Com­ment retis­ser le lien social après la crise politique ?
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Com­ment retis­ser le lien social après la crise politique ?

L’année 2019 débute comme la pré­cé­dente avait fini, sur la confron­ta­tion entre le gou­ver­ne­ment et les Gilets jaunes, et la vio­lence n’en finit pas, là encore, de rebon­dir dans les médias et les com­men­taires des inter­nautes, dans cette spi­rale qui ne cesse de m’inquiéter par son aspect ver­ti­gi­neux. Mais la mémoire courte des démo­cra­ties émo­tion­nelles peut-elle satis­faire la réflexion poli­tique ? Bien sûr que non, et nous aurions tort de négli­ger l’histoire des peuples de France qui reten­tit encore des révoltes pas­sées, par­fois anciennes mais qui peuvent nous four­nir quelques élé­ments d’explication, non seule­ment pour com­prendre ou sai­sir le moment, mais aus­si pour pro­po­ser et agir, au-delà des slo­gans et des pos­tures, sou­vent trop sim­plistes et peu com­pa­tibles avec l’inscription d’une poli­tique dans la durée néces­saire à son efficacité.

Les Gilets jaunes sont un moment fort de la vie poli­tique et, para­doxa­le­ment sans doute, par­ti­cipent de la recom­po­si­tion en cours depuis quelques années : le « déga­gisme » qui empêche désor­mais toute alter­nance pai­sible et toute conti­nui­té depuis le début des années 2000, trouve là une nou­velle et forte mani­fes­ta­tion, après celle qui, en balayant les anciens mono­poles poli­tiques (les par­tis modé­rés de Droite et de Gauche) lors de la der­nière élec­tion pré­si­den­tielle, avait pla­cé M. Macron à la tête de l’Etat. Mais, comme le disait le « prince de la jeu­nesse » du Quar­tier Latin Hen­ri Lagrange, ce roya­liste pas­sion­né mort à vingt ans lors du pre­mier conflit mon­dial, « 1789, c’est la toi­lette du condam­né », et le pré­sident est la vic­time de la « deuxième lame » après celle de 2017 qui a tran­ché tant de têtes, de Mon­te­bourg à Hol­lande, de Sar­ko­zy à Fillon, de Valls à Jup­pé, sans oublier celle de Duflot ou de Hamon… Le déga­gisme pour­suit sa course folle, comme une boule de flip­per, désar­çon­nant les uns et les autres, y com­pris les mieux éta­blis des pou­voirs, poli­tiques ou syn­di­caux, et pro­vo­quant les peurs, immenses, des bour­geoi­sies mon­dia­li­sées qui, tout d’un coup, voient ceux qui se pro­clament, sans le droit élec­to­ral et hors de toute « léga­li­té » répu­bli­caine par­le­men­taire,  « le peuple », for­mule rituelle des ban­quets répu­bli­cains d’antan détour­née par le « petit peuple des ronds-points ».

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