L’édito de François Marcilhac

L’édito de François Marcilhac

LÂCHETÉ ET AUTORITARISME

Malheureusement, les légitimes critiques que le Prince a formulées le 24 avril dernier à l’encontre de l’action gouvernementale n’ont pas été prises en compte par celui-ci [1]. Ces critiques constituaient pourtant autant de fanaux dans l’épais brouillard qui ressort de la gestion de la crise sanitaire par le pouvoir depuis deux mois. Oui, le Prince a eu raison de noter «  un clair manque de stratégie générale. J’ai le sentiment qu’aucune anticipation n’est de mise et que le gouvernement navigue à vue.  » Le Premier ministre aurait dû — il en avait le temps — faire preuve de modestie en se laissant guider par les propos du Prince pour dresser son cap et présenter, le 28 avril, son plan de déconfinement, plutôt que de s’enfermer dans sa morgue.  

Une morgue à laquelle Macron nous avait davantage habitués que son premier ministre. En tout cas, entendre Edouard Philippe proférer les paroles suivantes devant les députés ne manque pas de sel  : «  J’ai été frappé, depuis le début de cette crise, par le nombre de commentateurs ayant une vision parfaitement claire de ce qu’il aurait fallu faire selon eux à chaque instant. La modernité les a souvent fait passer du café du commerce à certains plateaux de télévision. Les courbes d’audience y gagnent ce que la convivialité des bistrots y perd, mais cela ne grandit pas, je le crains, le débat public.  » Outre que la convivialité des bistrots a beaucoup perdu depuis la mi-mars pour une raison bien plus importante, dont celle relevée par le Premier ministre n’est que la conséquence, comment en rajouter sur les «  gens qui ne sont rien  » ou les «  Jojo gilet jaune  » de son supérieur  hiérarchique, quand on a été incapable, depuis le début de la crise, d’inspirer la confiance des Français, et qu’on les a pris ouvertement pour des imbéciles, notamment par l’intermédiaire d’une porte-parole dont les propos auraient fait rougir de honte le dernier des piliers de café, si du moins les cafés étaient encore ouverts  ? Oui, le Prince a eu raison de noter qu’ «  au-delà même de la nature hasardeuse des décisions successives, la manière dont elles sont annoncées relève plus de la communication que de l’information  », ajoutant, notamment à propos de l’affaire des masques : «  Comment ne pas comprendre que de nombreux Français se sentent manipulés  »  ? 

L’exercice auquel s’est livré Edouard Philippe ce mardi n’aura convaincu personne. Trop de palinodies, trop de contradictions, trop de mépris auront marqué l’action gouvernementale depuis un mois et demi pour que les Français puissent encore faire «  confiance  » dans l’équipe actuelle. Et c’est sur ce mot que le Premier ministre a osé terminer son allocution ! Comme s’il avait encore l’autorité morale pour proclamer sa confiance dans le civisme des Français, un civisme que le catastrophique ministre de l’intérieur aura mis à rude épreuve, notamment par ses consignes de laxisme dans les quartiers dits «  sensibles  » (manifestement au sens n° 6 du Littré  : «  qui cause un impression pénible  »), quartiers devenus ouvertement, voire officiellement des zones de non-droit. «  Au même moment, note encore le Prince, dans des lieux respectueux de la loi et écartés des principaux foyers de contamination, on a pu relever ce qui s’apparente à des atteintes à nos libertés fondamentales, à travers certains contrôles policiers vétilleux… » 

Que retenir des propos du premier ministre, outre le détail des mesures ? Le refus, pour le pouvoir, d’assumer pleinement ses responsabilités vis-à-vis des familles comme des responsables locaux, sociaux et économiques. Car, si on ne peut qu’être satisfait de sa volonté de discuter de l’application et de l’adaptation des mesures avec les responsables locaux, après avoir fait preuve d’autoritarisme, notamment sur la gestion des masques, pour dissimuler sa criminelle incurie, comment ne pas noter aussi que sa volonté de gérer au cas par cas, d’être au plus près du terrain, lui permet surtout de se défausser de ses responsabilités ? Ainsi, en matière d’éducation, s’agissant du primaire et du secondaire, sur les maires et le personnel enseignant au sens large. Une tradition de lâcheté, il est vrai : s’agissant du voile islamique, depuis des décennies, nos ministres de l’éducation nationale successifs ont le plus souvent laissé se dépatouiller tout seuls les principaux et les proviseurs avec les provocateurs. Le gouvernement se défausse aussi sur les parents (le «  volontariat  » pour le retour à l’école), partagés entre les desiderata de leur employeur et le légitime souci de préserver la santé de leurs enfants. Le Prince a raison de parler d’ «  une certaine philosophie “utilitariste” guid[ant] plusieurs décisions  »,  notamment  «  le fait de renvoyer les enfants à l’école, au risque d’une seconde vague, pour remettre les “utiles” au travail.  »

Autre exemple de lâcheté gouvernementale  : refuser de rendre le masque obligatoire dans les commerces, alors qu’il le sera dans les transports. Il appartiendra dès lors aux commerçants de s’occuper de la gestion, qui se révélera souvent incertaine et douloureuse, de la prévention sanitaire. Sans avoir l’autorité pour cela, ni, surtout, sans pouvoir se fonder sur des textes précis, ils devront faire la police, en devant concilier les réactions divergentes, parfois agressives, des clients. Les grandes surfaces auront les moyens d’imposer une politique sanitaire, notamment par l’emploi de vigiles. Il n’en sera pas de même des petites commerces, déjà fragilisés par une fermeture de deux mois ! Le premier ministre a déclaré ce mardi qu’il y aurait «  assez de masques dans le pays pour faire face aux besoins à partir du 11 mai  »  : nous le croyons d’autant plus volontiers qu’il définit les besoins au plus juste ! Quant à la sécurité sanitaire dans les transports, on voit à quel point le pays légal est déconnecté du pays réel… en ne prenant jamais le métro ! On aimerait voir Edouard Philippe, avec toute sa morgue, faire appliquer la distanciation sociale et autres gestes barrières aux heures d’affluence  ! Quant à imposer qu’on ne s’assoie qu’un siège sur deux… Les syndicats de conducteurs s’interrogent  : on les comprend  !

Oui, c’est bien le manque de courage qui caractérise encore l’exécutif, lequel s’accompagne toujours d’autoritarisme. Notons ainsi l’atteinte frontale à la liberté religieuse : en ne prévoyant un retour à la messe publique que le 2 juin, Macron et Philippe avouent qu’ils instrumentalisent l’épidémie pour priver les chrétiens, après Pâques, d’Ascension et de Pentecôte… Les évêques ont réagi : rappelant que «  la liberté de culte est un élément constitutif de la vie démocratique  » — nous dirions plus simplement que la liberté de culte est une liberté non négociable —, ils ont remarqué avec raison  : «  Nous voyons mal comment la pratique ordinaire de la messe favorise la propagation du virus et gène le respect des gestes barrières plus que bien des activités qui reprendront bientôt. La dimension spirituelle et religieuse de l’être humain contribue, nous en sommes persuadés, à la paix des cœurs, à la force dans l’épreuve, à la fraternité entre les personnes, et à toute la vie sociale.  » Mais l’exécutif n’en aura certainement pas cure… Et il n’est même pas certain que l’électorat catholique saura s’en souvenir en 2022  !

Quant au recul provisoire sur le traçage numérique — il aurait dû faire l’objet du débat ce même 28 avril —, il ne laisse pas d’inquiéter, d’autant que le pouvoir semble prévoir, pour accompagner sa mise en place, la création d’une milice sanitaire dont on voudrait être certain que son existence sera provisoire et qu’elle aura pour seul objet la santé des Français. Le saurons-nous dès samedi, où le projet de loi prorogeant l’état d’urgence sanitaire de deux mois, jusqu’au 24 juillet, sera présenté en Conseil des ministres avant d’être examiné la semaine prochaine au Parlement ? Dans un courrier adressé dimanche aux députés de La République en marche, le président du groupe, Gilles Le Gendre, avait souligné que ce projet de loi contiendrait «  aussi les dispositions d’ordre législatif indispensables à la mise en œuvre du plan de déconfinement  » qu’a dévoilé mardi après-midi Edouard Philippe à l’Assemblée. Méfiance, donc  ! Les mauvaises surprises sont certainement loin d’être finies.

Oui, comme le souligne cruellement le Prince  : «  Il est temps que nos gouvernants prennent conscience de ce qui est leur responsabilité : le service de la France et des Français.  »

François Marcilhac

En Post scirptum

Le communiqué du comte e Paris

A l’heure où nous écrivions, nous ne connaissions pas encore les trois tweets que le Prince a publiés après la déclaration du premier ministre. Nous les livrons à nos lecteurs.

« La liberté de culte est une liberté fondamentale de notre pays. Laissons, comme le propose Jean-Christophe Fromantin les maires et les responsables religieux s’entendre de manière raisonnable sur le sujet.

Tout le monde s’accorde pour un retour à la normale de façon progressive, mais pas de façon partiale comme proposé par le gouvernement hier.  Tout ce qui ajoute de l’humain à l’Homme et qui fait appel à notre responsabilité nous reste interdit (culte, culture, cafés, …).

C’est contre la maladie qu’il faut se battre et non contre les hommes. Prenons garde à ne pas céder à une infantilisation digne des régimes autoritaires.  »

Ils se suffisent évidemment à eux-mêmes.

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