Du com­mu­nisme de bis­trot à la chouan­ne­rie popu­laire ?
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Du com­mu­nisme de bis­trot à la chouan­ne­rie popu­laire ?

Le comp­toir du café est le par­le­ment du peuple », affir­mait Bal­zac, et je fais sou­vent mienne cette célèbre cita­tion du non moins célèbre roya­liste, en entre­te­nant dis­cus­sions et par­fois que­relles dans les esta­mi­nets et res­tau­rants des villes et vil­lages de France que je tra­verse ou dans les­quels j’habite et vis. Ain­si, il y a quelques jours à Ver­sailles : alors que je me réga­lais d’un mille feuilles aux fram­boises fait mai­son (c’est tel­le­ment meilleur qu’un sur­ge­lé décon­ge­lé), deux « com­mu­nistes » sont arri­vés, forte car­rure et blouse de tra­vail sur le dos, salués de leur pré­su­mée éti­quette par le patron des lieux. Aus­si­tôt, évi­dem­ment, la dis­cus­sion, brève et cor­diale, s’engagea, m’étant moi-pré­sen­té comme roya­liste.

 plus viru­lent, sorte de Pep­pone sans mous­tache, s’engagea dans un dis­cours sur les congés payés, les 35 heures, et les pro­grès sociaux du XXe siècle, avec le ton décla­ma­toire d’un Georges Mar­chais façon Thier­ry Le Luron, tan­dis que l’autre me souf­flait, d’un air amu­sé, qu’ils n’étaient pas vrai­ment com­mu­nistes… Mais, au tra­vers de sa harangue, le pre­mier évo­quait une sorte de nos­tal­gie d’un temps appa­rem­ment révo­lu, celui des « conquêtes sociales » deve­nus, pour le meilleur mais par­fois aus­si pour le moins bon, des « acquis sociaux ». Il est vrai que, depuis une qua­ran­taine d’années, notre socié­té est entrée dans une période et un cli­mat d’insécurité sociale, entre chô­mage struc­tu­rel et crainte du déclas­se­ment. Pen­dant long­temps, les éco­no­mistes et les poli­tiques ont, pour la plu­part, mini­mi­sé ces phé­no­mènes et raillé les sen­ti­ments des classes popu­laires, puis des classes moyennes, arguant que la mon­dia­li­sa­tion était heu­reuse, for­cé­ment heu­reuse parce que l’on n’avait jamais autant consom­mé depuis les débuts de l’humanité. De l’ouvrier pro­duc­teur et exploi­té des temps de l’industrialisation, on était pas­sé au consom­ma­teur qu’il s’agissait de conten­ter et d’inciter, tou­jours et encore, à consom­mer, non seule­ment pour son plai­sir mais pour le plus grand pro­fit de la Grande dis­tri­bu­tion et d’un sys­tème de « désir infi­ni dans un monde fini », selon l’expression de Daniel Cohen, dont, jus­te­ment, il s’agissait d’oublier la seconde par­tie de la for­mule pour que ce sys­tème per­dure et garde sa « pro­fi­ta­bi­li­té ».

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