Une autre Europe : Edi­to­rial du n° 21
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Une autre Europe : Edi­to­rial du n° 21

« La vic­toire d’Emmanuel Macron […] trans­forme l’image de la France en Europe et sans doute celle de l’Europe dans le monde […]. Elle voit se recons­ti­tuer un axe fran­co-alle­mand poten­tiel­le­ment plus solide parce que beau­coup plus équi­li­bré. En Alle­magne et en Ita­lie [cette vic­toire voit] les débuts d’une macro­ma­nia qui rin­gar­dise l’extrême droite de l’AfD et fait repous­ser des ailes au centre gauche de Mat­teo Ren­zi. Plus géné­ra­le­ment c’est l’Europe entière, à l’exception peut-être de la Hon­grie et de la Pologne, pro­vi­soi­re­ment aux mains des popu­listes, qui se trouve ragaillar­die. » (Domi­nique Moï­si, Les Échos, 9 mai 2017). »

Ain­si s’exprimait un com­men­ta­teur avi­sé au len­de­main de l’élection d’Emmanuel Macron. Ne vous moquez pas ; la plu­part des ana­lystes par­laient ain­si, avec un ton moins enflam­mé il est vrai. Même enthou­siasme lors de l’élection de Barack Oba­ma. Le culte de l’homme pro­vi­den­tiel fait des ravages à gauche comme à droite d’autant plus qu’après le Brexit et l’élection de Donald Trump, « l’homme pro­vi­den­tiel » avait mis un terme à la série de suc­cès des popu­listes. Tout ren­trait dans l’ordre.

Que s’est-il pas­sé ? Emma­nuel Macron a pro­non­cé un dis­cours de haut vol à la Sor­bonne le 26 sep­tembre 2017, il a appe­lé à l’intégration euro­péenne et fus­ti­gé le natio­na­lisme dont il a fait son meilleur enne­mi – il a d’ailleurs réci­di­vé dans sa lettre aux Euro­péens du 5 mars der­nier. Pour réus­sir, il comp­tait sur ses bonnes rela­tions avec Ange­la Mer­kel. Le pro­blème est qu’Angela Mer­kel est affai­blie et sa coa­li­tion ban­cale. Et Emma­nuel Macron aus­si depuis la crise des gilets jaunes. Il a dû mul­ti­plier les pro­messes qui pèse­ront sur le bud­get de la France. Ah ces Fran­çais, ils sont très forts pour par­ler, mais quand il s’agit d’agir sérieu­se­ment il n’y a plus per­sonne ! D’où une perte de confiance en Emma­nuel Macron, ou en la France, ou en la capa­ci­té d’Emmanuel Macron de la réfor­mer. Ber­lin ne lui tourne pas le dos mais réduit autant que pos­sible les grands pro­jets qu’il avait esquissés.

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