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French president Francois Hollande (C), newly appointed First President of the Cour de Cassation, France's Final Court of Appeal, the country's highest jurisdiction, Bertrand Louvel (L) and General Prosecutor Jean-Claude Marin (R) leave the Paris courthouse following Louvel's appointment ceremony on July 16, 2014. AFP PHOTO / POOL / PHOTO MARTIN BUREAU / AFP PHOTO / POOL / MARTIN BUREAU

Jus­tice : un Pré­sident ne devrait pas faire ça

Genèse d’une bombe à frag­men­ta­tion involontaire

Les jour­na­listes d’investigation se consi­dèrent comme une sorte d’aristocratie de la pro­fes­sion. Ils ont ten­dance à toi­ser leurs confrères rubri­cards, comme les conduc­teurs de l’Eurostar le font avec leurs col­lègues du TGV Sud-Est. Ce n’est pour­tant pas un métier bien com­pli­qué, il suf­fit d’avoir le numé­ro de por­table de quelques poli­ciers, voire d’obtenir celui d’un magis­trat pour deve­nir « enquê­teur » comme le Monde qua­li­fie ses pres­ti­gieux Plic & Ploc. Le fait d’écrire avec ses pieds et l’analphabétisme juri­dique ne sont pas des han­di­caps, au contraire. Tous ces gens publient force livres, vite faits, vite lus, vite oubliés qui témoignent de la culture qui leur est com­mune : une fas­ci­na­tion pour les képis. « Bien­ve­nue place Beau­vau » sous-titré « Police : les secrets inavouables d’un quin­quen­nat » n’échappe pas à la règle avec la des­crip­tion minu­tieuse des agis­se­ments de « l’État pro­fond » dans ses pra­tiques bar­bou­zardes accom­pa­gné d’un name-drop­ping consi­dé­rable. Tout ceci n’aurait rien eu de spé­cia­le­ment ori­gi­nal si ce n’est l’existence de trois fac­teurs qui font de cette publi­ca­tion, une bombe à frag­men­ta­tion. Tout d’abord si ce que l’on nous raconte est vrai, Fran­çois Hol­lande qui nous avait bas­si­nés avec sa nor­ma­li­té, appa­raît comme un mani­pu­la­teur sans morale, sans scru­pule et sans aucun prin­cipe. Ensuite, les auteurs, pro­ba­ble­ment invo­lon­tai­re­ment, nous font la démons­tra­tion de l’instrumentalisation de la jus­tice à des fins bas­se­ment poli­ti­ciennes. Enfin, la publi­ca­tion sur­vient en pleine cam­pagne pré­si­den­tielle au moment du défer­le­ment poli­ti­co-média­ti­co-judi­ciaire contre Fran­çois Fillon. Don­nant com­plè­te­ment corps à l’accusation d’une opé­ra­tion télé­gui­dée visant à favo­ri­ser l’accès de Macron héri­tier de Fran­çois Hol­lande, à la Pré­si­dence de la Répu­blique. À la lumière de ces trois élé­ments, la lec­ture en devient saisissante.

Dès la pré­face les auteurs démarrent fort et nous pré­viennent : « comme leurs pré­dé­ces­seurs, mais avec moins de talent et de roue­rie, Hol­lande, Valls, Caze­neuve et les autres ont joué avec l’appareil judi­ciaire à des fins sou­vent élec­to­rales. » Il faut quand même se foutre du monde pour pré­tendre que cette atti­tude aurait été absente dans la conduite poli­tique et judi­ciaire de l’affaire Fillon. Tout d’un coup, les trois mani­pu­la­teurs pré­ci­tés auraient été tou­chés par la grâce ? Et pour­tant, mesu­rant tar­di­ve­ment l’impact poli­tique meur­trier de tout ce qu’ils racontent les jour­na­listes n’ont pas hési­té à des rétro-péda­lages pathé­tiques sur tous les pla­teaux. En fait, on peut pen­ser qu’habitués aux mani­pu­la­tions poli­cières du pou­voir d’État, et dépour­vus d’une véri­table culture juri­dique et judi­ciaire, ils n’avaient pas mesu­ré le carac­tère dévas­ta­teur de ce qu’ils écrivaient.

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