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Les frac­tures inédites de la socié­té américaine

Par Antoine de Lacoste

Les États-Unis n’ont jamais aus­si mal por­té leur nom. La socié­té amé­ri­caine est frac­tu­rée de toute part met­tant en péril une uni­té qui avait fait sa force tout au long de sa courte his­toire. Si l’on excepte la guerre de Séces­sion, volon­té de sépa­ra­tion que le Nord ne pou­vait tolé­rer car elle aurait impli­qué la fin de la mys­tique « des­ti­née mani­feste », aucun évè­ne­ment n’a jamais mena­cé dura­ble­ment l’unité amé­ri­caine. L’unanimité patrio­tique a ser­vi de ciment à un pays qui a domi­né le monde pen­dant la plus grande par­tie du XXème siècle.

Or l’actualité récente révèle des lézardes révé­la­trices de divi­sions inédites et très profondes.

Les reven­di­ca­tions des mino­ri­tés raciales ou sexuelles, une forme de ter­ro­risme intel­lec­tuel qui ravage les uni­ver­si­tés, une presse téta­ni­sée et ram­pante devant les injonc­tions hai­neuses des tenants d’un nou­veau tota­li­ta­risme qui pro­gresse sous cou­vert d’égalité, sont quelques-uns des stig­mates qui rongent le corps amé­ri­cain. En face, il y a les classes moyennes ou popu­laires qui n’acceptent pas de voir leur uni­vers s’effondrer, d’autant moins que leur situa­tion per­son­nelle s’est gran­de­ment fragilisée.

Le res­pon­sable de cette situa­tion explo­sive est tout trou­vé : Donald Trump bien sûr. Ce serait lui qui, par son com­por­te­ment pen­dant quatre ans, sa haine des mino­ri­tés, son agres­si­vi­té et son refus de la défaite serait le cou­pable du vacille­ment de la socié­té américaine.

Il n’en n’est rien : le mal est plus pro­fond et plus ancien. La mon­dia­li­sa­tion débri­dée, la dés­in­dus­tria­li­sa­tion mas­sive, le déclas­se­ment de mil­lions d’américains qui ne peuvent même plus se loger, tout cela s’est accu­mu­lé depuis une ving­taine d’années. Le rejet d’un inter­ven­tion­nisme mili­taire très coû­teux et fon­dé sur des men­songes éhon­tés a ébran­lé un peu plus la confiance de l’Américain moyen en ses diri­geants. D’autant que le résul­tat de ces cam­pagnes mili­taires géné­ra­le­ment illé­gales est calamiteux.

D’autres évè­ne­ments ont joué un rôle dans la mon­tée de la colère, par exemple « le dégoût de voir l’Administration Oba­ma sau­ver Wall Street et aban­don­ner les gens simples à leurs faillites immo­bi­lières » comme le sou­ligne le pro­fes­seur Mit­chell cité par le Figa­ro du 22 jan­vier. Gold­man Sachs, qui avait tru­qué les comptes de la Grèce pour lui per­mettre d’entrer dans l’Europe, est en effet plus riche que jamais.

L’élection de Trump n’est pas le point de départ de la frac­ture amé­ri­caine mais son évi­dente mani­fes­ta­tion, la révolte d’un peuple qui ne com­prend plus ses diri­geants et ne veut pas voir détruire les fon­de­ments reli­gieux et fami­liaux de son pays.

 En retour les démo­crates ont choi­si le pire, c’est-à-dire le refus de leur défaite. Pen­dant quatre ans ils ont nié la légi­ti­mi­té du pré­sident élu et déclen­ché des pro­cé­dures d’impeachment qui n’avaient pas la moindre chance de réus­site mais per­met­tait d’accréditer l’idée que le pré­sident ne devrait pas l’être. Les médias ont, de leur côté, cou­pé ses accès à l’information.

Mal­gré tout cela, Trump a failli être réélu. Un impro­bable raz de marée de votes par cor­res­pon­dance l’en a empê­ché et ce fut l’ultime révolte de ce peuple de petits blancs qui ne veut pas dis­pa­raître. Ultime ? Peut-être pas. Les pre­mières nomi­na­tions de Biden, très orien­tées voire pro­vo­ca­trices, ne feront que convaincre le fer­mier du Middle-West ou l’ouvrier au chô­mage de Détroit que son com­bat était juste.

Les divi­sions amé­ri­caines risquent de s’élargir encore.