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Passe litur­gique : Lettre de Fran­çoise et Michel Michel à leur évêque…

Lettre de Fran­çoise et Michel Michel à leur évêque…

On dirait que le sys­tème de contrôle sani­taire que nous subis­sons depuis deux ans a trou­vé des adeptes dans la curie romaine, trop contente de nous impo­ser le contrôle litur­gique afin de bien s’assurer que l’Église n’aura aucune chance de redres­se­ment avant longtemps.

Beau­coup de nos amis connaissent Michel Michel, notre socio­logue mai­son, et sa femme Fran­çoise à l’énergie légen­daire. C’est ensemble qu’ils adressent une lettre ouverte à l’évêque de leur dio­cèse. (AF)

Mon­sei­gneur Guy de Keri­mel Évêque de Gre­noble – Vienne

En la fête du Christ-Roi le 21 novembre 2021

« LA PIERRE QU’ONT REJETÉE LES BÂTISSEURS

EST DEVENUE LA PIERRE D’ANGLE » (PS 117)

Mon­sei­gneur,

Nous vous remer­cions de nous avoir envoyé le décret pour la mise en appli­ca­tion du motu pro­prio Tra­di­tio­nis Cus­todes dans votre diocèse. .

Depuis la fin des années 60, la pas­to­rale qui a été adop­tée a abou­ti à la perte de plus des neuf dixièmes des fidèles. En résis­tance à cette déroute géné­rale : les tra­di­tio­na­listes et les « cha­ris­ma­tiques ». Les fidèles qui res­tent dans les paroisses (moins d’un dixième) sont les per­sonnes qui ont cru à la « Nou­velle Pen­te­côte ». Ceux-ci semblent aujourd’hui sans Espé­rance (les fins der­nières ne sont plus prê­chées), avec une Foi impré­cise et par­fois fran­che­ment héré­tique (ils ont sui­vi des caté­chismes ecto­plas­miques) et leur Cha­ri­té tend à se res­treindre à une obole pour les ONG dans le style du CCFD). Par­mi ceux qui res­tent, il y a aus­si des per­sonnes qui pré­fè­re­raient par­ti­ci­per aux messes tri­den­tines mais que la dis­tance ou la condi­tion phy­sique empêche de se dépla­cer aux deux trop rares églises qui ont été concé­dées. C’est notre cas comme bien d’autres (vous voyez que nous ne consi­dé­rons pas la messe de St.Paul VI comme inva­lide !). Nous savons aus­si que cer­tains conver­tis n’ont connu la messe qu’à tra­vers la messe « moderne ».

Néan­moins la pas­to­rale mise en place à la fin du XXe siècle et dont la litur­gie est pour les fidèles la prin­ci­pale mani­fes­ta­tion est un échec évident : vous devez en savoir quelque chose…

Les seuls signes d’Espérance étaient chez les « cha­ris­ma­tiques » (qui ont par­fois mal tour­né mais se sont en majo­ri­té ral­liés à la doc­trine catho­lique clas­sique) et chez les tra­di­tio­na­listes. Ceux-ci font des enfants et leur trans­mettent la Foi ce que par­viennent dif­fi­ci­le­ment à faire les caté­chistes de nos paroisses.

Ce sont dans ces com­mu­nau­tés et ces familles « tra­dis » (au sens large, scouts d’Europe, Pèle­ri­nage de Chartres, Rosaire, etc.) que pro­viennent une grande par­tie des voca­tions et des ini­tia­tives mis­sion­naires (tous les conver­tis de l’Islam au Catho­li­cisme que nous connais­sons sont pas­sés par une com­mu­nau­té « tradi »).

Nous com­pre­nons que l’existence de plu­sieurs rites sus­cite et tra­duit des pers­pec­tives dif­fé­rentes et qu’il y a peut-être des risques de sépa­ra­tion d’une « Haute Église » et d’une « Basse Église » comme chez les Angli­cans. Mais à cela il fal­lait y pen­ser dans les années soixante où l’imposition auto­ri­taire, clé­ri­cale, « jaco­bine », d’une nou­velle messe pré­ten­dant s’appuyer sur l’autorité de « l’esprit du Concile », alors que les textes votés par les Pères conci­liaires ne l’avaient même pas voulu.

La sub­sti­tu­tion aurait pu réus­sir mais elle a sus­ci­té de telles excen­tri­ci­tés (« Je crois en Dieu qui croit en l’Homme », « messes-lasers », chasse au hié­ra­tisme, etc.) que la plus grande par­tie des fidèles s’en sont détour­nés et que la résis­tance s’est organisée.

Cha­cun fait des vœux pour l’unité de l’Église ; ceux qui ont impo­sé les chan­ge­ments litur­giques auraient dû y pen­ser avant. Aujourd’hui, vous sou­hai­tez que les « tra­dis » rejoignent les autres paroisses ; mais s’ils sont mino­ri­taires (pour quelque temps), les « tra­dis » se sentent, eux, vrai­ment en uni­té avec des siècles d’Église, ce qui n’est pas sou­vent le cas ailleurs où on insiste sur­tout sur l’opposition avec « l’Église d’avant le Concile ».

A pré­sent la hié­rar­chie ne par­vien­dra pas à faire dis­pa­raître ce cou­rant si vivace : depuis les réformes de Pierre Le Grand il y a tou­jours des « vieux-croyants » les ras­kol­ni­ki, en Rus­sie, des « vieux-catho­liques » après Vati­can I, des sun­nites après Atta­turk et il existe encore une « Petite Eglise » depuis le concor­dat impo­sé au Pape par Napoléon.

Pour résoudre la ten­sion, deux options étaient pos­sibles : faire la paix, en adop­tant pour tous les rites ordi­naires et extra­or­di­naires, une « her­mé­neu­tique de la conti­nui­té » ce qui pour­rait abou­tir dans quelque Vati­can III à la réuni­fi­ca­tion de ces rites (la ques­tion de la langue latine ou ver­na­cu­laire est secon­daire) ; cette issue élé­gante était pro­po­sée par Benoit XVI (mais bien peu appli­quée géné­reu­se­ment dans trop de dio­cèses). Au fur et à mesure les rela­tions deve­naient plus souples et les uns accep­taient de par­ti­ci­per aux messes des autres.

L’autre solu­tion choi­sie par Fran­çois : faire la guerre des litur­gies et pous­ser les « tra­dis » au schisme. Je sup­pose que le Pape sait par­fai­te­ment que les « tra­dis » n’abandonneront pas des posi­tions à tra­vers les­quelles ils reçoivent tant de grâces, pour des paroisses sou­vent mori­bondes. On peut ima­gi­ner que la stra­té­gie vati­cane consiste à don­ner toutes les faci­li­tés à la com­mu­nau­té St. Pie X et à per­sé­cu­ter les autres com­mu­nau­tés Eccle­sia Dei (celles qui s’étaient consti­tuées par fidé­li­té au Pape) pour que leurs membres se réfu­gient dans les struc­tures lefeb­vristes bien éta­blies. Dans un second temps, il sera facile de trou­ver un pré­texte doc­tri­nal pour décla­rer ce groupe uni­fié en état de schisme (on dit qu’au début de son pon­ti­fi­cat, Fran­çois décla­rait qu’il ne crai­gnait pas le schisme).

Mon­sei­gneur, à quoi ser­vi­raient toutes les lamen­ta­tions sur la divi­sion des chré­tiens lors de la semaine sur l’œcuménisme si vous par­ti­ci­piez à cette opé­ra­tion qui consiste à nous accu­ler au schisme ?

Vous sem­blez sou­hai­ter que les laïcs prennent leur place dans la vie de l’Église, c’est ce que nous allons faire en trans­fé­rant la petite somme que nous ver­sons au dio­cèse chaque mois sur la FFSP et l’Institut du Bon Pas­teur. Cette déci­sion n’est pas due à quelque « sen­si­bi­li­té esthé­ti­sante », et donc, en conscience, nous pen­sons ain­si mieux contri­buer au redres­se­ment de l’Église.

Nous vous remer­cions de l’attention que vous nous prê­tez, nous vous témoi­gnons, Mon­sei­gneur, de notre fidé­li­té à la Tra­di­tion apos­to­lique qui vous a été transmise.

Fran­çoise et Michel MICHEL

(apprieu@gmail.com)