You are currently viewing Un jeu très dangereux

Un jeu très dangereux

Par Jean Mon­ne­ret (His­to­rien)

Et si, en nom­mant Ben­ja­min Sto­ra , his­to­rien contes­table, le pré­sident fran­çais venait au secours du pou­voir cor­rom­pu d’Alger, à la recherche d’une cause exté­rieure à l’échec du FLN ?

En Algé­rie, aujourd’hui est encore pire qu’hier

Des sou­tiens de Loui­sa Hanoune, diri­geante du Par­ti des tra­vailleurs, devant le tri­bu­nal mili­taire de Bli­da, en Algé­rie, le 9 février 2020. PHOTO / RYAD KRAMDI / AFP.

« Alors que les arres­ta­tions de mili­tants se mul­ti­plient, cet édi­to­ria­liste algé­rien s’émeut des dérives du nou­veau régime algé­rien. Et appelle à la pour­suite du com­bat pour la démo­cra­tie, un an après la chute d’Abdelaziz Bou­te­fli­ka. »

On sait que le FLN, à chaque crise inté­rieure, incri­mine la « colo­ni­sa­tion fran­çais » pour détour­ner les regards, Macron a‑t-il l’intention de tom­ber dans le piège ? (NDLR, Oli­vier Perceval)

Il y a quelque temps, je vous ai invi­tés à réflé­chir à la per­son­na­li­té et à l’activité de M. Ben­ja­min Sto­ra choi­si par Emma­nuel Macron pour « favo­ri­ser la récon­ci­lia­tion entre les peuples fran­çais et algé­rien ». Dont on igno­rait d’ailleurs qu’ils fussent si fâchés. Consi­dé­rons aujourd’hui ce que pour­raient être les consé­quences d’une « récon­ci­lia­tion », qui serait en fait un nou­vel abais­se­ment expia­toire de la France devant les actuels maîtres de l’Algérie.

D’abord, elle se situe­rait en pleine crise iden­ti­taire fran­çaise. On s’en prend actuel­le­ment, tous les jours, aux signes visibles de notre His­toire et d’aucuns militent pour leur mise au pla­card. Je suis d’accord avec Fin­kel­kraut et Onfray pour dire que ce genre de pro­ces­sus péni­ten­tiel, issu de la haine de soi, n’aura plus de fin, une fois enga­gé. Une « récon­ci­lia­tion » bâclée, consis­tant à se pros­ter­ner une nou­velle fois*devant les reven­di­ca­tions schi­zo­phré­niques du FLN, ajou­te­rait à la crise fran­çaise et pour­rait la por­ter au paroxysme.

Macron et Sto­ra jouent avec des don­nées très enflam­mables. Les convic­tions euro­péistes du Pré­sident sont connues : il croit à cette Europe née des rêves de Jean Mon­net et repo­sant sur l’effacement des états-nations. Je ne pense pas qu’il com­prenne en pro­fon­deur ce qu’est une Nation. Voit-il ce qu’une démarche expia­toire impo­sée par Alger aurait de catastrophique ?

En choi­sis­sant Sto­ra pour cette mis­sion, il est à craindre qu’il ait déjà enga­gé une évo­lu­tion sans retour. Sto­ra est un anti­co­lo­nia­liste paten­té. Le choi­sir c’est annon­cer la suite car, J.Sevillia n’a pas tort de lui impu­ter une vision par­tiale de la Guerre d’Algérie.

Essayons d’imaginer ce que pour­rait être les suites d’une démarche péni­ten­tielle en direc­tion d’Alger. Beau­coup de nos conci­toyens ont du mal à l’imaginer. Nombre d’entre eux voient en tout cela un fatras de vieille­ries dont il serait bon de faire table rase. Erreur ! Et pour plu­sieurs rai­sons. Les consé­quences s’empileraient sans limites.

1°) La France se pla­ce­rait dans une posi­tion de débi­trice envers l’Algérie.**

2°) Il serait tou­jours plus dif­fi­cile de régu­ler l’immigration algé­rienne. Le gou­ver­ne­ment fran­çais renon­ce­rait peut-être même à le faire, à titre de com­pen­sa­tion pour les dom­mages passés.

3°) Un flot inin­ter­rom­pu de requêtes d’indemnisation se déver­se­rait, pour les essais nucléaires, pour les vic­times des opé­ra­tions de l’Armée et sur tout sujet.

4°) En recon­nais­sant une « culpa­bi­li­té » fran­çaise, le gou­ver­ne­ment fran­çais consa­cre­rait une vision his­to­rique erro­née, biai­sée. Ceci confor­te­rait le sen­ti­ment anti­fran­çais dans les ban­lieues sen­sibles. Les cou­rants dji­ha­distes en seraient stimulés.

5°) La lutte contre le ter­ro­risme et le tra­vail de la police seraient affai­blis. Notre Armée, la seule digne de ce nom en Europe, serait affu­blée d’un pas­sé en par­tie ima­gi­naire et char­gée de 1000 entraves des­ti­nées à empê­cher le retour «  des jours sombres ».

6°) Une capi­tu­la­tion devant les reven­di­ca­tions du FLN por­te­rait un rude coup à la dis­ci­pline his­to­rique. Une inver­sion de l’Histoire et l’instrumentalisation de cette dis­ci­pline à des fins de basse poli­tique mène­raient au chaos intel­lec­tuel et moral.

7°) L’âme de la France, notre héri­tage spi­ri­tuel, le rôle unique de notre pays dans l’Histoire, la Lumière qu’il apporte au monde seraient ébran­lés, voire compromis.

8°) La France est la clef de voûte de l’Europe. Notre abais­se­ment serait celui du conti­nent tout entier.

Notes :

*Une nou­velle fois, car, il y eut le pré­cé­dent des Accords d’Evian, capi­tu­la­tion de type muni­chois devant le ter­ro­risme, mais dis­si­mu­lée sous un dis­po­si­tif de type Potem­kine, de prin­cipes et de garan­ties inap­pli­cables et inap­pli­qués.

**A son arri­vée au pou­voir, il y a 39 ans, F.Mitterand déci­da, de son propre chef et sans requête de la par­tie béné­fi­ciaire, d ‘aug­men­ter le prix payé pour le pétrole algérien.

.