Le 4 sep­tembre 1870, une jour­née dans l’His­toire de France

Le 4 sep­tembre 1870, une jour­née dans l’His­toire de France

Par Fré­dé­ric de Natal

L’actualité de la semaine ne nous a pas per­mis de pré­sen­ter ce papier le jour anni­ver­saire de la jour­née du 4 sep­tembre, mais nous sommes encore en sep­tembre et l’ excel­lente évo­ca­tion de cet évè­ne­ment tra­gique pour la France par Fré­dé­ric de Natal ne souf­fri­ra pas trop, à notre avis, de ce retard de calen­drier (Ndlr)

« Ce que vous me pro­po­sez, Mes­sieurs, je ne puis, je ne dois pas y consen­tir. Croyez-moi, les épreuves que je viens de subir ont été si dou­lou­reuses, si hor­ribles, que dans ce moment, la pen­sée de conser­ver cette cou­ronne à l’empereur et à mon fils me touche très peu. Mon unique sou­ci, la seule ambi­tion est de rem­plir dans toute leur éten­due, les devoirs qui me sont impo­sés. Si vous croyez, si le Corps Légis­la­tif croit que je suis un obs­tacle, que l’on pro­nonce la déchéance, je ne me plain­drais pas. Je pour­rais quit­ter mon poste avec hon­neur, je ne l’aurais pas déser­té. Mais je suis convain­cu que la seule conduite sen­sée, patrio­tique, pour les repré­sen­tants du pays serait de se ser­rer autour de moi, de lais­ser de côté, quant à pré­sent, toutes les ques­tions inté­rieures et d’unir étroi­te­ment nos effort pour repous­ser l’invasion ».
Dans la mati­née du 4 sep­tembre 1870, l’impératrice des Fran­çais, Eugé­nie de Mon­ti­jo, écon­duit une délé­ga­tion de par­le­men­taire venue lui deman­der de remette son pou­voir à l’assemblée.
Contraint à l’exil en 1830, le comte de Cham­bord, Hen­ri d’Artois, écrit le même jour au Kai­ser Guillaume Ier dont les troupes ont défait à Sedan l’empereur Napo­léon III, désor­mais pri­son­nier de l’ennemi prus­sien. « Je suis donc prêt si mon pays m’appelle, à rem­plir la mis­sion qu’un devoir sacré m’impose. De la res­tau­ra­tion de ce prin­cipe en France, dépend, j’en ai la convic­tion, le sort de l’Europe. Que Votre majes­té le sache bien, la nation a été sur­prise, elle ne sera jamais abat­tue. (…) Si la vic­toire à ses exi­gences, c’est à la sagesse des princes qu’il convient de les refer­mer dans de justes limites (…). ». Guillaume Ier ignore la sup­plique et laisse son chan­ce­lier Otto von Bis­marck, celui qui a mani­pu­lé les fran­çais en pro­dui­sant un faux afin de mener le Second empire dans une iné­luc­table chute, s’empresser de dou­cher les espoirs du petit-fils de Charles X. Il n’entend pas « contri­buer à encou­ra­ger la droite monar­chique en France » et pré­fère une « faible répu­blique à une forte monar­chie » confesse-t-il. La pro­cla­ma­tion du Reich, dans la gale­rie des Glaces au châ­teau de Ver­sailles, n’est plus qu’une ques­tion de temps.
Aver­ti de tout cette agi­ta­tion, les évé­ne­ments s’enchaînant rapi­de­ment, le dépu­té Léon Gam­bet­ta, chef de l’opposition, prend la déci­sion de mon­ter à la tri­bune de l’assemblée natio­nale … « (…) Atten­du que tout le temps néces­saire a été de don­ner à la repré­sen­ta­tion natio­nale pour pro­non­cer la déchéance, Nous décla­rons que Louis-Napo­léon Bona­parte et sa dynas­tie ont à jamais ces­sé de régner sur la France. Le peuple a devan­cé la Chambre qui hési­tait. Pour sau­ver la Patrie en dan­ger, il a deman­dé la Répu­blique : elle est pro­cla­mée, et cette révo­lu­tion est faite au nom du droit et du salut public ».
Paral­lè­le­ment à cette chute, les fils de Louis-Phi­lippe Ier d’Orléans, le duc d’Aumale et le prince de Join­ville, arrivent à la fron­tière fran­çaise après avoir quit­té Bruxelles. Ils sont refou­lés. Gam­bet­ta, qui craint une insur­rec­tion roya­liste, ordonne leur arres­ta­tion en cas de réci­dive. Le comte de Paris, Phi­lippe d’Orléans, ten­te­ra d’ailleurs à son tour de débar­quer depuis l’Angleterre, quelques jours plus tard mais en vain. C’est un vrai coup d’état qui viennent d’o­pé­rer les répu­bli­cains qui n’ont fina­le­ment de légi­time que leur seule illé­gi­ti­mi­té. Preuve en est, que la déchéance de Napo­léon III ne sera offi­ciel­le­ment acté, presqu’un an plus tard, après l’écrasement dans le sang de la Com­mune de Paris qui s’est sou­le­vée contre le nou­veau régime. L’ul­time uto­pie auto­ges­tion­naire tra­gique de la France avec ses figures incon­tour­nables.
L’im­pé­ra­trice Eugé­nie de Mon­ti­jo n’a plus d’autres choix que de par­tir en exil, où elle et son fils vont écrire un nou­veau cha­pitre du roman bona­par­tiste.
Une répu­blique qui, durant ses 7 décen­nies d’existence, va s’échiner à réécrire l’Histoire de France, ten­tant de trou­ver de nou­veaux héros afin de mieux s’incarner à tra­vers eux, mal­me­nant son héri­tage capé­tien qu’elle manque pour­tant de res­tau­rer sur son trône (affaire du dra­peau Blanc). Un régime par­le­men­taire mar­qué par de nom­breux scan­dales de cor­rup­tion (affaire de Pana­ma, Sta­vis­ky..) et d’instabilité par­le­men­taire, bafouant le prin­cipe même de suf­frage uni­ver­sel. Une répu­blique sans liber­té, ni éga­li­té ou fra­ter­ni­té, ce cre­do qu’elle enseigne pour­tant dans ses écoles, une réus­site et une fier­té de modèle laïc. Un régime qui sera défi­ni­ti­ve­ment ter­ras­sé par les alle­mands en 1940, ayant lui-même contri­bué à semer les graines d’une seconde guerre mon­diale.
Une répu­blique, loin de ce prin­cipe de Res Publi­ca qui a carac­té­ri­sé nos 1000 ans de monar­chie, fon­dée en toute illé­ga­li­té, il y a 150 ans. Avons-nous réel­le­ment quelque chose à célé­brer alors que sa cin­quième consœur, en fin de vie, nous offre ce triste visage iden­tique et quo­ti­dien de divi­sions et de crises en tout genre, met­tant à mal autant notre his­toire , notre iden­ti­té fran­çaise désor­mais mena­cée de l’in­té­rieur ? Quelque soit la teneur et la sym­bo­lique du dis­cours que pro­non­ce­ra le chef de l’é­tat ce matin, qui entend s’ins­crire dans la conti­nui­té de la IIIème Répu­blique afin de dénon­cer « ce sépa­ra­tisme » qui pour­rait nous faire bas­cu­ler dans une guerre civile, elle a déjà les mêmes saveurs que ce 4 sep­tembre 1870 : Celle de l’é­chec.

Fre­de­ric de Natal

« Les Rois ont fait la France ! Elle se défait sans Roi. Si tu veux ta déli­vrance, Pense clair et marche droit ! Fran­çais, nous vou­lons une France, Mais à la France il faut un Roi !  »