Une Vic­toire de 1918 au goût amer pour les royalistes ?
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Une Vic­toire de 1918 au goût amer pour les royalistes ?

Pleu­vait-il il y a cent ans comme il pleut aujourd’­hui sur la région pari­sienne ? Je n’en sais rien mais cette gri­saille exté­rieure incite à la lec­ture plus qu’à la pro­me­nade, et mon livre du jour, usé d’a­voir été trop lu et relu, com­mé­more, à sa façon, la fin de la guerre : c’est le recueil des notices nécro­lo­giques que Charles Maur­ras avait écrites au fil des tristes nou­velles venues du front, et qui consti­tue, sous le titre expli­cite de « Tom­beaux », une sorte de « cime­tière » des roya­listes d’Ac­tion Fran­çaise et, sans doute, du « jeune roya­lisme » né dans les années 1890 autour d’Eu­gène Gode­froy et de la « Jeu­nesse Roya­liste », et pour­sui­vi, d’une cer­taine manière, plus « intel­lec­tuelle et vio­lente », par les Came­lots du Roi de Maxime Real del Sarte et les étu­diants monar­chistes d’Hen­ri Lagrange. Je ne suis pas cer­tain que l’AF se soit jamais remise de ce choc de 14 – 18, si son his­toire et sa « néces­si­té » peuvent, elles, se pour­suivre au-delà de la guerre : les situa­tions et condi­tions des len­de­mains de la guerre n’ont plus grand-chose à voir avec le monde d’a­vant-1914, et la Vic­toire de 1918 appa­raît, mal­gré le sacri­fice de dizaines de mil­liers de monar­chistes, comme le triomphe san­glant de la Répu­blique, comme le sou­ligne la plu­part des livres et articles parus à l’oc­ca­sion du cen­te­naire du 11 novembre 1918. A lire les der­nières lignes de « Tom­beaux », j’ai la cer­ti­tude que Maur­ras lui-même a sai­si cette dimen­sion par­ti­cu­lière de la Vic­toire, et qu’il cache son amer­tume der­rière une colère qui, elle, n’est pas feinte.

Ces pages ultimes de l’ou­vrage évoquent l’in­hu­ma­tion défi­ni­tive dans l’hi­ver 1921 du jeune Pierre Vil­lard dont l’im­por­tant héri­tage finan­cier per­met­tra la nais­sance et la publi­ca­tion durant un quart de siècle de La Revue Uni­ver­selle fon­dée et diri­gée par Jacques Bain­ville. Elles forment une sorte de déam­bu­la­tion entre pay­sages des ter­ri­toires de la guerre et sou­ve­nirs des espé­rances des débuts de l’Ac­tion Fran­çaise, quand Maur­ras par­court en train la dis­tance qui sépare Paris de Ver­dun. Il y a une mélan­co­lie cer­taine de Maur­ras, tein­tée d’une amer­tume qui se trans­forme en colère, cette sorte de « furia fran­cese » dont Maur­ras, jadis polé­miste de conquête, devien­dra cou­tu­mier, non sans cer­taines rai­sons, et que le géné­ral de Gaulle, « ce maur­ras­sien pres­sé d’a­gir » comme le nom­me­ra un rédac­teur de la revue étu­diante Insur­rec­tion en 1993, résu­me­ra par une for­mule bien trou­vée : « Il a eu tel­le­ment rai­son qu’il en ait deve­nu fou ! ».

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