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La Tur­quie lance l’offensive contre la Syrie

Par Antoine de Lacoste


​Ses 33 tués ont don­né le pré­texte qu’Erdogan atten­dait pour atta­quer de nom­breuses posi­tions de l’armée syrienne : artille­rie lourde, drones et même avia­tion depuis le ter­ri­toire turc, le sul­tan n’a pas lési­né sur les moyens pour se venger.

​Les pertes syriennes sont sûre­ment infé­rieures à ce qu’il annonce (2000 sol­dats hors de com­bat) mais elles sont cer­tai­ne­ment non négli­geables. De plus, deux avions syriens ont été abat­tus par des mis­siles sol-air ; les pilotes ont eu la chance de pou­voir s’éjecter et de tom­ber du bon côté du front !

​Anka­ra a pris le soin de pré­ci­ser que la Tur­quie « n’a ni l’intention ni l’envie d’entrer dans une confron­ta­tion avec la Russie. »

​La Rus­sie, de son côté, a choi­si de lais­ser faire. Choix bien cruel, mais pru­dent : Pou­tine peut-il se per­mettre un conflit ouvert, et donc san­glant, avec un membre de l’OTAN ? Les Etats-Unis n’auraient-ils pas alors sai­si l’occasion d’intervenir pour sou­te­nir un allié et en pro­fi­ter pour se récon­ci­lier avec lui après des années de ten­sion ? C’est peu pro­bable bien sûr mais les diri­geants russes ont dû esti­mer que le risque était trop impor­tant et qu’il ris­quait d’anéantir des années d’efforts.

​Pour­tant, on ne sait tou­jours pas si ce sont les syriens qui ont tué ces 33 sol­dats (deve­nus 34 après le décès d’un bles­sé). Le Monde affirme même que « c’est bien une bombe russe à gui­dage laser capable de péné­trer jusqu’à des pro­fon­deurs de 20 mètres qui a pul­vé­ri­sé le bâti­ment où des sol­dats turcs avaient trou­vé refuge. » Le jour­nal ne cite pas sa source et aucune confir­ma­tion n’est venue mais au fond cela ne change pas grand-chose : Erdo­gan ne pou­vait se ven­ger contre l’armée russe et il devait faire quelque chose pour sau­ver la face alors que sa stra­té­gie hasar­deuse en Syrie et sur­tout en Libye est très contes­tée dans son pays.

​Les isla­mistes ont bien sûr pro­fi­té de l’aubaine en repre­nant, appuyés par les Turcs, plu­sieurs posi­tions per­dues ces der­nières semaines, mais pas toutes, loin s’en faut.

​Les com­bats conti­nuent de plus belle dans la pro­vince d’Idleb mais il est sûr que cet épi­sode mal­heu­reux a redon­né un coup de fouet aux isla­mistes dans toute la Syrie. Des révoltes ont à nou­veau écla­té dans le sud, non loin de Deraa. C’est une zone assez instable où des assas­si­nats ciblés sont pério­di­que­ment com­mis par des cel­lules isla­mistes dor­mantes. Cela n’ira sans doute pas très loin, mais l’armée syrienne a dû y envoyer des ren­forts, alors que son manque d’effectifs est de plus en plus criant.

​Cette offen­sive a mal­heu­reu­se­ment démon­tré que sans la cou­ver­ture aérienne russe, l’armée syrienne ne peut résis­ter à une offen­sive turque. Bien sûr, Pou­tine ne lais­se­rait jamais Erdo­gan aller trop loin au point de conqué­rir des ter­ri­toires syriens au-delà la pro­vince d’Idleb. Mais la fra­gi­li­té de l’armée syrienne est inquié­tante. Neuf ans de guerre ont lami­né ses effec­tifs alors que les réserves isla­mistes (qui ont pour­tant per­du plus d’hommes que les Syriens) sont encore importantes. 

​Erdo­gan et Pou­tine ont pré­vu de se ren­con­trer le 5 mars. D’ici-là espé­rons que l’aviation russe repren­dra son soutien.