Tsi­pras, ou la vic­toire post­hume de Mar­ga­ret Thatcher ?
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Tsi­pras, ou la vic­toire post­hume de Mar­ga­ret Thatcher ?

La Grèce vient de voter et de rame­ner au pou­voir ceux qui l’avaient rui­née tout en chas­sant ceux qui l’avaient défi­ni­ti­ve­ment vas­sa­li­sée à « l’Europe » : Nou­velle Démo­cra­tie (de droite) suc­cède ain­si à Syri­za (gauche désor­mais social-démo­crate), et c’est la fin d’un mal­en­ten­du sans être la fin de la tra­gé­die grecque. Fin d’un mal­en­ten­du qui montre la dupli­ci­té des poli­ti­ciens et la per­ver­si­té d’un sys­tème qui porte le nom de « démo­cra­tie » sans en assu­mer vrai­ment le sens his­to­rique ni la par­ti­cu­la­ri­té athé­nienne : Syri­za est ce mou­ve­ment de Gauche radi­cale qui a fait croire en 2015 qu’il ren­ver­se­rait la table en Union euro­péenne et met­trait un terme au mar­tyre que les Alle­mands et leurs com­mis de Bruxelles fai­saient alors subir aux Grecs au nom d’une « soli­da­ri­té euro­péenne » (sic !) qui n’a, le plus sou­vent, fonc­tion­né qu’au pro­fit des banques et non des peuples, dans une logique toute libé­rale et capi­ta­liste. Or, Alexis Tsi­pras, son diri­geant qui se croyait moderne parce qu’il avait aban­don­né la cra­vate, n’a été qu’un illu­sion­niste, prompt à tout pro­mettre pour par­ve­nir au pou­voir et à tout renier pour le gar­der, et ce sont les Grecs qui ont été les din­dons de cette sinistre farce ! Après avoir enta­mé un bras de fer avec Bruxelles et Ber­lin, et avoir orga­ni­sé un réfé­ren­dum qui confor­tait cette résis­tance en la légi­ti­mant démo­cra­ti­que­ment, c’est-à-dire en l’approuvant par plus de 60 % des suf­frages expri­més, M. Tsi­pras a, d’un coup, tout lâché, sans contre­par­tie, livrant la Grèce à la vio­lence d’une main­mise de l’Union euro­péenne désor­mais bien déci­dée à faire payer aux Grecs cette frayeur qu’ils lui avaient cau­sée. Oui, la ven­geance de « l’Europe » fut ter­rible, et le demi-mil­lion de Grecs (prin­ci­pa­le­ment les jeunes) qui ont quit­té le pays « sans regrets » et, sou­vent, défi­ni­ti­ve­ment (sur onze mil­lions d’habitants), l’inscrit dans la durée, la matière grise ayant qua­si­ment déser­té et créé ain­si un vide qu’il sera dif­fi­cile, voire impos­sible avant plu­sieurs géné­ra­tions, de com­bler : ter­rible des­tin pour cette Grèce dont, Fran­çais et Euro­péens, nous sommes des héri­tiers plus ou moins fidèles… Nous qui devons tant à Homère, Sophocle et Thu­cy­dide, qu’avons-nous fait de cet héri­tage ? Et qu’avons-nous fait des Grecs d’aujourd’hui ?

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