La ques­tion envi­ron­ne­men­tale, grande oubliée de la cam­pagne présidentielle.
|

La ques­tion envi­ron­ne­men­tale, grande oubliée de la cam­pagne présidentielle.

La ques­tion envi­ron­ne­men­tale n’a pas été beau­coup évo­quée durant cette cam­pagne, encore moins peut-être qu’il y a cinq ans et beau­coup moins, bien sûr, qu’en 2007, apo­gée de la pré­oc­cu­pa­tion éco­lo­gique en France grâce à l’ac­ti­visme de Nico­las Hulot et à son Pacte pour l’en­vi­ron­ne­ment qu’il avait fait signer aux prin­ci­paux can­di­dats. Certes, quelques pré­ten­dants à l’E­ly­sée reven­diquent une part d’é­co­lo­gie dans leurs pro­grammes mais les grands médias n’ont guère insis­té sur ce thème, et la ques­tion fut pro­pre­ment élu­dée lors des débats majeurs de la pré­si­den­tielle, hor­mis, peut-être, sur le sujet du pro­jet d’aé­ro­port de Notre-Dame-des-Landes et sur ceux de l’éner­gie nucléaire et des éner­gies renouvelables.

Ain­si, l’ar­ti­fi­cia­li­sa­tion des terres et des lit­to­raux peut conti­nuer dans la plus grande indif­fé­rence, les can­di­dats prô­nant une « crois­sance » qui, par nature, ne peut que pour­suivre son gri­gno­tage rapide des terres arables et des espaces sau­vages au nom de l’emploi ou de la « néces­saire attrac­ti­vi­té des ter­ri­toires » cen­sée être un moteur de l’é­co­no­mie du pays dans la mon­dia­li­sa­tion, alors qu’elle n’en est plus que l’a­li­bi facile à l’ef­fi­ca­ci­té pas exac­te­ment démon­trée… C’est bien le piège de cette mon­dia­li­sa­tion qui enlai­dit le local au nom d’un glo­bal dont on peut légi­ti­me­ment s’in­quié­ter des tenants et des abou­tis­sants, et qui sert des inté­rêts pri­vés, « capi­ta­lis­tiques », formes contem­po­raines du nou­vel âge féo­dal qui pro­fitent de l’af­fai­blis­se­ment des États, de leurs moyens d’ac­tion et de leur auto­ri­té poli­tique. Même chose pour la ques­tion des semences et des OGM, rap­pe­lée dans un livre récent cosi­gné par Pierre Rabhi et Juliette Duquesne (1), et qui devrait être un véri­table thème de cam­pagne si nos can­di­dats voyaient plus loin que le simple quin­quen­nat à venir : il s’a­git là du néces­saire main­tien de la bio­di­ver­si­té végé­tale et agri­cole face à la stan­dar­di­sa­tion et à la pri­va­ti­sa­tion du vivant par de grandes socié­tés mul­ti­na­tio­nales qui pro­duisent des semences à l’ob­so­les­cence pro­gram­mée, dégé­né­rant dès la deuxième géné­ra­tion et obli­geant les agri­cul­teurs à les rache­ter chaque année. Mais non, nos « grands can­di­dats » ne s’en sou­cient guère, et la grande presse, celle qui désor­mais décide (y com­pris élec­tro­ni­que­ment et sur la toile, par le biais d’une nou­velle cen­sure peu sym­pa­thique) de ce qui est vrai et de ce qui ne l’est pas, au risque d’é­touf­fer cer­taines infor­ma­tions déran­geantes et quelques contes­ta­tions nais­santes, n’a pas l’in­ten­tion de sou­le­ver le pro­blème. « Dis-moi qui te paye, et je sau­rai ce que tu penses », pour­rait-on ironiser…

La suite