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L’Action Fran­çaise et l’Islam (I/XI)

DE 1920 A 2020, UN SIÈCLE DE PROPOSITIONS MAURRASSIENNES

Par PHILIPPE LALLEMENT

(Article de la Nou­velle Revue Uni­ver­selle)

Contrai­re­ment aux appa­rences, c’est une tra­di­tion de mesure et de réa­lisme qui a tou­jours mar­qué les posi­tions maur­ras­siennes sur les rela­tions de la France avec les musul­mans. C’est tou­jours vrai aujourd’hui, seule la situa­tion est chan­gée. C’est ce que va démon­trer l’étude de Phi­lippe Lal­le­ment parue dans les n° 63 et 64 de la Nou­velle Revue Uni­ver­selle. Elle sera publiée en 11 épi­sodes heb­do­ma­daires sur le blog de l’Action fran­çaise. L’auteur l’a dédiée à la mémoire de Moham­med Souames, chef d’équipe des came­lots du roi à Phi­lip­pe­ville et a celles de Jacques Inno­cen­ti et Jean Mas­so­nat, sym­pa­thi­sants algé­rois de l’Action fran­çaise, assas­si­nés rue d’Isly

Le thème de l’islamogauchisme est aujourd’hui omni­pré­sent dans la vie poli­tique. Son idéo­lo­gie implique un modèle « archi­tec­to­nique » de la socié­té où l’étranger se voit fixer un sta­tut allant à l’encontre de la pra­tique habi­tuelle des peuples : c’est le modèle mul­ti­cul­tu­rel dit d’in­clu­sion, qui recon­naît aux nou­veaux venus le droit de s’installer sans s’intégrer, en pou­vant main­te­nir et déve­lop­per leur culture et leur genre de vie propres, très dif­fé­rents de ceux de la socié­té d’accueil. À celle-ci d’accepter, sup­por­ter et res­pec­ter ces dif­fé­rences impor­tées. Les immi­grés ne se fondent pas, ils ne dis­pa­raissent pas en tant que groupe cultu­rel spé­ci­fique. Les com­mu­nau­tés sont jux­ta­po­sées dans une mosaïque auto­ri­sant la coexis­tence d’individus enclos dans leurs par­ti­cu­la­rismes. Cette espèce de ségré­ga­tion mutuelle pra­ti­quée par les com­mu­nau­tés essen­tia­lise appar­te­nances et iden­ti­tés : figeant le sta­tu quo cultu­rel et com­por­te­men­tal, elle génère une forme d’a­par­theid social ouver­te­ment assumé.

D’origine amé­ri­caine, ce modèle de jux­ta­po­si­tion des com­mu­nau­tés pro­duit en France une rup­ture bru­tale et sans pré­cé­dent avec la tra­di­tion capé­tienne d’unité du pays – tra­di­tion rai­son­nable, mesu­rée, fon­dée sur l’histoire, que le jaco­bi­nisme répu­bli­cain et napo­léo­nien a cru devoir éri­ger en sys­tème. En lui créant de toutes pièces une jus­ti­fi­ca­tion ration­nelle, il l’a fixée dans une construc­tion idéo­lo­gique qui por­tait en elle le risque de pro­duire, par réac­tion, l’excès inverse, l’éclatement.

C’est bien ce à quoi nous assis­tons. Le phé­no­mène déclen­cheur a été, on le sait, la poli­tique immi­gra­tion­niste pra­ti­quée depuis la fin des années 70 par une classe poli­ti­co-média­tique aveugle et incons­ciente des consé­quences : l’effet de masse a entraî­né l’application de fac­to du modèle d’inclusion. Celui-ci s’est révé­lé pro­téi­forme, il a pris tour à tour le visage de l’antiracisme, du mul­ti­cul­tu­ra­lisme, du com­mu­nau­ta­risme, par­fois du cos­mo­po­li­tisme. Para­doxa­le­ment, il a même pro­duit du métis­sage, voire de la créo­li­sa­tion. Quoi qu’il en soit, le résul­tat est là : le risque de frag­men­ta­tion de la France est désor­mais avé­ré[1] .

Puis le balan­cier de la contre-dépen­dance a joué : le déve­lop­pe­ment de l’inclusion isla­mo­gau­chiste a réac­ti­vé le vieux modèle jaco­bin d’assimilation, fait de rous­seauisme naïf et d’universalisme fac­tice. Ce pro­ces­sus de déculturation/acculturation pro­voque chez le migrant un véri­table trans­fert de valeurs : non seule­ment il s’adapte, mais il se met peu à peu à res­sem­bler à la popu­la­tion d’accueil. La répé­ti­tion quo­ti­dienne de nou­veaux com­por­te­ments sociaux, pro­fes­sion­nels, sco­laires, etc., détruit pro­gres­si­ve­ment en lui toute attache à sa culture d’origine, pro­vo­quant une véri­table méta­mor­phose de l’individu. Ce qui rend tout retour en arrière impos­sible. C’est un modèle dur, qui entraîne un iné­luc­table corol­laire : l’af­fai­blis­se­ment des struc­tures d’au­to­ri­té. Impo­ser en force l’irruption de nou­velles valeurs met en évi­dence les contra­dic­tions de l’acharnement mili­tant : l’ « anti­fa­na­tisme » se fait lui-même fana­tisme. L’actuelle réac­ti­va­tion du modèle assi­mi­la­tion­niste – que ce soit sous le nom de « fran­ci­sa­tion » ou de « creu­set répu­bli­cain » – pro­vo­que­ra fata­le­ment en retour des mou­ve­ments défen­sifs viru­lents, voire violents .

Si l’Islam est au cœur du pro­blème répu­bli­cain, c’est la laï­ci­té qui en est le nœud gor­dien. Celle-ci donne lieu à deux inter­pré­ta­tions oppo­sées : la laï­ci­té ouverte qui, au nom de la liber­té indi­vi­duelle, admet une cer­taine pré­sence des croyances reli­gieuses dans l’espace public, et la laï­ci­té radi­cale qui, à l’inverse, les cla­que­mure sans conces­sion dans la sphère pri­vée. Ain­si, le Grand-Orient, tra­di­tion­nel­le­ment très uni dans la fré­né­sie laï­ciste, a vu, depuis 1989, l’intrusion de l’Islam pro­vo­quer en son sein une frac­ture entre laï­cistes ouverts et laï­cistes radicaux.

La ques­tion de l’immigration est direc­te­ment affec­tée par ce dilemme : tan­dis que le modèle mul­ti­cul­tu­rel d’in­clu­sion s’appuie sur le prin­cipe de la laï­ci­té ouverte, le modèle d’assimilation repose, lui, sur la laï­ci­té radi­cale. Les débats en cours à ce sujet prennent un tour très conflic­tuel notam­ment à l’intérieur de la gauche, dès lors que cha­cun se laisse enfer­mer dans la logique intel­lec­tuelle qu’il pri­vi­lé­gie. Pous­sées au bout de leur consé­quence, ces deux idéo­lo­gies abou­tissent l’une comme l’autre à des impasses. Sur le ter­rain, elles se tra­duisent fata­le­ment par des situa­tions de vio­lence endémique.

Phi­lippe Lallement,

à suivre la semaine pro­chaine dans : 

Quatre géné­ra­tions actives, por­teuses de solu­tions originales


[1] C’est notam­ment démon­tré par Jérôme Four­quet dans L’Archipel fran­çais, nais­sance d’une nation mul­tiple et divi­sée, Seuil, 2019, 528 p. 39