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Elec­tions, piège à cons ?

Il y a un peu plus de 50 ans, Daniel Cohn-Ben­dit et ses amis criaient « élec­tions, piège à cons », et de Gaulle rem­por­tait celles qu’il avait convo­quées pour le mois de juin 1968, confir­mant aux yeux des roya­listes aus­si que le salut ne vien­drait pas des urnes : la majo­ri­té qui se reven­di­quait du Com­man­deur n’était en fait que le reflet de l’impressionnante frousse que Mai 68 avait sus­ci­tée pour celles que l’on pour­rait appe­ler les « classes pos­sé­dantes » et leurs obli­gés. Bien sûr, nombre d’électeurs étaient aus­si de braves gens inquiets devant les risques d’une prise du pou­voir par le Par­ti Com­mu­niste, crainte dont l’avenir mon­tre­ra qu’elle n’avait rien de cré­dible ni de pos­sible, comme de Gaulle le savait depuis son entre­vue avec le géné­ral Mas­su à Baden-Baden ; d’autres, bons tra­vailleurs et hon­nêtes com­mer­çants, avaient voté, sans plus d’argumentation, contre la chien­lit et pour le géné­ral, parce que c’était de Gaulle ; mais une grande part du public élec­to­ral de juin était consti­tuée des « trou­peaux de la peur », et ils n’étaient gaul­listes que de cir­cons­tances et non d’espérance. Est-ce le même réflexe qui a, l’autre dimanche, ani­mé les élec­teurs de la liste macro­nienne, après six mois de Gilets Jaunes et la crainte d’un score trop mas­sif des popu­listes locaux, de droite comme de gauche ? c’est bien pos­sible, et cela pour­rait expli­quer l’asphyxie des listes modé­rées mais libé­rales (ou « libé­ra­li­santes »), comme celle des Répu­bli­cains menée par un catho­lique deve­nu désor­mais sul­fu­reux par ce simple fait de « croire » au-delà des seules croyances poli­ti­ciennes. Là, le réflexe du « vote utile » et de la « grande peur du bloc bour­geois », selon l’expression désor­mais consa­crée et qui sonne comme une saillie ber­na­no­sienne, a sans doute per­mis de réduire les pos­si­bi­li­tés d’alternance à néant, au moins jusqu’en 2027, terme du deuxième man­dat désor­mais pro­bable de l’actuel loca­taire de l’Elysée.

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