L’Ac­tion Fran­çaise face à la ques­tion sociale. Par­tie 3 : Dépas­ser la lutte des classes.

L’Ac­tion Fran­çaise face à la ques­tion sociale. Par­tie 3 : Dépas­ser la lutte des classes.

Par Jean-Phi­lippe Chau­vin

Si l’on s’en tient à l’histoire des manuels sco­laires ou du « poli­ti­que­ment cor­rect », l’Action Fran­çaise est, sur le plan social, conser­va­trice plus que sociale, et son monar­chisme ne serait que la volon­té de reve­nir à un ordre ancien consti­tué de pri­vi­lèges et de hié­rar­chies éta­blies une fois pour toutes en des temps loin­tains, voire immé­mo­riaux : la réa­li­té n’est pas si simple et l’AF encore moins sim­pliste, mal­gré les cari­ca­tures que cer­tains, y com­pris se reven­di­quant du maur­ras­sisme, ont pu don­ner d’elle. Il lui est même arri­vée de frayer avec les syn­di­ca­listes révo­lu­tion­naires des années 1910 ou avec des « insur­gés » des années 30 qui prô­naient un véri­table ren­ver­se­ment du « désordre éta­bli » et de la « démo­cra­tie capi­ta­liste et bour­geoise », sans pour autant renon­cer à une orga­ni­sa­tion « cor­po­rée » de la socié­té du tra­vail fran­çais, évi­dem­ment prio­ri­tai­re­ment dans le cadre natio­nal…

L’Action fran­çaise ne s’arrête pas à la défense de la nation pour pré­ser­ver les tra­vailleurs : elle prône la fin du libé­ra­lisme du « renard libre dans le pou­lailler libre » par la mise en place d’une orga­ni­sa­tion sociale cor­po­ra­tive qui rende aux pro­duc­teurs leur juste place dans la socié­té et leur assure la garan­tie de leur inser­tion dans la socié­té, non comme simples consom­ma­teurs indif­fé­ren­ciés mais comme pro­duc­teurs recon­nus pour leurs qua­li­tés et dans leurs par­ti­cu­la­ri­tés pro­fes­sion­nelles et sociales. Dans cette concep­tion cor­po­ra­tive, les classes sociales ne sont pas niées mais elles sont appe­lées à la conci­lia­tion, dans le cadre de la pro­duc­tion et de la nation : le refus de la lutte des classes comme prin­cipe moteur de la socié­té et des avan­cées sociales en faveur des tra­vailleurs ne signi­fie pas que La Tour du Pin et ses suc­ces­seurs de l’Action fran­çaise mécon­naissent l’égoïsme pos­sible des classes diri­geantes ou domi­nantes, au contraire ! La Tour du Pin n’hésite pas à évo­quer, comme Maur­ras après lui, la pos­si­bi­li­té pour l’État de « tordre le bras » à celles-ci, si la jus­tice sociale l’exige… Ce der­nier, qui se veut dis­ciple du pre­mier, est d’ailleurs fort sévère avec une part de la bour­geoi­sie qui peut être aveugle sur la ques­tion sociale : « La bour­geoi­sie ne com­prend pas la ques­tion ouvrière, et cela, faute de la voir ».

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