You are currently viewing Tout va bien en France, mais ailleurs c’est très grave !

Tout va bien en France, mais ailleurs c’est très grave !

Par Laurent Tou­bia­na, cher­cheur à l’INSERM, direc­teur de l’Institut de Recherche pour la Valo­ri­sa­tion des don­nées de San­té (IRSAN)

Cet article, publié le 25 novembre 2021 sur le blog du cher­cheur, a été dépu­blié par Media­part le len­de­main.

Le scé­na­rio est main­te­nant bien rodé. En amont, il com­mence par des avis de scien­ti­fiques qui, alors que tout est sup­po­sé « sous contrôle », annoncent la pos­si­bi­li­té du retour d’une nou­velle vague épi­dé­mique. Ces oracles sont bien­tôt confir­més par des don­nées venant de pays plus ou moins loin­tains ; tout va bien en France, mais ailleurs c’est très grave. Les hypo­thèses de nos scien­ti­fiques s’avèreraient donc exactes. Les articles de presse pleuvent sur la panique engen­drée dans ces pays et les mesures très dures en passe d’être mises en œuvre. Ces mesures nous paraissent déme­su­rées, mais une petite voix nous dit qu’il faut se pré­pa­rer à ce que ce soit bien­tôt notre tour. Enfin, San­té Publique France donne l’estocade et annonce à son tour une élé­va­tion « inquié­tante de l’incidence », sans vrai­ment expli­quer ni de quoi il s’agit exac­te­ment, ni en quoi elle est inquié­tante. Cette infor­ma­tion est immé­dia­te­ment relayée par de puis­sants organes média­tiques. Elle est ensuite reprise par les auto­ri­tés qui remettent en place des mesures contrai­gnantes (masque obli­ga­toire dans toutes les écoles et dans la rue de dépar­te­ments de plus en plus nom­breux). « En même temps », le porte-parole du gou­ver­ne­ment nous assure de ne pas nous inquié­ter. Cela inquiète encore plus car, à chaque fois qu’il ne faut pas s’inquiéter, nous pou­vons être sûrs du contraire ; cela est en géné­ral confir­mé quelques jours plus tard. Le nombre d’articles publiés sur la pro­chaine vague aug­mente et pré­pare le ter­rain. « Quelques dis­si­dents » sont invi­tés à s’exprimer pour faire bonne mesure car nous sommes en démo­cra­tie, juste le temps de les décré­di­bi­li­ser incom­pé­tents, naïfs, incons­cients, irres­pon­sables, dan­ge­reux, complotistes.

Depuis tou­jours, une épi­dé­mie se carac­té­rise essen­tiel­le­ment par le nombre de malades et de morts qu’elle pro­voque. Ain­si, ce que l’on appelle nor­ma­le­ment « inci­dence » est le nombre de nou­veaux malades en une semaine rap­por­té à la popu­la­tion, lequel per­met d’évaluer la dyna­mique d’une épi­dé­mie de mala­die trans­mis­sible à évo­lu­tion rapide. L’arrivée des tests et la mas­si­fi­ca­tion de leur uti­li­sa­tion dévoyée à par­tir d’août 2020 a per­mis de redé­fi­nir l’essence même de la défi­ni­tion clas­sique de l’épidémie. Dans le cadre de l’épidémie de Covid-19, les esti­ma­tions de l’incidence à des­ti­na­tion du grand public ne se réfèrent plus aux nou­veaux malades ou morts engen­drés par le virus mais à des por­teurs de virus qui, à plus de 80 %, ne sont pas malades et ne le seront jamais. De fait, le nombre de por­teurs de virus est beau­coup plus impor­tant que le nombre de malades ou de morts. Il est donc fal­la­cieux d’utiliser le même mot « inci­dence » pour repré­sen­ter une réa­li­té dif­fé­rente de la défi­ni­tion com­mu­né­ment admise par les épi­dé­mio­lo­gistes, l’incidence d’une pathologie.

Pour­tant, l’incidence d’une patho­lo­gie est un outil élé­men­taire uti­li­sé pour le sui­vi de toutes les épi­dé­mies sous sur­veillance depuis des dizaines d’années (dont la plus emblé­ma­tique est celle des syn­dromes grip­paux). Pour­quoi n’est-il pas appli­qué pour l’événement épi­dé­mique du siècle ? Pro­ba­ble­ment parce que les inci­dences de la mala­die covid-19 (et non des tests posi­tifs) sont tel­le­ment faibles qu’elles ne peuvent être décem­ment invo­quées pour jus­ti­fier les mesures de contrôle qui appa­raî­traient à l’évidence dis­pro­por­tion­nées : confi­ne­ments géné­ra­li­sés de la popu­la­tion, port du masque obli­ga­toire dans la rue, taux de cou­ver­ture vac­ci­nale aber­rant, passe sani­taire. Si l’incidence « clas­sique » était uti­li­sée, les popu­la­tions n’auraient plus peur et n’accepteraient pas ces mesures consi­dé­rées dès lors comme extravagantes.

La courbe rouge montre l’évolution heb­do­ma­daire pour 100 000 habi­tants de malades du Covid-19 selon le Réseau Sen­ti­nelles (échelle à droite en rouge de 0 à 120). En mars 2020, cette courbe montre un maxi­mum avec 140 nou­veaux malades en une semaine pour 100 000 habi­tants. Lors du 4ème « pic » de cette courbe (début août 2021), l’incidence est de 31 nou­veaux malades en une semaine pour 100 000 habi­tants. La courbe noire montre l’évolution du nombre heb­do­ma­daire de décès tes­tés posi­tifs au Covid-19 pour 100 000 habi­tants source San­té Publique France (échelle à droite en noir de 0 à 10). Le point maxi­mum est au début de la courbe avec 9,7 décès en une semaine pour 100 000 habi­tants début avril 2020.

Jus­te­ment, quelles sont les valeurs de l’incidence du Covid-19 ? En France, sur les 90 semaines depuis le com­men­ce­ment de la crise du Covid-19, la plus forte inci­dence a été obser­vée entre le 23 et le 29 mars 2020, au tout début de la crise (cf. fig. 1). Lors de cette semaine paroxys­mique, 140 nou­veaux malades pour 100 000 habi­tants ont été esti­més par le Réseau Sen­ti­nelles (pre­mier réseau de sur­veillance de mala­dies trans­mis­sibles en France) ; les autres sources de méde­cins géné­ra­listes de ter­rain, dits de pre­mier recours, sont concor­dantes. Pour fixer les idées, 100 000 habi­tants, c’est envi­ron la popu­la­tion d’une pré­fec­ture impor­tante (Caen, Nan­cy, Avi­gnon…). À titre de com­pa­rai­son, le même réseau de méde­cins esti­mait dans les mêmes condi­tions à plus de 600 malades de syn­dromes grip­paux en une semaine pour 100 000 habi­tants en moyenne lors des pics épi­dé­miques des années anté­rieures depuis 20 ans. Pour­tant, connues depuis des siècles, les épi­dé­mies de grippe ont tou­jours été dési­gnées comme des épi­dé­mies « banales » alors que le tableau cli­nique de la grippe est consi­dé­ré comme tou­chant les indi­vi­dus plus dure­ment que celui du Covid-19 dans la plu­part des cas. Depuis mars 2020, aucune autre semaine n’a mon­tré une inci­dence du Covid-19 supé­rieure. L’amplitude des pics sai­son­niers de l’incidence du Covid-19, fin octobre 2020, fin mars 2021 cor­res­pon­dant à ce qui a été impro­pre­ment appe­lé « vagues » n’a ces­sé de décroître. Pour la der­nière, dite 4ème vague, début août 2021, l’incidence du Covid-19 a atteint le chiffre déri­soire de 31 nou­veaux malades en une semaine pour 100.000 habi­tants (cf. fig. 1).

Il en va de même pour les hos­pi­ta­li­sa­tions et les décès. 31 nou­velles per­sonnes avaient été hos­pi­ta­li­sées et 9 sont décé­dées pour 100.000 habi­tants au cours de la semaine la plus impac­tée en 1 an et demi de crise.

Ces chiffres sont à peine cré­dibles tel­le­ment ils sont faibles. Tou­te­fois ils sont cohé­rents avec ceux qui ont été publiés par l’ATIH et qui indiquent que seule­ment 2 % de l’activité des hôpi­taux ont été consa­crés au Covid-19 en 2020.Par ailleurs, nous avons mon­tré ici même dès le mois de mars 2021 que cette période de crise sani­taire pré­ten­due « majeure » n’avait pro­vo­qué aucune sur­mor­ta­li­té pour les per­sonnes âgées de moins de 65 ans, soit 80 % de la popu­la­tion fran­çaise, et une sur­mor­ta­li­té de moins de 4 % pour les autres.

De nom­breux articles scien­ti­fiques ont mon­tré que, sans pou­voir limi­ter l’épidémie, les mesures prises ont eu de nom­breux effets délé­tères directs et indi­rects sur les indi­vi­dus et les popu­la­tions. Ceux-ci ne font que com­men­cer, comme la dégra­da­tion de l’état psy­chique, notam­ment chez les jeunes, la baisse du niveau sco­laire ain­si que les consé­quences sur la san­té de la dégra­da­tion éco­no­mique du pays suite à la poli­tique du « quoi qu’il en coûte » déci­dée pour mettre en place le pre­mier confi­ne­ment et que les Fran­çais subissent du fait de l’augmentation de la fac­ture éner­gé­tique. Quant au taux de cou­ver­ture vac­ci­nale aber­rant avoi­si­nant les 90 % de la popu­la­tion des plus de 12 ans, les auto­ri­tés l’ont impo­sé aux popu­la­tions en usant de méthodes d’intimidation ou de culpa­bi­li­sa­tion au motif de les pro­té­ger col­lec­ti­ve­ment. Nous venons de mon­trer que l’impact réel en termes de mor­bi­di­té et mor­ta­li­té est extrê­me­ment faible mais cela ne suf­fit tou­jours pas, ces popu­la­tions ayant déjà beau­coup souf­fert des mesures cen­sées les pro­té­ger, doivent encore endu­rer un nou­vel épi­sode de ce feuille­ton insupportable.

Tous les chiffres cités sont dis­po­nibles pour le grand public, acces­sibles sur Inter­net. Ils crèvent les yeux mais déci­dé­ment, ils semblent dif­fi­ciles à voir.

Laurent Tou­bia­na