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Les roya­listes et l’écologie : les racines du mal et la réponse monarchique

Par Jean Phi­lippe Chauvin

Dans le cadre de la rédac­tion d’une nou­velle bro­chure sur les Roya­listes et l’é­co­lo­gie, voi­ci la 3ème par­tie d’une brève étude his­to­rique sur ce thème déjà publiée en 2017.

Les roya­listes et la pré­ser­va­tion de l’en­vi­ron­ne­ment dans les années 1970.

Par­tie 3 : les racines du mal et la réponse monarchique.

Quels sont les pré­sup­po­sés idéo­lo­giques de ce pro­gres­sisme qui, aujourd’­hui, conjugue les sciences et le règne de l’Argent, de cette maxi­mi­sa­tion de la pos­ses­sion indi­vi­duelle plu­tôt que de la recherche du Bien com­mun ? Il y a, bien sûr, la fameuse for­mule de Ben­ja­min Frank­lin : « Time is money » (1), qui explique, par elle-même, tant de choses, et pas des meilleures, et signale le véri­table ren­ver­se­ment (2) de la com­pré­hen­sion, ou plu­tôt de l’ap­pré­hen­sion humaine du temps, désor­mais rame­né à la valeur moné­taire de ce qu’il peut « rap­por­ter » : une désa­cra­li­sa­tion du temps conju­guée à une valo­ri­sa­tion exclu­sive de l’Argent, qui devient la véri­table aune du monde et du temps, de son « uti­li­té » maté­rielle. C’est le triomphe de l’u­ti­li­ta­risme, rap­por­té au « pro­fit » indi­vi­duel et maté­riel, dans un sens de plus en plus finan­cier, l’argent deve­nant le vec­teur pri­vi­lé­gié des rela­tions sociales et celui de la nou­velle hié­rar­chi­sa­tion des classes sociales et des per­sonnes : le « gagneur » est alors pri­vi­lé­gié aux dépens du « meilleur », Ber­nard Tapie ou Rocke­fel­ler au dépens de saint Fran­çois d’As­sise ou des bénévoles…

La nature est aus­si vic­time de ce nou­vel état d’es­prit, dont Ben­ja­min Frank­lin n’est que l’in­ter­prète et qu’il puise dans une culture anglo-saxonne et pro­tes­tante qui fût, au XVIIIe siècle, « l’i­déo­lo­gie domi­nante » du monde ouest-euro­péen et qui se confond avec les fameuses « Lumières » dont il n’est pas cer­tain que nombre d’é­co­lo­gistes actuels aient bien mesu­ré les effets logiques sur la ges­tion de l’en­vi­ron­ne­ment et l’é­tat d’es­prit des popu­la­tions consommatrices.

Le Bul­le­tin d’AF Reims de jan­vier 1971 dont les lignes sui­vantes sont extraites revient sur les racines de la situa­tion déplo­rable faite à la nature par la socié­té de consom­ma­tion, et, en deux para­graphes, déve­loppe l’é­tat d’es­prit qui, en ces temps contem­po­rains, explique les atti­tudes capi­ta­lis­tiques, si néfastes pour l’en­vi­ron­ne­ment, atti­tudes qui rompent avec l’es­prit d’un Moyen âge qui, à tra­vers les faits et idées de saint Fran­çois d’As­sise, res­pecte plus la nature don­née (ou « confiée aux hommes ») par le Créa­teur (selon la tra­di­tion catho­lique) ‚dont ses créa­tures ani­males et végé­tales, que l’es­prit né de la Réforme. En effet, sans ren­trer dans un débat théo­lo­gique, ce der­nier semble assu­jet­tir la nature aux hommes sans contre­par­ties ou simple res­pect de celle-ci, esprit qui sur­va­lo­rise les humains au détri­ment d’une humi­li­té pour­tant néces­saire à l’é­qui­libre des socié­tés et à leurs bons rap­ports avec la nature envi­ron­nante… Cela n’empêche pas nombre de pro­tes­tants, à l’i­mage de Jacques Ellul (3), de faire une cri­tique tout aus­si viru­lente d’une socié­té capi­ta­liste de consom­ma­tion oublieuse de la juste mesure et du cadre envi­ron­ne­men­tal. Mais, désor­mais, le capi­ta­lisme lui-même s’est lar­ge­ment éman­ci­pé de sa matrice « réfor­mée » et ce n’est plus l’homme en lui-même qui est valo­ri­sé, mais bien plu­tôt l’in­di­vi­du consom­ma­teur et « quantifiable » …

« D’où viennent ces atti­tudes ? Com­ment s’ex­plique cette situation ?

Pour répondre, il nous faut élar­gir le débat.

« La nature est faite pour l’homme » : tel est l’es­prit de la Réforme et du capi­ta­lisme. La richesse maté­rielle acquise sur terre est le seul moyen pour l’homme de se per­sua­der qu’il pos­sède la Grâce. Pour y par­ve­nir, tous les moyens que nous donne Dieu sont bons. La des­truc­tion de la nature est un droit inalié­nable ; l’ex­ter­mi­na­tion des Indiens et des bisons s’est faire Bible en poche. On peut fort bien inon­der le monde de gaz toxiques si l’argent que pro­cure cette noble acti­vi­té de libre entre­prise per­met l’a­chat d’une ins­tal­la­tion pri­vée d’air conditionnée.

Et la lutte elle-même, entre­prise actuel­le­ment contre les nui­sances, s’ef­fec­tue dans le même esprit ; il s’a­git de vaincre une bonne fois ce genre de dés­éco­no­mies externes pour gagner encore plus d’argent ensuite. Plus qu’une lutte du sys­tème pour sa sur­vie, c’est un moyen pour lui d’aug­men­ter sa puis­sance, d’ex­ploi­ter tou­jours davan­tage (4).

A l’Ac­tion Fran­çaise, nous consi­dé­rons [ndlr : au contraire des lignes pré­cé­dentes, repré­sen­ta­tives du nou­vel esprit capi­ta­liste] que le milieu natu­rel n’est pas à notre dis­po­si­tion, n’est pas un citron à pres­ser. C’est un élé­ment de notre héri­tage, un élé­ment essen­tiel de notre patri­moine. Nous savons qu’il est vain et dan­ge­reux de vou­loir lut­ter contre les lois de la nature mais qu’il faut, au contraire, s’y plier pour pou­voir réel­le­ment pro­gres­ser, non de la manière fac­tice propre aux libé­raux. L’en­vi­ron­ne­ment est une des com­po­santes de la poli­tique natu­relle. Il nous faut le défendre par tous les moyens, et pré­ve­nir sa récu­pé­ra­tion par le sys­tème. L’État répu­bli­cain, esclave des groupes de pres­sion, inca­pable de mener une poli­tique cohé­rente à long terme, ne pour­ra agir que quand cela sera trop tard. L’hé­ri­tage en sera ampu­té d’au­tant. Pour évi­ter cela, à nous de rame­ner l’héritier. »

Le com­bat roya­liste est ain­si le corol­laire indis­pen­sable du com­bat éco­lo­giste : en cela, la Monar­chie est le moyen ins­ti­tu­tion­nel de l’é­co­lo­gie inté­grale en France ; elle est, en somme, « l’é­co­lo­gisme inté­gral ». La Répu­blique, elle et mal­gré les louables efforts d’un Nico­las Hulot aujourd’­hui à la tête d’un minis­tère d’État, reste trop sen­sible aux pres­sions des grands groupes finan­ciers et indus­triels pour pou­voir, en défi­ni­tive, assu­mer et assu­rer, sur le long terme, ce « sou­ci envi­ron­ne­men­tal » qui est, mal­gré les idéo­lo­gies « pro­gres­sistes » et consu­mé­ristes, le fon­de­ment de toute « mesure » (au sens grec du terme, comme la tra­duc­tion de pan metron : « de la mesure en tout ; jamais trop, tou­jours assez ») néces­saire à la vie et à l’é­qui­libre des socié­tés humaines, à la jus­tice sociale elle-même.

Que l’on ne s’é­tonne donc pas que le lys puisse être le meilleur sym­bole, aujourd’­hui, de ce com­bat éco­lo­gique qui s’a­vère désor­mais une cause poli­tique d’ur­gence, non de la pré­ci­pi­ta­tion et de l’é­phé­mère mais de l’en­ra­ci­ne­ment et du temps long…

Notes : (1) : « Le temps c’est de l’argent », for­mule qui donne son sens même au capi­ta­lisme dés­in­hi­bé qui rompt avec ce vieux « capi­ta­lisme » (le terme est-il exact, d’ailleurs ? La ques­tion méri­te­rait d’être posée) encore fami­lial et tra­di­tion­nel qui se recon­nais­sait quelques limites et pou­vait accep­ter un cer­tain par­tage des fruits de l’é­co­no­mie, tout en valo­ri­sant le tra­vail des pro­duc­teurs et pas seule­ment « la » seule pro­duc­tion, sans limites, ni sociales ni environnementales…

(2) : un ren­ver­se­ment dont les consé­quences se ver­ront dès le XVIIIe, siècle dit « des Lumières », et encore plus dans les siècles sui­vants avec les révo­lu­tions indus­trielles et éco­no­miques d’une part, et « l’im­po­si­tion douce » de la socié­té de consom­ma­tion d’autre part.

(3) : Jacques Ellul (1912 – 1994), his­to­rien et socio­logue, contemp­teur de la socié­té tech­ni­cienne et l’un des pré­cur­seurs du cou­rant de la décroissance.

(4) : N’est-ce pas là la défi­ni­tion même du « capi­ta­lisme vert », aujourd’­hui qua­li­fié de « déve­lop­pe­ment durable » ? Car il s’a­git de « faire des affaires » en répa­rant les dom­mages du « déve­lop­pe­ment » et d’une socié­té de consom­ma­tion que celui-ci, pour­tant, tend à atteindre « pour tous » et à don­ner « à tous », non selon leurs besoins véri­tables mais selon leurs dési­rs sus­ci­tés par cette même socié­té séduc­trice de consom­ma­tion, si ten­ta­trice par le biais de la publi­ci­té et du cré­dit, autre nom sym­pa­thique de l’endettement…