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Le droit de vote pour les ultramarins : Une exception et une fierté françaises

Mais certains continuent de croire que la France serait “structurellement raciste”…

Par Ilyes Zouari

Conférencier, essayiste, expert en démographie et en géopolitique. Président fondateur du CERMF (Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone)

Les tournées en Outre-mer des principaux candidats à la magistrature suprême sont pour nous d’une grande banalité. Pourtant, des quatre pays ayant de lointaines possessions ultramarines, la France est la seule à accorder l’égalité en droits civiques. Une exception et un motif de fierté largement méconnus, et à enseigner dès le plus jeune âge…

Dans le cadre de leur campagne électorale, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont récemment visité, en décembre dernier, certains de nos territoires d’outre-mer. Rien de plus normal, s’agissant de territoires français, dont les habitants sont par conséquent nos compatriotes, qu’ils bénéficient, à ce titre, de l’égalité en droits civiques que notre République garantit à tous les citoyens, où qu’ils se trouvent sur le territoire national, et partout où flotte le drapeau tricolore.

Pas si banal

Pourtant, ce qui est pour nous, Français, un principe républicain et éthique des plus banals, constitue en réalité une différence radicale avec la situation qui prévaut dans les territoires d’outre-mer appartenant au Royaume-Uni, aux États-Unis et aux Pays-Bas, soit les trois autres pays ayant de lointaines possessions, distantes de plusieurs milliers de kilomètres. En effet, si les ultramarins français, quel que soit le niveau d’autonomie de leur territoire, peuvent participer à l’ensemble des élections nationales (présidentielle, législatives et sénatoriales) et être représentés au sein des institutions politiques nationales (Assemblée nationale et Sénat), ceci n’est guère le cas des ultramarins britanniques et de la grande majorité des ultramarins américains et néerlandais, auxquels interdiction est ainsi faite de prendre part à la gestion des affaires de la nation, ou d’exercer la moindre influence. Un schéma de type colonial et une approche quasi ségrégationniste qui régissent encore aujourd’hui la relation de ces pays avec leurs territoires d’outre-mer, majoritairement peuplés de personnes aux lointaines origines non européennes.

En effet, les ultramarins britanniques ne peuvent prendre part à aucune élection nationale, ni être représentés dans aucune institution politique nationale. Côté néerlandais, ce sont environ 92% des citoyens d’outre-mer qui sont dépourvus de ces droits. Les seuls à bénéficier du même traitement que leurs compatriotes de métropole étant les habitants de Bonaire et des microscopiques Saint-Eustache et Saba (et ce, depuis 2010 seulement…).

En France, pas de citoyens de seconde zone !

Enfin, et à l’exception d’Hawaï, les populations des territoires américains d’outre-mer ne peuvent participer ni aux élections présidentielles, ni aux sénatoriales. Toutefois, elles ont le droit de prendre part aux élections législatives… mais pour élire un député qui n’a nullement le droit de voter à la Chambre des représentants (équivalent américain de l’Assemblée nationale). Chose incroyable mais vraie, et qui revient donc à considérer, de facto, que ces ultramarins américains ne peuvent prendre part à aucun scrutin national, ni être représentés dans aucune des instances politiques nationales. Quant à l’État d’Hawaï, l’exception dont bénéficie ce territoire s’explique probablement par son caractère hautement stratégique (situé à peu près au milieu du Pacifique Nord, et ayant joué un rôle crucial pendant la Seconde Guerre mondiale), voire également par le fait que près de la moitié de la population de l’archipel était blanche anglo-saxonne au moment où celui-ci acquit le statut d’État en 1959, et par là même des droits identiques à ceux des 49 autres États fédérés des États-Unis (il s’agissait alors du territoire d’outre-mer américain ayant la population blanche non hispanique la plus importante en pourcentage, particularité toujours valable aujourd’hui).

Ainsi, la totalité ou presque des citoyens d’outre-mer des trois pays précédemment cités ne peut ni voter ni être représentée au niveau national. Leur seul et unique droit est donc d’assister impuissants au déroulement des campagnes et des scrutins, sagement assis face à leur écran de télévision. Et inutile pour eux d’attendre la moindre visite de la part des candidats et des chefs de file des principales formations politiques du pays.

Imaginons un instant que nous appliquions cette même règle en France, en interdisant à nos compatriotes d’Outre-mer de bénéficier des mêmes droits civiques que les métropolitains, en en faisant ainsi juridiquement des citoyens de seconde zone, mais tout en œuvrant à maintenir leur territoire au sein de la République française, au bénéficie géopolitique (voire peut-être un jour économique) de cette dernière… Il est probable que la réaction soit alors assez forte, face à ce qui serait considéré comme une flagrante et injuste différence de traitement. Une différence de traitement que le Royaume-Uni, les États-Unis et les Pays-Bas n’ont pourtant aucun scrupule à imposer, en prétextant notamment la large autonomie accordée à leurs territoires d’Outre-mer. Mais c’est un argument loin d’être convaincant, d’autant plus que la France, elle, garantit l’égalité totale en droits civiques à tous ses nationaux d’Outre-mer, y compris à ceux résidant dans des territoires bénéficiant d’une très large autonomie (notamment dans le Pacifique), et qui ont la possibilité de voter et d’être représentés au niveau national de la même manière que tous les autres citoyens français.

Une fierté française

En France, il n’y a donc ni sous-citoyens, ni ségrégation déguisée. Et malgré les difficultés que l’on peut rencontrer dans les territoires d’Outre-mer, et que l’on retrouve également dans ceux appartenant à d’autres nations, car souvent inhérentes à l’insularité et à l’éloignement, nos compatriotes ultramarins sont des citoyens français à part entière, n’en déplaise à certains (en métropole, particulièrement…). L’égalité en droits civiques constitue donc une exception française, et une application concrète de notre devise « Liberté, Égalité, Fraternité ». Une de ces exceptions et un de ces motifs de fierté que devraient connaître tous nos compatriotes, de 7 à 107 ans, mais que nul ou presque d’entre eux ne connaît, faute d’une Éducation nationale digne de ce nom et avec pour mission première de transmettre la fierté d’appartenir à la nation française.

Une fierté nécessaire à l’émergence d’une société unie et solide, et à la réussite de toute politique d’assimilation, en particulier dans un pays où une partie désormais non négligeable de la population est d’origine étrangère. Et dans un monde où les autres grandes puissances, à l’affût de la moindre de nos faiblesses, rivalisent en patriotisme, l’inébranlabilité de notre nation est un impératif absolu.