Tech­no­cra­ture, mala­die sénile de la démo­cra­tie

Tech­no­cra­ture, mala­die sénile de la démo­cra­tie

Par Ger­main Phi­lippe

C’est dans le men­suel Le Bien Com­mun n°4 de février 2019 que le spé­cia­liste des sciences de la ges­tion, Bap­tiste Rap­pin, Maitre de confé­rences à l’U­ni­ver­si­té de Lor­raine a pu expli­quer que « le régime oli­gar­chique et plou­to­cra­tique dans lequel nous vivons depuis l’a­vè­ne­ment de la révo­lu­tion indus­trielle s’est enfin mon­tré en toute trans­pa­rence avec « l’é­lec­tion » du Pré­sident Macron ».

En 2017, lorsque le suf­frage uni­ver­sel à élu Emma­nuel Macron Pré­sident de la Répu­blique, l’ex­pres­sion de « Hold-up démo­cra­tique » a très vite cir­cu­lée ! Pour qu’il y ait hold-up, encore faut-il qu’il y ait butin. En l’occurrence en démo­cra­tie, le butin c’est l’appareil d’É­tat.

Puis est arri­vée une seconde expres­sion, celle de « la prise du pou­voir par les tech­nos », c’est à dire les tech­no­crates (qu’il ne faut pas confondre avec les tech­ni­ciens) dont Macron est l’icône par son par­cours exem­plaire !– 2004, Sor­ti de l’École natio­nale d’ad­mi­nis­tra­tion (ENA) devient ins­pec­teur des finances.– 2009, rejoint la banque d’af­fairesRoth­schild et devient asso­cié-gérant en 2010. Emma­nuel Macron a été pous­sé, dans sa cam­pagne pré­si­den­tielle, par un groupe de hauts fonc­tion­naires, les « Gracques ».

L’é­lite poli­tique répu­bli­caine a dû quit­ter le navire de l’É­tat pour lais­ser la place à la « tech­no­cra­ture ». C’est elle qui main­te­nant conduit l’ap­pa­reil d’É­tat chaque lun­di en réunis­sant quatre énarques, dont deux issus du Tré­sor (Macron, Koh­ler) et deux autres du Conseil d’é­tat (Phi­lippe, Riba­deau-Dumas). Cette tech­no­cra­ture maî­trise tota­le­ment les trois grands corps d’É­tat que sont– La Cour des comptes,– Le Conseil d’É­tat,– L’Inspection des finances .

Ce Hold-up démo­cra­tique réa­li­sé par la tech­no­cra­ture aurait per­mis le « déga­gisme » de « l’an­cien monde ». Celui des vieux par­ti poli­tiques, de centre-gauche et de centre-droit qui gou­vernent en alter­nanceComme le com­mu­nisme s’est écrou­lé en une soi­rée au Mur de Ber­lin, le Vieux Par­ti Répu­bli­cain (le V.P.R. disait Maur­ras) qu’on croyait lui aus­si indes­truc­tible a été balayé en une soi­rée d’é­lec­tion.

En réa­li­té la tech­no­cra­ture a sau­vé in-extre­mis le Sys­tème repré­sen­ta­tif répu­bli­cain gra­ve­ment dis­qua­li­fié. Un Sys­tème repré­sen­ta­tif dont les élus du V.P.R étaient mas­si­ve­ment reje­tés par les fran­çais (mora­li­té de Cahu­zac, Fillon, DSK et tant d’autres.… Mais aus­si piètres sta­tures de Sar­ko­zy, Hol­lande.…). Macron c’est un peu Bona­parte sau­vant la Révo­lu­tion.…

Pour nous – néo roya­listes for­més à l’é­cole de l’empirisme orga­ni­sa­teur et des ana­lyses de Pierre Debray – la tech­no­cra­ture au pou­voir fina­lise la dégé­né­res­cence de l’é­lite poli­tique répu­bli­caine. L’é­vè­ne­ment de 2017 est de taille dans l’é­vo­lu­tion du cycle démo­cra­tique fran­çais. C’est à la fois la défaite de l’é­lite poli­tique et la vic­toire de l’é­lite tech­no­crate. Une vic­toire espé­rée de longue date par :– Pierre Men­dès-France, le « Jeune Turc » moder­ni­sa­teur du vieux Par­ti Radi­cal,– Jacques Cha­ban-Del­mas, le gaul­liste social,– Jacques Delors,  le démo­crate-chré­tien,– Michel Rocard, le socia­liste-pro­tes­tant.

C’est pour­quoi il faut impé­ra­ti­ve­ment évi­ter de tom­ber dans le piège de la per­son­na­li­sa­tion. Celui d’un pseu­do « pou­voir macro­niste ». Le pré­sident Macron n’est que le maillon final qui a réus­si le coup de force de la tech­no­cra­ture. Certes l’a­mu­seur monar­chiste Thier­ry Ardis­son n’a pas tort de railler cette bande de « sta­giaires qui n’y connaissent rien. Qui on fait le lycée Hen­ri IV, l’E­NA, Science-Po mais sont des puceaux ne connais­sant pas la vraie vie ! ». Pour­tant cette tech­no­cra­ture des « sta­giaires » a main­te­nant la tota­li­té du pou­voir poli­tique entre ses mains. Ce chan­ge­ment est un évé­ne­ment aux consé­quences lourdes pour la France. Nous ver­rons pro­chai­ne­ment pour­quoi.…