« L’i­déo­lo­gie libé­rale-liber­taire est le der­nier ava­tar de la reli­gion du Progrès »

« L’i­déo­lo­gie libé­rale-liber­taire est le der­nier ava­tar de la reli­gion du Progrès »

« Le modèle libé­ral-oli­gar­chique est pro­duc­teur de ruines, en géné­ral, et de sa propre ruine en par­ti­cu­lier » énonce Mat­thieu Bau­mier. Oto God­frey – Wiki­me­dia Com­mons CC

Avec « Voyage au bout des ruines libé­rales-liber­taires », l’é­cri­vain Mat­thieu Bau­mier ana­lyse les rai­sons idéo­lo­giques des maux de l’é­poque. Il voit dans le libé­ra­lisme éco­no­mique et le pri­mat du désir indi­vi­duel les deux faces, gauche et droite, d’une même idéo­lo­gie vouée selon lui à l’échec.

FIGAROVOX.- Votre livre s’in­ti­tule « Voyage au bout des ruines libé­rales-liber­taires ». Com­ment défi­nis­sez-vous l’i­déo­lo­gie « libérale-libertaire » ?

Mat­thieu Bau­mier.- Le terme « idéo­lo­gie » peut dési­gner un ensemble d’i­dées plus ou moins orga­ni­sées ou accep­tées, sus­cep­tibles d’o­rien­ter les com­por­te­ments des indi­vi­dus. Si l’on s’en tient à cette défi­ni­tion, l’i­déo­lo­gie libé­rale-liber­taire est à l’é­vi­dence l’i­déo­lo­gie de notre temps, celle qui struc­ture notre socié­té. Pour Jean-Claude Michéa, c’est la ren­contre entre la pen­sée éco­no­mique libé­rale et ce qu’il nomme la pen­sée liber­taire, en réfé­rence au pri­mat du désir indi­vi­duel qui s’est impo­sé. L’a­na­lyse me semble juste. Ce pri­mat de l’in­di­vi­du est le point com­mun entre le social-libé­ra­lisme, ce que nous appe­lons habi­tuel­le­ment la « gauche », et le libé­ra­lisme-social, ce que nous appe­lons en géné­ral la « droite ». Pour moi, ce sont les deux faces d’une même idéo­lo­gie. Il n’y a pas de dif­fé­rence fon­da­men­tale entre ces pré­ten­dues droite et gauche. Les pro­mo­teurs de l’i­déo­lo­gie libé­rale-liber­taire exercent le pou­voir depuis 40 ans, en reje­tant aux extrêmes qui pense autre­ment qu’eux. 2017 n’est pas la vic­toire d’une nou­velle manière de faire de la poli­tique mais la pour­suite du même pou­voir idéo­lo­gique libé­ral-liber­taire par d’autres moyens. Cette idéo­lo­gie est de de mon point de vue encore plus ample : c’est une véri­table foi en l’illi­mi­té et la cer­ti­tude qu’il n’y aurait qu’un che­min unique. Elle est ain­si le der­nier ava­tar de la reli­gion du Pro­grès. Je parle évi­dem­ment du pro­grès en tant qu’i­déo­lo­gie, selon laquelle nous mar­che­rions vers un monde meilleur sous réserve de prendre avec volon­ta­risme le che­min en main, ou en marche, et non des pro­grès que connaît toute société.

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