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La Rus­sie est-elle l’ennemi idéal ?

Mes­sage de Jacques MYARD

Membre Hono­raire du Parlement

Maire de Maisons-Laffitte

Pré­sident du Cercle Nation et Répu­blique

Pré­sident de l’A­ca­dé­mie du Gaullisme

On peut le croire car de nom­breux faits concourent à ce juge­ment émis par cer­tains experts.

Les rela­tions occi­den­tales avec la Rus­sie sont aujourd’hui sous ten­sions et Vla­di­mir Pou­tine a même été décrit comme un « killer », un tueur, par le Pré­sident Joe Biden à la suite de la ten­ta­tive d’assassinat d’Alexeï Naval­ny, oppo­sant russe.

Citons éga­le­ment l’assassinat de l’ex-membre des ser­vices secrets russes, Ser­gueï Skri­pal, per­pé­tré à Londres par des agents du GRU – les ser­vices de ren­sei­gne­ment mili­taires russes- ; l’assassinat d’opposants tché­chènes à Ber­lin, deux diplo­mates russes ont été expul­sés par l’Allemagne.  

Ces tristes affaires sur­viennent après l’annexion de la Cri­mée en 2014 et sur­tout le conflit du Don­bass dans l’est de l’Ukraine qui créent des ten­sions très fortes avec les États-Unis et les États euro­péens ; la Rus­sie est accu­sée de mas­ser des troupes à la fron­tière pour enva­hir le Don­bass et l’annexer.

Paral­lè­le­ment à ces conflits ter­ri­to­riaux, les Occi­den­taux estiment que la Rus­sie réarme et déve­loppe des capa­ci­tés mili­taires sus­cep­tibles de lui don­ner une réelle supé­rio­ri­té sur mer et dans l’espace avec des mis­siles hyper­so­niques : le Zircon.

La Rus­sie pré­pare-t-elle une agres­sion de l’Ukraine ? Ce n’est pas certain. 

En Afrique, la milice russe Wag­ner s‘active et inquiète à juste titre le gou­ver­ne­ment fran­çais qui met en garde les gou­ver­ne­ments afri­cains comme celui du Mali qui jouent un double jeu.

Ne nous trom­pons pas, la Rus­sie a une volon­té de mon­ter en puis­sance bien réelle : Pou­tine est un nou­veau Tsar et exprime ce que res­sentent de nom­breux Russes, la nos­tal­gie de la gran­deur de l’empire dis­pa­ru de l’Union soviétique.

Il ne s’agit pas d’embrasser Pou­tine et d’être naïfs en pre­nant pour argent comp­tant toutes ses actions poli­tiques ou diplo­ma­tiques ; mais les ten­sions avec Mos­cou ne peuvent être consi­dé­rées comme une fata­li­té iné­luc­table, la redite des affron­te­ments du temps de la Guerre froide qui mit le monde au bord d’une guerre nucléaire, notam­ment lors de la crise des mis­siles de Cuba en octobre 1962. 

La Rus­sie fait par­tie de l’équilibre euro­péen, c’est une constante de l’Europe ; Vla­di­mir Pou­tine n’a pas le mono­pole de la véri­té, pour autant, il n’est pas sans argu­ments contre la poli­tique occi­den­tale, et en par­ti­cu­lier celle des États-Unis :

Lors de la réuni­fi­ca­tion de l’Allemagne en 1990, la ques­tion de l’OTAN a été au cœur des négo­cia­tions avec les Sovié­tiques, les Occi­den­taux don­nèrent à Gor­bat­chev l’assurance que si l’Allemagne réuni­fiée était dans l’OTAN, elle ne s’élargirait pas à l’est.

En 1997 après de longues négo­cia­tions avec la Rus­sie, le conseil de l’Alliance atlan­tique accepte les adhé­sions de la Pologne, de la Hon­grie et de la Répu­blique tchèque qui deviennent effec­tives en 1999.

Le 27 mai 1997 est signé à Paris « l’Acte Fon­da­teur sur les Rela­tions, la Coopé­ra­tion et la Sécu­ri­té Mutuelles entre l’OTAN et la Fédé­ra­tion de Russie ». 

La Rus­sie réaf­firme avec force, en juillet 1997, que l’élargissement de l’OTAN est une « faute majeure » tout en appe­lant à l’application de l’Acte Fondateur. 

Le 29 mars 2009, L’Estonie, la Let­to­nie, la Litua­nie, la Bul­ga­rie, la Slo­va­quie et la Slo­vé­nie adhèrent à l’OTAN.

C’est dans cette période que la Géor­gie et l’Ukraine mani­festent leur sou­hait d’adhérer à l’OTAN, un casus bel­li pour Mos­cou, tan­dis que la France et l’Allemagne s’opposent à leur adhé­sion au som­met de Stras­bourg en avril 2009.

Il est évident que l’extension per­ma­nente de l’OTAN à l’est, sa volon­té de deve­nir le gen­darme du monde donnent à la Rus­sie le sen­ti­ment d’être encerclée.

Quant à l’annexion de la Cri­mée, qui peut croire que la Rus­sie y renon­ce­ra ? Elle est effec­ti­ve­ment russe depuis des siècles, et appar­tient à la mytho­lo­gie du patri­moine russe depuis Cathe­rine II, ce qui n’a été remis en cause ni par le Trai­té de Paris de 1856 qui mit fin à la guerre de Cri­mée, ni par le rat­ta­che­ment admi­nis­tra­tif à l’Ukraine en 1954 au sein de l’URSS.

Les sanc­tions mul­ti­la­té­rales, qui furent prises après l’annexion de la Cri­mée, péna­lisent davan­tage nos entre­prises que l’économie russe, il est urgent d’y mettre un terme.

Au moment où l’Allemagne pour­suit sans relâche la construc­tion avec la Rus­sie du gazo­duc Nord Stream 2, la France doit reprendre l’initiative d’un dia­logue de coopé­ra­tion poli­tique, éco­no­mique et cultu­rel avec la Rus­sie, elle ne doit pas lais­ser ce dia­logue à d’autres puis­sances qui ne défendent pas nos intérêts.

« Oui, c’est l’Europe depuis l’Atlantique jusqu’à l’Oural, c’est l’Europe, toutes ces vielles terres où naquit, où fleu­rit la civi­li­sa­tion moderne, c’est toute l’Europe qui déci­de­ra du des­tin du monde. » Charles de Gaulle, dis­cours de Stras­bourg, 23 novembre 1958.