­vient jusque dans les familles pour dis­pu­ter aux parents le choix de l’éducation et de l’orientation des enfants. En même temps que les ins­ti­tu­tions sclé­rosent, étouffent les cel­lules vivantes, les mœurs se dégradent. »Dans ces condi­tions l’A.F.  ne peut se conten­ter de reprendre stric­te­ment les ana­lyses de Maur­ras, car celles-ci datent de l’é­poque 1900, où la socié­té demeu­rait saine. L’A.F.  a main­te­nant,  à recons­truire la socié­té en même temps que l’État. Pour cela il lui est néces­saire consti­tuer une  » relève au pays « .

          La pré­pa­ra­tion d’une élite indis­pen­sable au suc­cès de la recons­truc­tion du Pays réel, l’A.F. y a peu tra­vaillé. L’AF s’est essen­tiel­le­ment sou­ciée d’ai­der à rame­ner l’hé­ri­tier sur le trône et de sau­ve­gar­der l’hé­ri­tage mais pas vrai­ment de consti­tuer une relève apte à la recons­truc­tion du Pays réel. Tache que le Prince chré­tien ne pour­ra pas lan­cer sans appuis solides durant la phase inter­mé­diaire de monar­chie de salut public.

          Si le Duc de Guise et le jeune Comte de Paris avaient réus­sie leur coup de force en 1934, il est évident que  l’A.F.  n’au­rait pas été en mesure de four­nir les cadres néces­saires à aider les Princes pour la phase de conso­li­da­tion du pou­voir. Et pour cause, ses « maîtres esti­maient que, pour empê­cher la ruine de la cathé­drale, il suf­fi­sait de res­tau­rer la clef de voûte. » C’est aus­si, en par­tie, l’ex­pli­ca­tion de la non asso­cia­tion des mili­tants d’A.F. à la ten­ta­tive de redres­se­ment de Vichy. Par ailleurs les maur­ras­siens de la résis­tance ne furent pas plus asso­ciés au pro­jet de redres­se­ment gaul­liste. Dans les deux cas sagit-il de méfiance du Créon Pétain-De Gaule ou de manque de pré­pa­ra­tions des roya­listes ?

          Cette fonc­tion sup­plé­men­taire de consti­tu­tion d’une relève, l’A.F. du XXIeme siècle ne l’i­gnore pas. Elle a les moyens d’y par­ve­nir, elle qui consti­tue la meilleure école de for­ma­tion poli­tique depuis 120 ans. Elle a pour­tant conscience que ce savoir faire d’é­cole des idées ne répond qu’au besoin, disons de cours théo­riques. Pour ce qui est des cours pra­tiques, elle sait

qu’il lui faut amé­lio­rer son dis­po­si­tif de  » cour­roies de liai­son « , cette A.F. hors les murs, afin d’être à la hau­teur cet enjeu de la relève.

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