Ce Sys­tème dont nous ne vou­lons plus…
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Ce Sys­tème dont nous ne vou­lons plus…

En juin 1980, le jour­nal Roya­liste titrait, sur fond de Marianne vacillante : « Qui croit encore au sys­tème ? » : nous étions en pleine Gis­car­die, et les contes­ta­tions res­taient vives, dans le même temps que les Gauches s’ap­prê­taient à accé­der au pou­voir, pour la pre­mière fois sous la Cin­quième Répu­blique, et souf­flaient constam­ment sur les braises, s’en­ivrant de grands mots et de slo­gans qui se vou­laient encore « révo­lu­tion­naires ». Les roya­listes n’é­taient pas les der­niers à contes­ter la pré­si­dence de « Fou­tri­quet », selon le mot du phi­lo­sophe Pierre Bou­tang, et à prô­ner un chan­ge­ment de tête, en atten­dant et en pré­pa­rant un chan­ge­ment dans les ins­ti­tu­tions, cer­tains en appro­fon­dis­sant celles de la Cin­quième, « de la monar­chie élec­tive à la monar­chie héré­di­taire et arbi­trale » et d’autres, plus rude­ment, en ren­ver­sant l’ordre cen­tra­liste, « de la Répu­blique jaco­bine à la Royau­té fédé­rale des peuples de France ». Mais tous pou­vaient se recon­naître dans le titre de Roya­liste, et, près de qua­rante ans après (ces fameux « qua­rante ans » que les Gilets jaunes évoquent comme un véri­table man­tra), après ces quatre décen­nies sans doute per­dues pour la France (sauf peut-être sur la ques­tion de la décen­tra­li­sa­tion, avec les lois de 1982 et de 2004), ce titre paraît tout à fait adap­té à la situation !

Bien sûr, il paraît néces­saire de défi­nir ce que l’on peut nom­mer « sys­tème » pour évi­ter tout mal­en­ten­du et toute illu­sion, et ne pas se trom­per ni de cible ni d’en­jeu. Le « sys­tème », c’est d’a­bord un état d’es­prit libé­ral (au sens le plus extrême du terme) mis en pra­tique par le jeu d’ins­ti­tu­tions de moins en moins poli­tiques et de plus asser­vies par les féo­da­li­tés finan­cières et éco­no­miques, de la Répu­blique à l’U­nion euro­péenne, et c’est sur­tout l’im­po­si­tion d’une « gou­ver­nance mon­dia­li­sée » sym­bo­li­sée et repré­sen­tée par le pou­voir de grandes villes-monde ou d’im­menses zones métro­po­li­sées qui n’ont plus guère de rap­ports avec les pays et les popu­la­tions his­to­riques sur les­quelles elles vivent, sou­vent à leur dépens, comme du temps de la roma­ni­sa­tion antique. Le sys­tème, c’est ce car­can de la démo­cra­tie dite repré­sen­ta­tive de plus en plus loin­taine pour ceux qu’elle pré­tend repré­sen­ter sans leur lais­ser le droit à la libre parole, et qui est aux mains de par­tis et de notables de moins en moins repré­sen­ta­tifs des réa­li­tés sociales de notre pays ; c’est ce que l’on pour­rait nom­mer « le pays légal », celui des élus, des par­le­men­taires (qua­li­fiés sou­vent de « par­le­men­teurs », comme en février 1934 ou dans les années 1950, avant le retour du géné­ral de Gaulle) et des ministres, mais aus­si des syn­di­cats, des médias ou des artistes de la socié­té du spec­tacle, vitrine de la socié­té de consommation.

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