Donald Trump peut-il encore gagner ?

Donald Trump peut-il encore gagner ?

Par Antoine de Lacoste

​Le compte à rebours a com­men­cé aux Etats-Unis et le Pré­sident sor­tant est don­né lar­ge­ment bat­tu par tous les ins­ti­tuts de son­dages : envi­ron dix points, par­fois plus. L’affaire semble entendue.

​La conjonc­ture récente parait en effet cala­mi­teuse pour Donald Trump. De l’affaire Floyd (ce noir tué par un poli­cier blanc) à la crise sani­taire ayant elle-même engen­dré une crise éco­no­mique qui pro­met d’être majeure, tout concourt à une fin de man­dat res­sem­blant à une défaite pro­gram­mée. Cerise sur le gâteau, le Pré­sident a attra­pé le virus après l’avoir dédai­gné des mois durant.

​Son concur­rent, le pâle Joe Biden, n’a rien à faire : la vic­toire lui est promise.

​Mais est-ce bien sûr ? Les rai­sons qui ont don­né une vic­toire envi­sa­gée par très peu d’observateurs, et cer­tai­ne­ment pas par les médias, ont-elles disparu ?

​Pour ten­ter d’y voir clair (au moins par­tiel­le­ment), il faut reve­nir sur ces quatre ans de man­dat et se deman­der si Trump a vrai­ment déçu ceux qui l’ont élu. Or il faut bien consta­ter que les prin­ci­pales pro­messes de cam­pagne ont été tenues : ralen­tis­se­ment spec­ta­cu­laire de l’immigration venues d’Amérique cen­trale, offen­sive com­mer­ciale déter­mi­née contre la Chine, fin du sté­rile mul­ti­la­té­ra­lisme au pro­fit de négo­cia­tions bila­té­rales et coup de frein sur les aven­tures exté­rieures coû­teuses et des­truc­trices chères aux Bush et à Clinton.

​Les pro­messes non tenues font perdre une élec­tion. Nico­las Sar­ko­zy a per­du contre le très médiocre Fran­çois Hol­lande pour cette rai­son : après avoir affir­mé que la lutte contre l’immigration et l’insécurité serait une prio­ri­té, rien ne s’est pas­sé et les élec­teurs ont de la mémoire.

​Il n’est même pas cer­tain que sa mala­die le han­di­cape tant sa gué­ri­son fut rapide et habi­le­ment mise en scène. Quant au nombre de morts lugu­bre­ment répé­tées par les médias à peu près quo­ti­dien­ne­ment, il n’est fina­le­ment pas si éle­vé si on le com­pare au nombre d’habitants.

​Pen­dant quatre ans les élites amé­ri­caines ont pilon­né Trump avec une vio­lence confi­nant à l’hystérie. On retrouve d’ailleurs le même type de voca­bu­laire quand la charge poli­ti­co-média­tique est lan­cée contre Pou­tine ou Bachar el-Assad. Pou­tine et Bachar sont des tueurs et Trump un fou. Mais à ce niveau de pro­pa­gande, on assène et on ne convainc guère.

​L’impeachment, la col­lu­sion avec la Rus­sie, ses affaires finan­cières dou­teuses et même sa san­té men­tale mise en doute : rien n’a mar­ché pour abattre Trump. Quant à l’affaire Floyd, elle a engen­dré de nom­breuses mani­fes­ta­tions très vio­lentes et il n’est pas sûr qu’elle ait l’effet élec­to­ral annoncé.

​Certes Biden est net­te­ment en tête dans les son­dages mais Hil­la­ry Clin­ton l’était aus­si. Mal­gré une pro­pa­gande média­tique inéga­lée, Trump garde d’autant plus de chances que son adver­saire ne sus­cite aucun enthou­siasme. C’est un vote par défaut et cela ne suf­fit pas toujours. 

​Cette élec­tion reste très indé­cise et un coup de ton­nerre ne sau­rait être exclu.