Loi liber­ti­cide ? L’affaire Lae­ti­tia Avia ou la preuve que les 1001 ten­sions de la socié­té fran­çaise rendent sa loi encore plus dangereuse

Loi liber­ti­cide ? L’affaire Lae­ti­tia Avia ou la preuve que les 1001 ten­sions de la socié­té fran­çaise rendent sa loi encore plus dangereuse

Atlantico.fr : La loi Avia inter­vient dans un contexte où les débats d’opinion  semblent de plus en plus ten­dus, anta­go­nistes, vio­lents, avec notam­ment une géné­ra­tion rom­pue aux échanges vifs sur les réseaux sociaux. Pour­quoi cepen­dant cette loi n’est-elle pas adap­tée au contexte actuel ?

Anne-Sophie Cha­zaud : S’il est vrai que les réseaux sociaux sont un lieu où s’échangent par­fois des pro­pos agres­sifs voire vio­lents et s’il semble exis­ter un rela­tif consen­sus pour dénon­cer ces excès, la volon­té de mettre cet espace de libre parole en coupe réglée et sous contrôle inqui­si­to­rial ne fait abso­lu­ment pas l’unanimité.

Les grandes pla­te­formes inter­net peuvent effec­ti­ve­ment ser­vir de déver­soir sans filtre aux pro­pos les plus débri­dés. Cha­cun de nous en a fait l’expérience : il n’est qu’à lire par­fois cer­tains com­men­taires que peuvent lais­ser des inter­nautes sous les articles publiés en ligne, sur les publi­ca­tions You­tube, ou encore les noms d’oiseaux qui peuvent s’échanger sur Twit­ter ou Face­book, avec par­fois l’onction de l’anonymat et l’active agi­ta­tion des trolls (où la Macro­nie n’est pas en reste), pour admettre qu’on peut à l’occasion avoir le sen­ti­ment de visi­ter des égouts peu ragou­tants où s’épand l’absence de capa­ci­té à argu­men­ter selon les règles du res­pect, de la cour­toi­sie, de l’humanisme et du débat contradictoire.

Pour­tant, résu­mer les réseaux sociaux à cette vision cari­ca­tu­rale (dont, du reste, il est facile de se pro­té­ger soit en ne les lisant pas, soit en pra­ti­quant des blo­cages, soit enfin en por­tant en jus­tice les cas carac­té­ri­sés de cyber-har­cè­le­ment) est une manière bien pra­tique pour le pou­voir et la pen­sée domi­nante de jeter le bébé de la liber­té d’expression avec le bain de ses inévi­tables excès.

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