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les res­sorts de l’engagement fémi­nin d’Action fran­çaise (années 1900-années 1930)

Carte pos­tale. Col­lec­tion particulière.

En février 1913, Charles Maur­ras, écri­vain pro­ven­çal et diri­geant du mou­ve­ment ultra­na­tio­na­liste d’Action fran­çaise (AF), est condam­né par le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Ver­sailles à 8 mois de pri­son et 200 francs d’amende pour avoir frap­pé un gen­darme lors d’une mani­fes­ta­tion roya­liste1. Par voie épis­to­laire, une ado­les­cente se pré­sen­tant comme jeune mili­tante d’Action fran­çaise s’adresse alors à lui dans les termes suivants :

« Mon cher Maître,
Per­met­tez à une de vos jeunes ligueuses de vous expri­mer son admi­ra­tion sans bornes pour le geste superbe que vient s’élancer vers vous en témoi­gnages d’ardente sym­pa­thie toute la France roya­liste dont vous êtes le chef véné­ré. Vous ne pou­vez savoir dans quel enthou­siasme vous venez de jeter tous les fidèles du roi. Par les paroles si simples dans leur gran­deur dont vous avez cin­glé le Juif infâme qui venait de vous condam­ner odieu­se­ment, vous avez réveillé dans le cœur de bien des indif­fé­rents ce sen­ti­ment de patrio­tisme que l’affreux régime actuel cherche à étouf­fer par tous les moyens.  […] Et moi qui, au milieu d’une famille entiè­re­ment hos­tile à vos idées, n’ait d’autre amie d’autre conso­la­tion que votre Action fran­çaise, je vous renou­velle l’expression de mon dévoue­ment inal­té­rable et de ma pro­fonde admi­ra­tion […] Vive le roi.
Une petite ligueuse de seize ans qui prie chaque jour pour le retour à Dieu de la plus belle âme de notre siècle2. »

For­mu­lé ain­si, ce témoi­gnage d’admiration s’élève contre les pon­cifs rela­tifs à l’engagement des femmes en poli­tique. Rele­vons d’une part l’hostilité pro­cla­mée au « Juif infâme »3 et la condam­na­tion du régime répu­bli­cain qui ins­crivent cette pro­fes­sion de foi anti­dé­mo­cra­tique et anti­sé­mite dans un registre argu­men­ta­tif s’opposant au sté­réo­type de la modé­ra­tion poli­tique des femmes. Cher­chant à atti­rer l’attention de Maur­ras sur son iso­la­tion au sein d’une famille ne par­ta­geant pas ses croyances et ses idéaux poli­tiques, cette toute jeune ligueuse met direc­te­ment en cause une autre idée reçue : celle de la subor­di­na­tion des femmes en poli­tique. Etu­dier l’engagement des femmes d’extrême droite implique donc de remettre en cause ces pré­ju­gés par­ti­cu­liè­re­ment tenaces lorsqu’on tra­vaille sur cette frange de l’échiquier poli­tique4.

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