Bru­no Alo­mar : « Armer l’Europe, désar­mer la France ?»

Bru­no Alo­mar : « Armer l’Europe, désar­mer la France ?»

© Sipa press

 

L’Europe de la défense revient à la mode. Cette idée ancienne, qui pos­tule la trans­for­ma­tion de la poli­tique de sécu­ri­té et de défense com­mune (PSDC) en une véri­table poli­tique de défense com­mu­nau­taire, est l’un des grands chan­tiers inache­vés de l’Europe. Deux volets devraient com­po­ser celle-ci : une par­tie indus­trielle ne par­tie indus­trielle avec le regrou­pe­ment de cer­taines capa­ci­tés ; une par­tie stra­té­gi­co-mili­taire de défi­ni­tion des for­mats d’armées et de mis­sions communes.

La Ministre des Armées,  Syl­vie Gou­lard, a récem­ment com­men­cé à dévoi­ler­cer­tains pans de cette pre­mière brique d’intégration indus­trielle. Elle a annon­cé clai­re­ment la fin de « cer­taines faci­li­tés indus­trielles de la France » comme pré­lude à une véri­table mutua­li­sa­tion des moyens tech­no­lo­giques et de pro­duc­tion de l’Union.

Disons-le tout net : le déve­lop­pe­ment de maté­riels par des indus­triels euro­péens en ordre dis­per­sé (véhi­cules blin­dés de com­bat, avions de chasse, etc.) n’a pas été sans effets pré­ju­di­ciables face à des concur­rents, prin­ci­pa­le­ment amé­ri­cains, qui béné­fi­cient d’un effet de taille impor­tant. Pen­sons au F‑16 de Gene­ral Dyna­mics, dont la pre­mière com­mande par l’US Air Force a por­té sur 2 700 appa­reils, ou au C‑130 de Lock­heed-Mar­tin dont plu­sieurs cen­taines sont en ser­vice dans les forces armées amé­ri­caines. Quand la ren­ta­bi­li­té d’un pro­gramme est assu­rée par la seule com­mande natio­nale, il est plus simple de le pro­po­ser en ver­sion export.

Pour sédui­sante que l’idée de déve­lop­pe­ment de capa­ci­tés mili­taires conjointes puisse appa­raître, elle pose en réa­li­té une série de dif­fi­cul­tés redoutables.

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