Du rond-point au vaste monde

Du rond-point au vaste monde

Il paraît, selon l’historien Pierre Ver­me­ren, que la France compte plus de 30 000 ronds-points, soit la moi­tié des gira­toires du monde. Il y a donc quelque logique dans le fait que l’attention se soit por­tée, plus d’un mois durant, sur ces lieux qui qua­drillent notre ter­ri­toire natio­nale et sont sou­vent d’une remar­quable lai­deur. Que les gilets jaunes en aient fait des exemples de convi­via­li­té consti­tue un para­doxe bien inté­res­sant. La France des ter­ri­toires n’est pas seule­ment révol­tée, elle a besoin de recons­ti­tuer un véri­table tis­su de soli­da­ri­té pour contrer un pro­ces­sus de dis­so­cia­tion et de dés­in­té­gra­tion qui va de pair avec la dis­pa­ri­tion des acti­vi­tés locales et la grande misère de notre agriculture.

Une ques­tion se pose à par­tir de ce constat. Ce qui relève du local, du ter­ri­to­rial, est-il en rela­tion avec le mon­dial et ce qu’on appelle la mon­dia­li­sa­tion ? C’est le constat de Chris­tophe Guilluy, dont nous avons sou­vent cité les tra­vaux. La France péri­phé­rique, comme d’ailleurs l’Angleterre péri­phé­rique et même les États-Unis péri­phé­riques, est la grande per­dante de la mon­dia­li­sa­tion, dont cer­tains chan­taient pour­tant incon­di­tion­nel­le­ment les louanges à la fin du XXe siècle. Une concen­tra­tion des richesses s’est pro­duite dans les métro­poles, au détri­ment des régions de plus en plus déshé­ri­tées. Un seul chiffre signi­fi­ca­tif : une dou­zaine de métro­poles fran­çaises ras­semblent près de 46 % des emplois, dont 22 % pour la seule aire urbaine de Paris.

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