En Syrie l’aviation russe détruit un camp isla­miste sous contrôle turc

En Syrie l’aviation russe détruit un camp isla­miste sous contrôle turc

Par Antoine de Lacoste

​Cette fois la Rus­sie a bou­gé. Alors que l’on s’inquiétait de son atten­tisme dans la guerre du Haut-Kara­bah, elle a frap­pé un grand coup.

​L’aviation russe a en effet atta­qué et détruit un camp d’entraînement isla­miste en Syrie. Dans ce camp s’entraînaient des volon­taires isla­mistes de la milice Fay­lak al-Cham contrô­lée par la Tur­quie. Le bilan est lourd : 78 morts et plus d’une cen­taine de bles­sés dont beau­coup très griè­ve­ment atteints. Il s’agit d’un des raids les plus meur­triers contre les isla­mistes depuis le début de la guerre.

​Cette cible a été soi­gneu­se­ment choi­sie : situé dans le chau­dron isla­miste de la pro­vince d’Idleb, à proxi­mi­té de la fron­tière turque, le camp est en effet une plaque tour­nante de la rota­tion des isla­mistes pro-turcs en par­tance vers l’Azerbaïdjan. Peu avant l’attaque sur­prise russe, ces volon­taires avaient, selon l’agence russe Anna, citée par l’Orient-Le Jour, reçu leur diplôme de for­ma­tion préa­lable à leur envoi sur le front du Haut-Karabagh.

​C’est un rude coup pour la cré­di­bi­li­té turque. En effet, les Russes viennent de démon­trer qu’ils peuvent frap­per où ils veulent en Syrie et les volon­taires isla­mistes qui affluaient vers ce camp (et d’autres d’ailleurs) pour­raient hési­ter, se disant qu’ils peuvent être anéan­tis à tout moment. 

​Peut-être le moment va-t-il venir de recon­qué­rir une fois pour toutes cette pro­vince d’Idleb où milices pro-turques et Hayat Tah­rir al-Cham (l’ex-Front al-Nos­ra) coha­bitent en bonne intel­li­gence contrai­re­ment aux enga­ge­ments d’Erdogan qui avait pro­mis à Pou­tine de réduire cette milice par­ti­cu­liè­re­ment sanguinaire ?

​Le Ministre russe des Affaires étran­gères, Ser­gueï Lavrov a d’ailleurs décla­ré cou­rant sep­tembre que « le tra­vail devait être bien­tôt ache­vé » à Idleb. 

​En atten­dant, les com­bats se pour­suivent dans le Haut-Kara­bagh où le front s’est sta­bi­li­sé. Les forces azé­ries ont conquis le sud de l’enclave, située en plaine, pro­fi­tant de leur supé­rio­ri­té aérienne. Le ter­rain est main­te­nant plus acci­den­té per­met­tant aux forces armé­niennes de résister.

​Cet aver­tis­se­ment sans frais de Pou­tine à Erdo­gan est le bien­ve­nu après un mois pas­sé à ten­ter d’imposer un ces­sez-le-feu, sans suc­cès. Seule une démons­tra­tion de force est sus­cep­tible d’arrêter le sul­tan. L’armée russe a éga­le­ment construit une nou­velle base mili­taire en Armé­nie, non loin du Haut-Kara­bagh. C’est un gage impor­tant et l’on sait bien que la Rus­sie ne tolé­re­ra jamais une inva­sion de l’Arménie. Mais en est-il de même du Haut-Karabagh ? 

​L’attentisme russe qui pré­vaut depuis l’offensive azé­rie déclen­chée le 27 sep­tembre est lar­ge­ment lié au fait que Pou­tine ne veut pas se cou­per défi­ni­ti­ve­ment de l’Azerbaïdjan qui est tout de même un pays voi­sin : ce serait la jeter dans les bras d’Ankara et Erdo­gan n’attend que cela.

​Ce pre­mier aver­tis­se­ment russe vaut son poids et les pro­chains jours seront décisifs.