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Grande rura­li­té

Par Portemont 

Les loups sont entrés dans Paris. Serge Reg­gia­ni le chan­tait si bien. 

Était-ce un temps où les rats étaient des champs ? La chan­son est muette sur le sujet. Aujourd’­hui dans la grande rura­li­té, sur les terres des éle­veurs de nos monts les trou­peaux sont pris entre ours et loups. Qui s’en émeut ? 

La crois­sance du nombre de loups, a per­mis d’at­teindre le « seuil de via­bi­li­té » de l’es­pèce, pour la plus grande joie des asso­cia­tions éco­lo­gistes. Que les ber­gers des 35 dépar­te­ments ou l’a­ni­mal est implan­té s’in­quiètent n’é­meut pas grand monde. Que 1 400 bêtes aient été tués par le loup depuis le début de l’an­née 2019 n’empêche pas les amou­reux de la nature de dormir. 

Le pré­fet de la région d’Au­vergne-Rhône-Alpes qui est en pre­mière ligne ne pou­vait res­ter silen­cieux et la pré­fec­ture de clai­ron­ner à la mi-septembre : 

 » Les 90 pré­lè­ve­ments de loups ont été atteints ce matin. Le pré­fet coor­don­na­teur du plan natio­nal loup et des acti­vi­tés d’é­le­vage a déci­dé d’aug­men­ter le pla­fond glo­bal de pré­lè­ve­ments de 2 % et ain­si de por­ter le nombre de loups pou­vant être tués à 100 « . 

Les devants avaient été pris par un arrê­té inter­mi­nis­té­riel le 26 juillet 2019 rela­tif aux des­truc­tions de loups, pris face à la recru­des­cence d’at­taques de troupeaux. 

Il n’est plus temps de faire la poli­tique de l’au­truche. Se sou­vient-on de l’af­faire des jeunes Ferrand ? 

Dans la nuit du 5 au 6 juin 2015, le jeune Romain, alors âgé de 16 ans, avait été atta­qué par huit ou neuf loups dans un pré sur­plom­bant la ferme fami­liale de Seyne-les-Alpes. C’était une pre­mière attaque en France contre un humain depuis plu­sieurs décen­nies. Ne pou­vant fuir, Romain n’avait dû son salut qu’à l’arrivée de son frère Ben­ja­min sur le trac­teur tous phares allu­més, à ses cris, au coup de fusil et au fait que ne pou­vant fuir, il était res­té immo­bile. La charge des loups s’est arrê­tée net, puis ils se sont enfuis.

La suite parle d’elle même. L’af­faire pesait son poids d’or média­tique. Peu de jour­na­listes ont rela­té les faits. Un grand nombre sont allés dans les sen­tiers de la bien-pen­sance, déni­grant l’a­do­les­cent et sa famille. Fran­çois Darm­staed­ter de l’association Ferus y voyait « un coup mon­té », sou­te­nu par Audrey Gar­ric du Monde… 

Et bien sûr les « experts » de tous poils n’ont pas man­qué de se pous­ser du col et du men­ton. Impossible ! 

Il aura fal­lu une enquête sérieuse et minu­tieuse pour laver de tous soup­çons la famille Ferrand. 

https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/haute-loire/veaux-attaques-
loups-haute-loire-1615137.html

En Haute-Loire la pré­sence du loup a été confir­mée après attaque sur veau retrou­vé mort. Saluons la luci­di­té du Pré­sident de l’as­so­cia­tion Alliance avec les Loups Manoël Atman : « C’est pro­ba­ble­ment le loup » . Ce mili­tant suit à la trace, depuis 7 ans, une meute qui est main­te­nant bien por­tante. Le nombre d’in­di­vi­dus varie­rait entre 6 à 10. Il y aurait au mini­mum une louve repro­duc­trice, âgée de 7 ou 9 ans. Les loups seraient donc bien ins­tal­lés sur un vaste ter­ri­toire allant du sud de la Haute-Loire à la Lozère voi­sine. « Le dos­sier loup n’en est qu’à ses débuts en France, dit-il. Ils se dis­persent et se repro­duisent. On va atteindre un jour un pic de reproduction. » 

https://blogs.mediapart.fr/francoise-degert/blog/050217/quand-les-loups-menacent-les-
humains

Le loup est une réa­li­té. Il est main­te­nant pré­sent dans le Can­tal sans tam­bour ni trompette. 

Le direc­teur de la Direc­tion dépar­te­men­tale des ter­ri­toires (DDT) du Can­tal, Mar­lo Char­rière , tenait confé­rence ven­dre­di 10 mai 2019 et ne se voi­lait pas la face : 

« Ces attaques de trou­peaux consti­tuent un sujet émi­nem­ment sen­sible dans un dépar­te­ment comme le Can­tal, à forte iden­ti­té liée à l’élevage. C’est un sujet que nous pre­nons très au sérieux et nous avons à cœur d’accompagner les agri­cul­teurs impac­tés avec une volon­té de proxi­mi­té maximale » 

Les ovins sont les pre­mières vic­times mais les attaques de bovins ne sau­raient tarder.

Et les mou­flons du Puy Violent (qui s’ap­pe­lait jadis Puy bêlant) que nous avons tout récem­ment par­cou­ru ne s’en laissent pas comp­ter. Ils étaient il y a peu près de 1000 dans les monts can­ta­liens. Ils ont pra­ti­que­ment dis­pa­ru non pas tous cro­qués par Lupus canis mais ils s’en sont allés. Reste à savoir où ? 

Ce n’est certes pas la grande inva­sion, l’on peut appré­hen­der le nombre de loups autour de 600 à peut-être 700 indi­vi­dus. Cela fait tout de même du monde à nourrir.

Gou­ver­ner étant aus­si pour ne pas dire avant tout… pré­voir, il convient de bien entendre Murielle Gui­not-Ghes­tem, res­pon­sable de l’u­ni­té pré­da­teurs ani­maux dépré­da­teurs à l’ONCFS qui a été man­da­té pour réa­li­ser le sui­vi de la popu­la­tion de loups : 

« Depuis que les loups sont reve­nus en 1992, leur popu­la­tion aug­mente. Aujourd’hui, elle aug­mente même de façon exponentielle »

https://www.nationalgeographic.fr/animaux/2019/06/la-population-de-loups-en-france-
augmente-de-facon-exponentielle

Il n’est pas ques­tion de lan­cer à tous bouts de champs et dans nos val­lées le vieux cri des bons piqueux Har­lou ! Har­lou ! Ni d’é­ra­di­quer le loup.

Si une coha­bi­ta­tion entre les trou­peaux et les loups peut être envi­sa­gée il convient de savoir qui nous devons pri­vi­lé­gier. Le jour où les trou­peaux auront déser­té les alpages enver­rons nous les gen­tils éco­lo­gistes brou­ter dans nos mon­tagnes afin de les rendre agréables aux randonneurs ? 

Nos temps sont dif­fi­ciles, le monde est difficile. 

Notre monde n’est pas celui de Walt Disney. 

À suivre.