You are currently viewing Le « Woke » ou la défer­lante de l’extrême-gauche américaine

Le « Woke » ou la défer­lante de l’extrême-gauche américaine

Par Antoine de Lacoste

                Dans la course folle aux droits des mino­ri­tés, les Etats-Unis sont lar­ge­ment en tête en ce moment. Deux concepts éton­nants se super­posent pour réveiller les dites-mino­ri­tés per­sé­cu­tées par les domi­nants, c’est-à-dire les hommes blancs : le « woke » pour que ces per­sé­cu­tés se réveillent et soient vigi­lants et la « can­cel culture » pour que le per­sé­cu­teur iden­ti­fié soit effa­cé, c’est-à-dire qu’il ne puisse plus s’exprimer.

                De nom­breux jour­na­listes et pro­fes­seurs d’université ont ain­si été licen­ciés ou ont dû don­ner leur démis­sion tant la pres­sion des woke était insup­por­table. Leur crime nous laisse géné­ra­le­ment pan­tois. Le cas le plus emblé­ma­tique est celui de Bret Wein­stein, pro­fes­seur de bio­lo­gie à l’université d’Evergreen. Il a dû démis­sion­ner, ne pou­vant plus tenir ses cours et lâché par sa direc­tion. Son crime ? S’être oppo­sé à l’organisation d’un « Jour d’absence », c’est-à-dire un jour où les blancs de l’université doivent res­ter chez eux pour qu’il n’y ait que des élèves de couleur.

                Ce pauvre Wein­stein n’avait pour­tant pas le pro­fil du mâle blanc domi­nant : juif de gauche et démo­crate ayant sou­te­nu Ber­nie San­ders lors des pri­maires. Mais peu importe, il s’était oppo­sé, il fal­lait l’effacer. Dans un entre­tien au Figa­ro du 18 décembre, il confie son amer­tume et lance un cri d’alarme : « Les gens ne prennent pas ces mou­ve­ments au sérieux. Mais quand ils y sont confron­tés, ils n’ont qu’un choix : soit se sou­mettre, soit être détruits.

                La même mésa­ven­ture est arri­vée Bari Weiss, jour­na­liste impor­tante du très libé­ral New York Times, qu’elle a dû quit­ter après s’être inquié­tée de ce phé­no­mène. Un autre jour­na­liste, Ian Buru­ma, a dû aus­si quit­ter son jour­nal pour avoir publié la tri­bune d’un homme accu­sé à tort d’agression sexuelle.

                Le pro­ces­sus est tou­jours iden­tique : pres­sion maxi­male des réseaux woke sur le cou­pable qui finit par par­tir pour pou­voir retrou­ver une vie nor­male, et sur sa direc­tion qui l’abandonne pour ne pas devoir par­tir elle aussi.

                Tout cela a des sources anciennes mais a connu une très forte accé­lé­ra­tion en 2013 avec le mou­ve­ment Black Live Mater et sous la pré­si­dence d’Obama avec la créa­tion dans toutes les uni­ver­si­tés amé­ri­caines de bureaux de luttes contre le har­cè­le­ment sexuel, pré­texte à une chasse aux sor­cières per­ma­nente. Joe Biden joua un rôle actif dans ce processus.

                Le mou­ve­ment s’étend au Cana­da où l’excellent Mathieu Bock-Côté nous apprend que les Qué­bé­cois fran­co­phones sont accu­sés de racisme par les woke anglo­phones car ils occupent un ter­ri­toire « non cédé ». Et en Angle­terre où la roman­cière Row­ling (Har­ry Pot­ter) est accu­sée de « trans­pho­bie » pour avoir écrit que la dif­fé­rence des sexes était une réa­li­té bio­lo­gique. Où donc va-t-elle cher­cher ça en effet ?

                Eugé­nie Bas­tié et Laure Man­de­ville ont publié une remar­quable enquête sur le sujet (Le Figa­ro du 21 décembre) et il est à craindre que nous ayons à en reparler.

                La France est pour l’instant moins tou­chée que le monde anglo-saxon mais les pre­mières vagues arrivent : sta­tues d’hommes célèbres van­da­li­sées, dénon­cia­tions inces­santes de C News, confé­ren­ciers inter­dits (Syl­viane Aga­cins­ki à l’Université de Bor­deaux Mon­taigne pour cause d’hostilité à la PMA), la liste va néces­sai­re­ment s’allonger.

                Sam Abrams, pro­fes­seur à New York ciblé par les Woke a décla­ré au Figa­ro : « ça fait tel­le­ment de bien de savoir que chez vous (en France) les parents peuvent encore dire à leurs enfants qu’ils sont un petit gar­çon ou une petite fille. Chez nous on dirait : com­ment osez-vous assi­gner un genre ? »

                Le com­bat sera rude.