Les der­niers Assy­ro-Chal­déens de Syrie mena­cés de disparition

Les der­niers Assy­ro-Chal­déens de Syrie mena­cés de disparition

Par Antoine de Lacoste 

Par­mi les 1,2 mil­lions de chré­tiens recen­sés en Syrie en 2011, date du début de la guerre, les Assy­ro-Chal­déens n’en repré­sen­taient que 30 000. Ils vivent essen­tiel­le­ment dans le nord-est du pays, où ils s’étaient ins­tal­lés après 1915, res­ca­pés du géno­cide per­pé­tré les Turcs et les Kurdes. On parle (enfin) beau­coup du géno­cide armé­nien, mais on oublie sou­vent d’évoquer celui des Assy­ro-Chal­déens qui furent exter­mi­nés par cen­taines de milliers.

               En 2015, l’irruption de l’Etat isla­mique dans cette région pai­sible, pro­vo­qua un exode mas­sif de toutes les com­mu­nau­tés chré­tiennes vers la ville d’Hassaké, plus sûre. Après le départ des sinistres hommes en noir (qui détrui­sirent de nom­breuses églises), ce sont main­te­nant les Turcs et leurs milices isla­mistes com­po­sés de Syriens dont la sau­va­ge­rie n’a rien à envier à ceux de Daech ou d’al-Nosra, qui ont enva­hi cette région. 

               La com­mu­nau­té assy­ro-chal­déenne, décou­ra­gée, a choi­si l’exil dans sa grande majo­ri­té. Des mil­liers de famille sont ain­si par­ties au Cana­da, en Aus­tra­lie et en Europe. Dans la val­lée du Kha­bour, du nom de cette rivière qui prend sa source en Tur­quie et coule dans le nord de la Syrie vers l’Euphrate, sur les 20 000 assy­riens pré­sents avant la guerre, il n’en reste plus que 1000 à 1500. De nom­breux vil­lages sont main­te­nant vides d’habitants : « On n’a pas pris la peine de recons­truire les églises détruites car de toute façon les vil­lages sont vides. Quelle tris­tesse de voir tous ces gens recons­truire une nou­velle vie loin d’ici. » déclare le Père Boghos Ichaïya à l’Orient-Le Jour.

               Cer­tains sont trop vieux pour par­tir, mais d’autres ont choi­si de res­ter pour se battre. Ain­si Les Gar­diens du Kha­bour, mili­ciens chré­tiens armés qui regroupent les hommes d’une tren­taine de vil­lages et qui sont bien déci­dés à en découdre si les Turcs et leurs alliés isla­mistes veulent péné­trer davan­tage en Syrie.

               Pour la nuit de Noël, les chré­tiens sont allés à Tell Tamer. L’église était pleine à cra­quer disent les obser­va­teurs, mais c’était une des seules ouvertes de la région. Il y a une joyeuse caco­pho­nie sur le par­vis car ils sont heu­reux de se retrou­ver mais tous ont de nom­breux membres de leurs familles par­tis à l’étranger.

               « La popu­la­tion a été sacri­fiée » déclare Mon­sei­gneur Ayva­zian, évêque armé­nien-catho­lique du dio­cèse, qui sou­haite la vic­toire de Bachar el-Assad, seul pro­tec­teur des mino­ri­tés. Tous ne sont pas d’accord à ce sujet. Comme le note avec humour un chré­tien, il y a ceux qui sont pro-Assad et pro-Kurdes, ceux qui sont Pro-Assad et anti-Kurdes et ceux qui sont Anti-Assad et pro-Kurdes. Nous sommes bien en Orient ! Mais l’unanimité est là contre les isla­mistes et contre les Turcs.

               L’ambiance est plus lourde encore depuis l’assassinat du Père Bedoyan dont nous avons par­lé il y a quelques semaines. Un des ses frères s’est déjà réfu­gié en Aus­tra­lie. Mais d’autres veulent res­ter. « Nous devons res­ter sinon nous allons dis­pa­raître, dit une de ses belles-sœurs à l’Orient-Le Jour. Tant que les cloches son­ne­ront, nous résisteront. »