Un prin­temps édi­to­rial maurrassien

Un prin­temps édi­to­rial maurrassien

LE CENT-CINQUANTENAIRE DE CHARLES MAURRAS Ses adver­saires s’in­quiètent. On ne sau­rait leur don­ner tort : leur prin­ci­pal atout était de voir Maur­ras condam­né non seule­ment à la dégra­da­tion natio­nale, mais sur­tout à la mort édi­to­riale. Une peine de mort qu’on a oublié d’a­bo­lir ! Il y eut, certes, des tirages confi­den­tiels, mais les grands édi­teurs étaient peu sou­cieux de lais­ser ce nom hon­ni com­pro­mettre leur image. Or les choses bougent…

 

C’est un modeste mais réel prin­temps édi­to­rial maur­ras­sien qui nous est offert aujourd’hui.

Une petite flot­tille d’ou­vrages, sor­tie de l’en­fer, a appa­reillé et vogue vers la haute mer. À vrai dire, seul le vais­seau ami­ral – l’an­tho­lo­gie publiée dans la col­lec­tion « Bou­quins » – répond direc­te­ment à l’ur­gence d’une réédi­tion des textes. Les autres, des navires d’ac­com­pa­gne­ment, relèvent sur­tout du com­men­taire, mais tous pro­fitent du vent favo­rable sus­ci­té par l’af­faire du « livre des commémorations ».

Avant d’en­trer au gou­ver­ne­ment, Mme Nys­sen diri­geait les édi­tions Actes Sud : com­mé­mo­rer l’en­fant de Mar­tigues, pro­ven­çal de nais­sance et de coeur, était pour elle une excep­tion­nelle occa­sion d’a­gir pour le Sud… Elle y a réus­si – mal­gré elle, dirait-on… – au-delà de toute espérance !

DIVINE SURPRISE : LA COLLECTION « BOUQUINS » CRÉE L’ÉVÉNEMENT

Mais saluons d’a­bord la sor­tie du livre-évé­ne­ment. Le tra­vail effec­tué par l’u­ni­ver­si­taire Mar­tin Motte pour réunir en un seul volume de 1200 pages l’es­sen­tiel de l’o­pus maur­ras­sien force le res­pect. De même que la pré­face de plus de trente pages de Jean-Chris­tophe Buis­son, du Figa­ro maga­zine, sous le titre – certes un peu dis­cu­table – d’Un pro­phète du pas­sé, consti­tue un essai com­plet sur le sujet, plein de vie et de richesses mul­tiples. À ce double tra­vail, accueilli chez Robert Laf­font dans la col­lec­tion Bou­quins, ne manquent sans doute pas les cri­tiques à faire. Elles le seront en temps utile. Mais il s’a­git le plus sou­vent d’ob­ser­va­tions pas­sion­nantes et propres à sus­ci­ter et enri­chir le débat. Or rien n’a plus nui à Maur­ras depuis un demi-siècle que la conspi­ra­tion du silence. On l’a­vait jeté au fond du puits, mais c’é­tait « le puits et le pen­dule » d’Ed­gar Poe, les enfouis­seurs le vouaient à une mort inexo­rable. La véri­té, cepen­dant, finit tou­jours par sor­tir du puits !

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