L’exi­gence de la trans­mis­sion  par Fran­çois Marcilhac

L’exi­gence de la trans­mis­sion par Fran­çois Marcilhac

« Le mot catho­lique n’est pas un gros mot », a dû rap­pe­ler Mgr Aupe­tit, au len­de­main du drame natio­nal de l’incendie de Notre-Dame de Paris : pas un mot, en effet, en ce lun­di saint, d’Emmanuel Macron pour les chré­tiens. Quelques niais avaient fon­dé je ne sais quel espoir après le dis­cours des Ber­nar­dins, dans lequel, pour­tant, Macron n’avait rien dit de concret sur un nou­veau rap­port entre la Répu­blique et les catho­liques. Au contraire, quelques dizaines d’églises pro­fa­nées ou incen­diées plus tard, sans comp­ter les croix des cime­tières, dans le même silence étour­dis­sant de nos auto­ri­tés laïques et répu­bli­caines, l’incendie, à l’origine tou­jours indé­ter­mi­née, de la cathé­drale de Paris vient son­ner le glas d’espérances infon­dées : il est clair que pour nos auto­ri­tés Notre-Dame n’est qu’un monu­ment his­to­rique, qui doit être à tout prix — et com­ment ? — res­tau­ré pour les JO de 2024 !

« C’est un lieu de culte qui doit être ren­du au culte, voi­là ce que je dis. Notre-Dame n’est pas un musée. L’émotion prouve bien que ce n’est pas un lieu vide. C’est un lieu vivant. Ce sont les chré­tiens qui le font vivre, des prêtres poly­glottes qui reçoivent les visi­teurs, bien plus nom­breux qu’au Louvre. » Mgr Aupe­tit, à Libé­ra­tion le 19 avril 2019, a eu rai­son d’en remettre une couche. Et on est frap­pé par la concor­dance des pro­pos de l’archevêque de Paris avec ceux du comte de Paris, dans une tri­bune au Figa­ro, le 17 avril : « On ne peut qu’être bles­sé dans sa chair, en tant que Fran­çais et en tant que chré­tien. Car Notre-Dame de Paris est bien plus qu’un bâti­ment, plus même qu’un sym­bole, c’est le signe visible et bien réel du génie de la France. […] Il y a dans cet édi­fice une conti­nui­té his­to­rique entre d’une part les rois Capé­tiens bâtis­seurs et d’autre part les autres régimes qui leur ont suc­cé­dé jusqu’à notre Ve Répu­blique, qui ont su pré­ser­ver et faire rayon­ner ce legs, pour faire de la France un som­met de la culture uni­ver­selle. Notre-Dame, en tra­ver­sant les siècles, est le témoin vivant de l’unité des Fran­çais autour d’un des­tin com­mun. Comme Fils de Saint Louis, roi bâtis­seur, je me rat­tache aus­si plei­ne­ment à cette continuité. »

Com­ment, en effet, ne pas remar­quer l’émotion qui a tra­ver­sé tout le pays réel ? Elle montre com­bien, à quelques rares excep­tions près, la France, que d’aucuns se com­plaisent à dire déchris­tia­ni­sée, vibre encore dans sa chair et son âme à ce qui par­ti­cipe de son iden­ti­té pro­fonde. Nul « catho­li­cisme cultu­rel », en cela, mais les traces, encore vivantes, d’une culture catho­lique pro­fonde qui ne demande, dans la fidé­li­té à notre génie natio­nal, qu’à être revi­vi­fiée tant qu’il en est encore temps, c’est-à-dire tant qu’autre chose ne sera pas venu rem­plir ce « lieu vide » qu’est la laï­ci­té, ces « abs­ten­tions » (Pierre Manent)  que sont les valeurs répu­bli­caines. Le comte de Paris a ajou­té, dans sa tri­bune, que « notre géné­ra­tion, qui se drape sou­vent dans sa supé­rio­ri­té sur tout ce qui nous pré­cède, est celle qui n’a pas trans­mis. […] Au-delà de la recons­truc­tion, il faut plus que jamais expri­mer l’exigence de la transmission. »

Cette exi­gence d’une tra­di­tion vivante fon­dant notre ave­nir, à l’Action fran­çaise, nous la por­tons plus consciem­ment que tout autre. Car nous connais­sons les causes du mal et, sans être des char­la­tans de la monar­chie — contrai­re­ment aux pro­gres­sistes, nous ne pro­met­tons aucun para­dis ter­restre —, nous com­bat­tons tous les jours pour convaincre nos conci­toyens des solu­tions per­met­tant de redon­ner à notre pays les condi­tions de sa péren­ni­té. Le 26 mai, aux élec­tions euro­péennes, rien ne serait plus catas­tro­phique pour la France qu’une vic­toire de la liste macron­nienne, qui est celle du renon­ce­ment natio­nal. Nous ne pou­vons que regret­ter que ceux qui pré­emptent le vote patrio­tique n’aient pas réus­si à s’entendre, même si cela ne sau­rait nous éton­ner : la logique des par­tis l’emporte tou­jours sur le bien com­mun. Tou­te­fois, il faut voter, le 26 mai, et voter contre les forces de dis­so­lu­tion du pays. Voter contre Macron. Et pour la France.

Source : Le Bien Com­mun nº 7, mai 2019